On apprend mieux sans compétition ni comparaison

On apprend mieux sans compétition ni comparaison

On apprend mieux sans compétition ni comparaison

Dans son livre Le Pouvoir des réflexes à l’école, Emmanuelle Sutherland rappelle que la comparaison est contre-productive pour les apprentissages, de même que le culte de la performance. A partir du moment où il y a compétition et comparaison, il y a stress et, quand il y a stress, il ne peut pas y avoir de joie qui est pourtant l’émotion de l’apprentissage.

Emmanuelle Sutherland cite Catherine Gueguen, pédiatre et spécialiste des neurosciences affectives et sociales.

Quand l’adulte compare les enfants entre eux, met du stress, de la compétitivité, il empêche la sécrétion d’ocytocine, de dopamine et l’enfant perd son allant, sa joie de vivre, sa soif de découvrir et d’apprendre. Au contraire, quand il y a de la collaboration, de la coopération, du plaisir, l’ocytocine et la dopamine sont sécrétées. Les méthodes d’apprentissage bannissant totalement la peur, le stress, sont agréables et satisfaisantes pour le professeur. Les élèves apprennent mieux, mémorisent plus, sont plus créatifs.

Il est à noter que ne pas comparer les élèves via des classements et des notes n’empêchent pas la transmission des connaissances et des compétences.

Les conditions qui favorisent les apprentissages

Emmanuelle Sutherland liste certaines conditions qui favorisent les apprentissages telles qu’elles ont été formulées par les dernières découvertes en neurosciences :

  • Le stress empêche les apprentissages

L’école peut être un lieu très anxiogène pour les élèves (et les enseignants) et certains élèves vont jusqu’à déclencher une phobie scolaire. Les sources de stress à l’école sont nombreuses (durée du travail, surcharge de travail, ennui, concentration intense, immobilité imposée, montée de l’incivilité, mauvaise ambiance qui empêche l’attention, harcèlement et violence, pression des parents…).

Quand le stress se prolonge, le cortisol sécrété en grande quantité agresse les neurones de l’hippocampe (siège de la mémoire dans le cerveau humain). En altérant l’hippocampe, le stress affaiblit la mémoire et perturbe les apprentissages.

Sous l’effet du stress, le cerveau limbique, où se trouvent nos émotions, est paralysé, faisant un “barrage” au niveau du néo-cortex (celui dans lequel la plupart des informations scolaires sont situées) et laissant du coup le contrôle au cerveau reptilien (celui de la survie). Paralysés par le stress, nous ne sommes plus capables d’écouter, ni d’apprendre. – Emmanuelle Sutherland

 

  • Bouger aide à apprendre

Le mouvement est nécessaire, indissociable et au service de l’apprentissage. Bob Murray, pédiatre américain (chercheur à l’Ohio State University), a compilé des études qui montrent que les enfants apprennent mieux après une pause au cours desquelles ils ont pu bouger et jouer.

Si vous voulez qu’un enfant soit attentif et reste concentré sur une tâche, si vous voulez qu’il retienne une information, vous devez leur fournir des pauses régulières. –  Bob Murray

Bouger aide donc à apprendre. Une autre étude américaine parue dans Pediatrics a montré que les enfants qui font au moins une heure d’activité physique après l’école améliorent leurs capacités d’attention et d’apprentissage.

 

  • L’attention est un pilier de l’apprentissage

L’attention est la capacité que nous avons à nous ouvrir à la réalité : l’attention ouvre notre esprit. Audrey Akoun et Isabelle Pailleau, auteures de La pédagogie positive, la définissent comme

Le mouvement cérébral qui va nous permettre d’orienter notre action en fonction d’un objectif, d’un centre d’intérêt… Grâce à elle, nous captons, par nos cinq sens, les différentes informations en provenance soit de notre environnement, soit de notre ressenti émotionnel ou psychologique.

Stanislas Dehaene, neuroscientifique spécialiste de l’apprentissage, ajoute que l’attention sert à sélectionner les informations et facilite l’apprentissage.

Il est possible d’entraîner les enfants à rester concentré en présence d’une distraction, à savoir résister à un conflit interne. Dire à un enfant “Concentre toi !” est inefficace car cette phrase n’indique pas à l’enfant comment développer des compétences utiles et mettre en place des stratégies.

Philippe Lachaux, chercheur en neurosciences cognitives, propose de nombreuses ressources pour développer l’attention des enfants de manière ludique et sans punition. Par exemple, Philippe Lachaux propose un acronyme pour apprendre à ne plus se laisser distraire : PAM pour Proposition d’Action iMmédiate.

Cet acronyme fait référence aux Spams (messages publicitaires indésirables qui invitent de manière plus ou moins forcée à acheter quelque chose).

Un PAM, c’est un message envoyé par le cerveau pour passer à autre chose qui a l’air mieux que l’action en cours. Les PAM sont les pubs indésirables du cerveau. Quand les spams nous incitent à acheter des choses, les PAM nous incitent à aller faire quelque chose d’autre.

Quand le professeur parle et que, tout à coup, on a envie de checker le téléphone : PAM !

Ce qu’on peut faire est de remarquer qu’il s’agit d’un PAM en l’appelant par son nom : “tiens, voilà un PAM !”. Une fois le PAM identifié, il est possible de faire une pause pour prendre du recul et agir en pleine conscience : est-ce que je veux obéir au PAM ou est-ce que je choisis de rester concentré sur ce que je suis en train de faire ? C’est une PAM-pause.

On peut choisir d’ignorer les PAM comme on peut choisir d’ignorer les spams.

 

  • Pour apprendre, il faut être engagé activement

Stanislas Dehaene écrit :

Un organisme passif n’apprend pas. L’apprentissage est optimal lorsque l’enfant alterne apprentissage et test répété de ses connaissances. Cela permet à l’enfant d’apprendre à savoir quand il ne sait pas

L’enfant sera d’autant plus actif et engagé quand il aura envie de faire l’action. Cette envie est déclenchée quand l’activité lui plaît, qu’elle importe pour lui, qu’il y voit un intérêt personnel, qu’elle fait sens… et non pas parce qu’il y est contraint par un intervenant extérieur.

Pourtant, l’école ne propose pas toujours des activités qui sollicitent la curiosité des élèves. Les élèves les plus avancés peuvent manquer de stimulation et ils finissent par ne plus attendre grand chose de l’école. Comme ils ne prédisent pas qu’ils rencontreront de nouvelles informations, leur curiosité fane. Il s’agit alors de piquer à nouveau leur curiosité en leur donnant de la “nourriture” pour le cerveau et des défis à la hauteur de leur intelligence (langues à déchiffrer, casse tête…).

A l’opposé, des élèves en difficulté peuvent avoir appris qu’ils n’ont plus de raison d’être curieux parce qu’ils ne parviendront jamais à apprendre ou réussir quoi que ce soit. Tout se passe comme s’ils avaient intégré la pensée fixe et immuable qu’ils sont incapables d’apprendre dans tel ou tel domaine (ou dans tous les domaines). Il s’agit ici de proposer à ces enfants des problèmes adaptés à leur niveau qu’ils sauront résoudre afin de les “remettre en selle” et leur prouver qu’ils sont capables.

 

  • L’erreur est positive (le retour d’information)

Les erreurs sont positives et normales car les apprentissages passent par des essais et des tâtonnements.

Les dernières recherches en neurosciences ont montré que le cerveau apprend grâce à l’erreur. Le cerveau fait en permanence des prédictions. Ces prédictions sont issues d’hypothèses à propos de l’état du monde, lesquelles ont été progressivement affinées sur la base de précédentes observations et expériences.

La différence entre la prédiction et l’observation est un signal d’apprentissage et ouvre la porte à une actualisation qui permet accroître progressivement l’adéquation entre les prédictions et les observations qui proviennent de l’environnement.

Le droit à l’erreur doit être reconnu et pris en compte (plutôt que puni et humilié pour ses manquements).

Quand les adultes transmettent aux élèves qu’apprendre, c’est expérimenter, poser des questions, avoir des doutes, se tromper, quand ils soutiennent, aident, au lieu de juger, de sanctionner ou de critiquer (par leurs commentaires), les élèves se sentent en confiance pour apprendre. Ils osent alors s’exprimer, demander des explications. Ils participent, deviennent motivés, ne sont plus inhibés par la peur de l’échec. – Emmanuelle Sutherland

 

  • L’automatisation des connaissances est essentielle

L’automatisation est le fait de passer d’un traitement conscient, avec effort, à un traitement automatisé, inconscient.

Lors d’un nouvel apprentissage, notre cerveau a recours à un traitement explicite, c’est-à-dire une situation, ou plutôt un stade où le cortex préfrontal est fortement mobilisé par l’attention.

Le point culminant d’un apprentissage est le “transfert de l’explicite vers l’implicite” : c’est l’automatisation des connaissances et procédures. Cette automatisation passe par la répétition et l’entrainement. Elle permet de libérer de l’espace dans le cortex préfrontal afin d’absorber de nouveaux apprentissages.

Il est essentiel de répéter une connaissance nouvellement acquise :

  • pour mémoriser une information, notre cerveau a besoin de trois passages au minimum,
  • pour intégrer une nouvelle habitude, il a besoin de 21 jours.

Par ailleurs, le sommeil joue un rôle important dans cette phase de répétition et de consolidation. Après une période d’apprentissage, une période de sommeil, même courte, améliore la mémoire, la généralisation et la découverte de régularités.

 

  • L’empathie et les encouragements favorisent les apprentissages

Emmanuelle Sutherland écrit que, pour apprendre, il faut être encouragé. Il faut sentir la foi et le soutien des personnes qui nous entourent. Quand les enseignants se montrent empathiques et encourageants, les élèves sont motivés et heureux d’apprendre.

A l’inverse, les punitions détruisent l’envie d’apprendre car elles augmentent la peur, le stress et le sentiment d’impuissance.

Les adultes humiliants sont à la fois des empêcheurs d’apprendre et des modèles négatifs (risque que les enfants reproduisent les violences psychologiques qu’ils subissent telles que les humiliations, les moqueries ou les menaces).

 

  • Les humains apprennent en jouant

C’est à travers le jeu que les enfants apprennent qu’ils sont capables de contrôler leur vie, qu’ils expérimentent ce contrôle. Par sa nature même, le jeu développe

  • la coopération,
  • les relations complémentaires,
  • la prise de décision,
  • l’autonomie personnelle,
  • l’intelligence émotionnelle.

Le jeu libre est essentiel. Il est important de proposer aux enfants est du temps non structuré, du temps de jeu libre, des temps “d’être” ensemble.

Peter Gray, psychologue spécialiste des mécanismes d’apprentissage, explique que les humains sont animés par trois mécanismes naturels qui les poussent à apprendre :

  1. La curiosité
  2. Le jeu
  3. La sociabilité

Or Gray remarque que la manière dont fonctionne la plupart des écoles de nos jours contrarie les mécanismes naturels de l’apprentissage humain à travers la pression de ne pas faire d’erreur, le système de récompense/ punition, les notes et les évaluations et l’imposition d’activités structurées par les adultes.

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Source : Le Pouvoir des réflexes à l’école – Pourquoi nos enfant n’y arrivent pas, et comment les aider de Emmanuelle Sutherland (éditions Fabert)

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