Plutôt qu’apprendre aux élèves à gérer leur stress, créons des conditions scolaires moins stressantes.

Plutôt qu’apprendre aux élèves à gérer leur stress, créons des conditions scolaires moins stressantes.

Dans son livre Par amour du stress, Sonia Lupien rappelle que la première fonction du cerveau humain est de détecter les informations menaçantes dans l’environnement dans le but de nous aider à survivre. A tout moment, le cerveau des élèves scanne l’environnement pour détecter s’il y a une information menaçante. S’il ne détecte aucune information menaçante, alors le cerveau sera disponible et attentif pour encoder des informations en mémoire. En revanche, si le cerveau des élèves détecte une menace dans l’environnement, les élèves ne seront pas en mesure de se concentrer sur autre chose que l’information pertinente pour leur cerveau, celle qui est menaçante. Ce mécanisme biologique de survie assurera la mobilisation d’une quantité d’énergie suffisante pour combattre la menace, ou fuir, si elle est trop effrayante.

Pour le cerveau qui nous aide à survivre depuis l’ère des mammouths, l’information pertinente est toujours l’information menaçante. À l’inverse, l’information non pertinente est toujours l’information non menaçante. Votre cerveau ne vous laissera jamais modifier cette sélection de la menace, car, s’il le faisait, vous ne pourriez survivre aux dangers environnants. – Sonia Lupien

Il peut être utile de prendre ce mécanisme en compte dans le cadre scolaire. En concentrant l’attention des élèves sur l’information menaçante, le cerveau s’assure de leur survie. Mais cela implique que la capacité d’attention et de mémorisation des élèves est diminuée. De plus, le cerveau les obligera à penser tout le temps aux menaces, dans le but de trouver une solution. Ceci leur prendra énormément de ressources et empêchera les apprentissages profonds via la réflexion et l’entraînement.

On comprend alors que les enseignants ou les structures systémiques qui créent un environnement de travail stressant (par des punitions, des paroles dévalorisantes ou humiliantes, par de la compétition ou des comparaisons, par de la pression sur les notes) dégradent à la fois le bien-être des élèves et leurs performances. L’environnement global des élèves peut également être repensé : moins de bruit ambiant, plus d’espaces où se retirer pour une pause personnelle, mesures efficaces de lutte contre le harcèlement, opportunité et droit de se lever et de bouger librement sur les temps de classe…

Pour aller plus loin : L’école peut être source d’insécurité : quelles caractéristiques d’une école “base de sécurité” ?

Comme les élèves détecteront constamment des menaces, c’est cette information qui deviendra la plus pertinente pour leur cerveau et donc la seule que leur cerveau leur permettra de traiter. Les connaissances et savoirs transmis par l’enseignant deviendront non pertinents et la seule façon d’y remédier est de diminuer le stress (et donc le nombre de stresseurs au sein de l’école). C’est la seule manière de s’assurer que le cerveau des élèves ne passera pas la majeure partie du temps à détecter des menaces et à ne traiter que ces dernières.

Cette compréhension des mécanismes du stress souligne l’importance de la bientraitance en milieu scolaire et l’impact délétère des punitions, des classements et des comparaisons sur les apprentissages. De plus, une relation enseignant-élève chaleureuse et soutenante peut agir comme un régulateur de stress.

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Source : Par amour du stress de Sonia Lupien (éditions Au Carré). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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