Combien de temps un enfant peut-il rester concentré ?

Combien de temps un enfant peut-il rester concentré ?

Combien de temps un enfant peut-il rester concentré _

Crédit illustration : freepik.com

La concentration dépend de nombreux facteurs

Dans leur livre Le cerveau et les apprentissages – Cycles 1,2,3, Olivier Houdé et Grégoire Borst rappellent qu’il n’y a pas de réponse universelle à la question : combien de temps un enfant peut-il rester concentré ?

La meilleure réponse à cette question ne peut venir que de l’observation d’un enfant donné, dans une activité donnée et à un moment donné. En effet, la concentration est fragile et dépend de nombreux facteurs qui peuvent la faire varier d’un enfant à l’autre et, chez un même enfant, d’une situation à une autre.

La concentration dépend de facteurs tels que :

  • l’âge de l’enfant : plus un enfant est jeune, plus sa capacité à rester concentré longtemps est faible
  • le degré de motivation de l’enfant pour l’activité donnée (intérêt de la tâche en elle-même, intérêt de la tâche au service d’un projet désiré, stimulation par la nouveauté…)
  • les processus cognitifs exigés par la tâche (une tâche trop difficile décourageante fragilise la concentration de même qu’une tâche trop facile ou répétitive qui suscite l’ennui)
  • la pression (plus l’exigence de performance ou de réussite est élevée, plus le niveau de stress est élevé, plus la concentration est fragile)
  • les émotions éprouvées (les émotions agréables et le sens personnel donné à une tâche sont propices à la concentration)
  • le niveau de fatigue en lien avec la quantité de sommeil
  • la douleur physique
  • l’environnement (des salles bien éclairée, aérées, rangées, calmes, avec peu d’affichages aux murs et qui permettent le mouvement libre sont plus favorables à la concentration)

Une définition de la concentration vue par les neurosciences

Olivier Houdé et Grégoire Borst définissent la concentration comme un mode de fonctionnement qui implique de stabiliser trois composantes distinctes :

  • une perception
  • une intention
  • une manière d’agir

Ces trois composantes sont sélectionnées parmi d’autres perceptions, d’autres intentions et d’autres manières d’agir possibles.

Un enfant concentré est capable de stabiliser certaines perceptions particulières parmi toutes celles qu’il est capable de percevoir. Il active son attention pour les sélectionner, soit dans l’environnement extérieur (paroles de l’enseignant, paragraphe d’un livre…), soit dans l’environnement intérieur (image mentale). La concentration établit une différence nette entre ce qui est pertinent pour la tâche à réaliser et le reste (qui est ignoré).

Cette concentration est au service d’un objectif (l’intention) et entraîne une action (ou une séquence d’action) particulière estimée efficace pour atteindre l’objectif. La manière d’agir passe par des processus moteurs ou cognitifs bien spécifiques et elle peut être objet de tâtonnement, d’essai erreur.

Questionner le lien entre concentration et effort

Certains chercheurs vont jusqu’à questionner l’idée qu’il faille faire un effort pour être concentré.

Un enfant qui vient d’être bien concentré sur un devoir à l’école, bondit dans la cour dès que la cloche sonne comme si son temps maximum de concentration avait été largement dépassé. Mais que fait-il ensuite ? Peut-être va-t-il discuter avec un camarade, ce qui demande d’être attentif à ce que l’autre dit, peut-être va-t-il jouer “au loup”, ce qui demande de faire attention à la position des autres joueurs et à bien suivre les consignes : il est concentré ! – Houdé et Borst

Au-delà du cadre de l’école traditionnelle : la concentration n’a pas besoin d’être éduquée ou apprise

La curiosité naturelle des enfants, mère de la concentration

On peut regretter que les deux auteurs ne dépassent pas le cadre de l’école traditionnelle dans leur réflexion. D’autres auteurs, libres penseurs, ont réfléchi à la concentration en dehors du cadre scolaire traditionnel et ont montré que tous les humains désirent naturellement apprendre et qu’ils sont câblés pour apprendre. Poussés par une curiosité naturelle, qui est l’essence même de la nature humaine, les enfants feront d’énormes efforts pour explorer et maîtriser le monde qui les entoure.

Pour Peter Gray, spécialiste du jeu libre et grand défenseur de l’éducation démocratique sans programme, sans note et sans cahier, estime que la curiosité est marquée par une concentration intense et continue, ponctuée par des moments d’expression de surprise, parfois mélangée à de la joie, quand de nouvelles découvertes sont faites.

Malheureusement, à l’école traditionnelle, les enfants ne sont pas libres de poursuivre leurs propres intérêts ou de poursuivre des intérêts à la manière qu’ils ont choisie.

La curiosité, l’attrait pour le jeu et la sociabilité sont entravés à l’école traditionnelle

La curiosité, l’attrait pour le jeu et la sociabilité (à travers des conversations significatives informelles, “naturelles”) sont contrariés à l’école parce que ces trois aspects de la nature humaine requièrent la liberté.

Or l’école traditionnelle prive les enfants de liberté à travers :

  • les évaluations,
  • les emplois du temps contraints,
  • les espaces contraints,
  • les enseignements imposés (sur le fond et la forme),
  • les classes réparties par tranche d’âge,
  • la quasi absence de jeu libre,
  • le silence imposé.

Les apprentissages, la créativité et la résolution de problèmes sont facilités par tout ce qui promeut un état d’esprit joueur et sont inhibés par les évaluations, les récompenses ou tout ce qui peut détruire l’attrait pour le jeu.

Des auteurs comme Andre Stern, John Holt, Peter Gray ou encore Daniel Greenberg (fondateur de l’école Sudbury et précurseur du mouvement de l’éducation démocratique) convergent vers l’idée que la concentration est une conséquence de la liberté et de l’enthousiasme.

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