La dyslexie expliquée par la théorie dysproprioceptive


La dyslexie expliquée par la théorie dysproprioceptive

La dyslexie expliquée par la théorie dysproprioceptive

Le Dr Patrick Quercia est ophtalmologiste et s’est spécialisé dans le traitement de la dyslexie par une approche proprioceptive. Dans une conférence donnée en Turquie en novembre 2018 , il expose en quoi consiste la dyslexie et comment la théorie proprioceptive aide à mieux comprendre et traiter la dyslexie.

La dyslexie : définition et diagnostic

Les enfants dyslexiques rencontrent des difficultés pour apprendre à lire (et des difficultés de lecture persistent chez les adultes dyslexiques, notamment marquées par des inversions de lettres, de la lenteur et une grande fatigabilité).

Le Dr Quercia explique que les dyslexiques sont rarement (voire jamais) seulement dyslexiques. La dyslexie est souvent accompagnée d’autres troubles dys : la dysgraphie (difficulté à maîtriser le geste de l’écriture  manuscrite), la dysorthographie (difficulté à respecter les codes de l’orthographe) et la dyscalculie (difficulté à construire le sens des nombres).

La dyslexie est présente dans tous les pays du monde et toucherait 8 à 10% de la population mondiale.

Le diagnostic de la dyslexie repose sur des tests :

  • une évaluation du Quotient Intellectuel (pour écarter une déficience intellectuelle). Les résultats au test de QI sont dans la norme (voire au dessus de la norme) mais souvent hétérogènes. Cela peut provoquer des incompréhensions car l’enfant est performant à l’oral mais rencontre des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et ses résultats scolaires ne sont pas à la hauteur de ses capacités. C’est la raison pour laquelle certains adultes vont étiqueter les enfants dyslexiques de “paresseux”. Pourtant, tous les enfants ont envie de bien faire et les enfants dyslexiques sont souvent en souffrance du fait de leurs difficultés scolaires mais également d’éventuelles moqueries d’autres enfants et de incompréhension dont font preuve certains adultes.

 

  • des tests de leximétrie pour mesurer le retard en lecture par rapport à la norme des enfants du même âge. On parle de dyslexie quand il y a 18 à 24 mois de retard. Plus on attend pour un diagnostic, plus il y aura de retard (ainsi, un enfant de 14 ans peut présenter 5 ans de retard).

 

  • des tests pour détecter le type de dyslexie : il existe trois types de dyslexies.
    • La dyslexie lexico-sémantique est présente quand l’enfant ne reconnaît pas visuellement les mots.
    • La dyslexie phonologique est présente quand l’enfant n ‘arrive pas à créer une image sonore des mots.
    • Le troisième type de dyslexie est la combinaison des deux types précédents.

 

Les théories qui tentent d’expliquer les causes de la dyslexie

Il existe plusieurs théories qui tentent d’expliquer les causes de la dyslexie.

La théorie cognitive

Dans la théorie cognitive, le cerveau des dyslexiques ne se développe pas normalement pour des raisons génétiques. Il y aurait des défauts de connexion dans les zones responsables de la lecture. Ce phénomène aboutit à des difficultés phonologiques (difficulté à faire correspondre des sons à des lettres ou groupes de lettre).

Le Dr Quercia se demande alors si les problèmes phonologiques sont la cause ou la conséquence de la dyslexie. Il cite une étude développementale menée dans les pays nordiques en 2014 (pays dans lesquels l’apprentissage de la lecture commence plus tard qu’en France). Ainsi, des IRM (scanners du cerveau) ont pu être effectués sur des enfants avant qu’ils apprennent à lire, pendant l’apprentissage de la lecture et après. Les enfants soumis à cette étude ont été sélectionnés parce que leur père et leur mère étaient dyslexiques (risque important de dyslexie pour les enfants). Cette étude a montré que la seule différence au niveau du cerveau de ces enfants est dans la partie visuelle primaire et dans la partie auditive primaire. Les zones cérébrales de la lecture sont normales avant l’apprentissage de la lecture.

Le Dr Quercia en conclut que la théorie cognitive qui repose sur une anomalie du cerveau est fausse parce que les anomalies dans le cerveau sont liées à l’apprentissage de la lecture (et non pas pré existantes).

La théorie cérébelleuse

La théorie cérébelleuse est celle du cervelet. Le cervelet sert à automatiser les fonctions motrices et est responsable de la coordination très fines de mouvements précis (tels que les mouvements d’un revers ou tennis ou des pas de danse).

Il y a beaucoup de liens entre le cervelet et le cerveau cognitif (y compris le cortex pré frontal, siège du raisonnement et de la logique) et entre le cervelet et les réseaux émotionnels (système limbique). Ainsi, le cervelet sert aussi à automatiser les fonctions cognitives supérieures.

La théorie cérébelleuse indique que le cervelet des dyslexiques est différent et que cette différence entraîne un problème d’automatisation de la lecture. Les dyslexiques n’arrivent donc pas à automatiser la lecture.

La théorie de la perception des sons brefs

Dans la théorie de la perception des sons brefs, les dyslexiques ont des difficultés à percevoir des sons brefs (qui sont importants dans la lecture).

Les enfants dyslexiques pourraient mieux apprendre à lire en ralentissant le débit de la parole.

La théorie articulatoire

La théorie articulatoire repose sur le fait que, quand on apprend un son, le cerveau ne stocke pas le son mais crée et stocke un circuit moteur pour la prononciation de ce son. C’est la boucle phonatoire (boucle entre l’audition et la prononciation).

La boucle phonatoire suppose une motricité normale de la bouche et de la langue. Les dyslexiques présentent une déglutition atypique et une position de la langue dans la bouche qui entraîne des difficultés (palais trop étroit, mâchoire supérieure en avant, mâchoire inférieur en arrière, respiration entravée à cause d’un manque de tonicité de la langue).

La théorie magno cellulaire

Le sous système neurologique sensoriel est constitué de cellules neurologiques qui traitent les informations rapides et pas très élaborées. Le système magno cellulaire permet par exemple d’éviter des objets car l’oeil perçoit, grâce à une rapide variation de contraste, un objet dans le champ de vision . 

La théorie magno cellulaire indique que, dans le cerveau des dyslexiques, les cellules magno cellulaires sont différentes. 

La théorie proprioceptive : une synthèse de toutes les autres théories

Le Dr Quercia estime que la théorie proprioceptive fait la synthèse de toutes les autres théories. La théorie proprioceptive a été conçue par un médecin portugais au début des années 1980 (Martins Da Cunhà).

Les capteurs que nous avons tous dans nos muscles forment la proprioception. Ces capteurs nous renseignent sur la position des parties de notre corps dans l’espace (par exemple, savoir quand la tête est droite et quand la tête est penchée).

Le sens de la proprioception fonctionne comme tous les autres sens : des capteurs (dans les muscles donc), relais et prise de décision.

Dans la théorie proprioceptive, la dyslexie est un signe d’un dysfonctionnement de la proprioception (au milieu d’autres symptômes musculaires, spatiaux et cognitifs). Les enfants dont la dysproprioception est corrigée ne sont plus dyslexiques.

Quand le sens de la proprioception dysfonctionne, le cerveau ne disposent pas des informations sensorielles correctes. Par exemple, une personne dysproprioceptive peut pencher la tête en étant convaincue de l’avoir droite.

Il est possible de changer les informations proprioceptives incorrectes, notamment en modifiant la direction des images qui arrivent dans les yeux grâce à des prismes (lunettes spéciales à prisme) ou grâce à des semelles (pour changer les informations reçues par le corps). Il s’agit alors de changer les informations qui gèrent la mécanique.

On comprend alors mieux pourquoi la théorie proprioceptive fait la synthèse des autres théories de la dyslexie :

  • le cervelet traite la proprioception inconsciente,
  • la proprioception est traitée par le système magno cellulaire,
  • les dyslexiques connaissent des déformations de la bouche et de la mâchoire liée à la dysproprioception.

Comment reconnaître des troubles de la proprioception ?

Le diagnostic de dysproprioception 

Le Dr Quercia et son équipe ont élaboré un questionnaire de 55 questions sur différents domaines (fatigue, équilibre, sommeil, tonus musculaire, vue…) dans lesquels la proprioception intervient. L’enfant doit le remplir en fonction de ses propres ressentis.

Si plus de 25 réponses à ces 55 questions sont positives, un diagnostic de dysproprioception peut être posé.

Le professionnel explore alors le tonus musculaire à travers la posture de l’enfant, sa perception de l’espace et la combinaison des informations sensorielles (audition/ vision).

Quand un enfant avec dysproprioception perçoit des sons, il y a des pertes visuelles dont l’enfant n’a jamais parlé parce que c’est naturel pour lui. Quand les capteurs dysfonctionnant sont modifiés (modification de la vue par des prismes, modification des informations envoyées par les pieds avec l’usage de semelles, exercices pour modifier les capteurs musculaires, intervention orthodontiste dans la bouche..), l’interférence audition/ vision disparaît.

Le site du Dr Quercia donne toutes les informations nécessaires (attention : il est nécessaire de contacter le secrétariat de l’équipe du Dr Quercia avant tout remplissage du questionnaire).

Les hypopnées : les apnées nocturnes, liées à la dysproprioception, expliquent la fatigue et le manque de concentration

Le Dr Quercia rappelle que 70% des dyslexiques présentent des apnées nocturnes. Quand la proprioception dans la bouche est modifiée dans le cadre d’un suivi consécutif à un diagnostic, ces apnées nocturnes diminuent, voire disparaissent.

Ces apnées durent peu de temps (c’est la raison pour laquelle Quercia parle d’hypopnées). Elles sont liées au fait que, pendant la nuit, l’enfant a des troubles du tonus de la langue qui tombe et bouche l’orifice de la respiration.

A partir du moment où le tonus et la perception de la langue sont modifiés, les apnées nocturnes diminuent, les enfants sont moins fatigués et ils sont plus attentifs. Par ailleurs, les apprentissages peuvent mieux se consolider pendant la phase de sommeil paradoxal. En effet, la mémoire procédurale est affectée quand le sommeil paradoxal est détérioré par les hypopnées (or la lecture est une procédure).

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Source : conférence Disleksi: Global bir soruna, güncel yaklaşım. Dr.Patrick Quercia, Dr.Murat Erbezci

 

[EDIT] 

Après plusieurs échanges avec des lecteurs et lectrices, j’apporte quelques précisions au sujet de la dysproprioception et de la dyslexie. Franck Ramus (chercheur au CNRS, spécialisé en dyslexie, entre autres)
rappelle qu’il est primordial de se baser sur des prises en charge fondées sur des preuves (evidence based-practice). Or la théorie proprioceptive n’est pas (encore) soutenue par des connaissances scientifiques solides.
Je vous invite à lire l’article de M. Ramus : Le point sur l’approche posturologique pour la dyslexie

Pour autant, l’association SensoriDys ; SDP, Troublesneurovisuels, Dys (regroupant des personnes souffrant de dysproprioception) rappelle quant à elle que les travaux du Dr Quercia se fondent sur les travaux des Prs Roll, Paillard, Berthoz, spécialistes de la proprioception. Le traitement proprioceptif est toujours en cours d’évaluation scientifique et il faudra encore de nombreuses années pour arriver à cette validation. Néanmoins, le Dr Quercia est chercheur associé à l’INSERM depuis 5 ans, travaille en lien avec l’unité INSERM U1093 Cognition Action et Plasticité Sensorimotrice du Pr Pozzo.

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