Neurosciences : le cerveau humain n’apprend pas différemment dans un monde numérique

Neurosciences : le cerveau humain n’apprend pas différemment dans un monde numérique

cerveau humain n'apprend pas différemment dans un monde numérique

Elena Pasquinelli, chercheuse en philosophie et sciences cognitives, a rédigé le livre Comment utiliser les écrans en famille dans lequel elle rappelle que le cerveau humain n’apprend pas différemment avec des écrans . Elle écrit que  le fait de se trouver dans un environnement numérique ou « naturel » ne change pas les mécanismes d’apprentissage humains.

L’apprentissage de nouvelles connaissances et de nouvelles compétences demande un effort d’attention, mais aussi un engagement actif et volontaire (donc de la motivation) et une pratique assidue. Ces principes ne changent pas à l’ère d’Internet. – Elena Pasquinelli

Ainsi, la chercheuse formule quelques considérations pratiques pour concilier mécanismes humains de l’apprentissage et utilisation des écrans.

La mémoire est vivante, elle est faite de liens !

Utiliser les nouvelles connaissances pour apprendre

Elena Pasquinelli rappelle que le savoir est un outil qui sert à apprendre. Cela signifie tout simplement qu’acquérir des connaissances aide à en apprendre de nouvelles.

Lire, et encore lire, s’informer, structurer ses connaissances en faisant des liens entre elles est une condition fondamentale pour continuer à apprendre. Cela peut donc passer par des débats, des livres, des documentaires télévisés, des journaux (en support papier ou en version numérique), par des balades en nature : les vecteurs de connaissance ne sont pas exclusifs les uns des autres et le cerveau humain aime la variété !

Aidons nos enfants en leur proposant de nouvelles connaissances – par exemple, en discutant avec eux quand on se balade dehors ou en lisant ensemble un livre qu’on commente.

En ce qui concerne les écrans, il est à noter que savoir chercher les informations sur Internet ne suffit pas, il faut aussi avoir des connaissances bien installées au préalable. Cela implique non seulement de multiplier les sources d’information, de faire des liens entre les différentes sources (ce qui est semblable, ce qui se contredit, ce qui enrichit chaque point de détails…) mais également d’avoir une culture générale afin de faire des liens entre les nouvelles connaissances et les connaissances en mémoire.

Faire appel à ce qu’on connaît déjà 

Les processus cognitifs (réflexion logique, résolution de problèmes, découvertes, création artistique…) dépendent des connaissances que nous détenons déjà.  La culture générale apparaît comme une condition sine qua non de l’apprentissage de compétences.

Quand on lit un article d’encyclopédie, que l’on échange avec un ami ou que l’on parcourt une page Web, on utilise les connaissances qu’on a acquises au préalable pour déchiffrer le sens de ce qui est dit.

Pour pouvoir bien réfléchir, il faut connaître les faits. Les processus tels que le raisonnement ou la résolution de problèmes sont liés aux connaissances factuelles qui sont entreposées dans notre mémoire à long terme (et pas seulement celles qu’on trouve dans l’environnement).

Les compétences (les procédés de réflexion critique) sont intrinsèquement liées à la culture générale. Nous devons donc nous assurer que les enfants acquièrent une culture générale, tout en les entraînant en même temps à développer leur faculté d’analyse (et leur maîtrise des écrans, des outils de recherche et des réseaux sociaux).

Un exercice utile à faire avec les enfants et les adolescents est de les amener à se poser systématiquement des questions du type :

  • Est-ce que j’ai déjà rencontré quelque chose de semblable ?
  • Est-ce que cela peut m’aider pour mieux comprendre ce que j’ai devant moi en ce moment ?

Ainsi, on comprend bien que la culture générale n’est pas dépassée dans un monde numérique : avoir toutes les connaissances humaines à portée de clic n’assure ni la capacité à les trouver ni la capacité à les comprendre et les utiliser avec raison.

Pour autant, l’apprentissage par coeur n’est pas la meilleure façon d’apprendre quand apprendre par cœur est simplement synonyme de mémoriser sans réfléchir, sans comprendre l’utilité de ce que l’on apprend, pour oublier aussi vite.

Lorsque nous proposons aux enfants et adolescents d’apprendre quelque chose de nouveau, mieux vaut les habituer à faire des liens avec le passé (ce qu’ils connaissent déjà, les connaissances dans leur mémoire) et avec le futur (ce que ces nouvelles connaissances leur permettront de faire qu’ils ne pouvaient pas faire avant).

 

Développer le goût de résoudre les problèmes par soi-même (et ne pas le perdre)

Des écrans trop tôt ? 

Elena Pasquinelli avertit : déléguer à une machine, une calculette, un GPS est tentant parce que c’est pratique et que cela va plus vite. Mais elle regrette que, parfois, les machines arrivent souvent tellement tôt dans la vie de nos enfants qu’ils n’ont pas le temps de développer des stratégies pour résoudre des problèmes simples.

Or il est important de leur apprendre à savoir se débrouiller par eux-mêmes afin qu’ils gagnent en autonomie intellectuelle et de ne pas saper leur envie naturelle de comprendre, de faire, d’apprendre malgré les difficultés.

Les cinq sens, la proprioception et la motricité fine

Sans jeter l’opprobre sur les écrans, Elena Pasquellini réaffirme le rôle de l‘expérience motrice.  Le jeu et le mouvement sont des outils d’apprentissage tendant à être négligés alors qu’ils contribuent à développer la mémoire, le contrôle de soi et l’attention. Pour développer ces capacités, il existe une quantité de jeux et d’activités à pratiquer  en groupe et en famille : jeux de memory, jeux avec tour de parole et tour de jeu, jeux de type Jacques-a-dit (où il faut inhiber une réaction), lecture à voix haute ensemble et commentée…

Par ailleurs, le cerveau de l’enfant a besoin d’un régime varié pour apprendre. Pasquellini rappelle l’importance de laisser la possibilité aux enfants de collecter autant d’informations que possible dans un environnement ouvert et riche en stimuli imprévisibles qui vont solliciter tous ses sens (toucher, vue, odorat, ouïe, proprioception).

Les écrans ne sont pas méchants, mais admettons-le, ils sont « plats » par rapport à cette réalité. Et s’il est certain qu’ils nous permettent d’acquérir une belle variété de connaissances, ils ne nous permettent pas de varier les modalités de ces acquisitions. – Elena Pasquellini

Ne pas oublier les stratégies de mémorisation efficaces

Par ailleurs, il est possible d’enseigner aux enfants et adolescents des solutions pour mieux mémoriser à long terme. Non seulement c’est utile pour retenir telle ou telle leçon, mais cela enrichit leur capacité à apprendre par la suite (voir le point précédent : plus des connaissances sont mémorisées sous forme de culture générale, plus de liens peuvent être faits entre nouvelles connaissances et connaissances déjà maîtrisées).

Pour aller plus loin : Comment retenir ses cours efficacement : 5 astuces de mémorisation

 

Les effets positifs des écrans

Profiter de l’horizon élargi qu’offre Internet

Internet offre une merveilleuse occasion d’entrer en contact – même à distance – avec des cultures, des lieux, des manières de penser et de vivre qui ne nous sont pas familiers.

Internet ouvre l’horizon des enfants et des adolescents,  ainsi que le cercle de leur empathie et de leurs connaissances.

Nous pouvons alors inviter les enfants à utiliser les nouvelles technologies pour explorer ce qu’ils ne connaissent pas au lieu d’y rechercher ce qu’ils connaissent ou aiment déjà.  Il est également possible de les sensibiliser aux effets d’enfermement liés aux algorithmes des réseaux sociaux et de les pousser à chercher au delà de la première page de résultats sur les moteurs de recherche, ainsi que de multiplier les sources sur un même sujet.

Apprenons-leur à ne pas s’enfermer dans leur bulle, mais à se confronter aux idées des autres et à rechercher activement l’échange avec ceux qui ne voient pas le monde comme eux. – Elena Pasquellini

Par ailleurs, les écrans sont de véritables aides pour certains enfants au profil atypique : enfants porteurs de trouble du spectre autistique ou enfants dyspraxiques. L’élève dyspraxique a souvent du mal avec l’écrit manuscrite : écrire sur ordinateur ou utiliser un dictaphone libère son attention pour éviter la double tâche.

Enfin, les écrans peuvent être des vecteurs d’apprentissage efficaces (via des applications éducatives ou des jeux vidéos type Minecraft, Child of Light,  Shadow of the Colossus pour les enfants; Portal, The witness, The talos principle, The last of us, The witcher pour les plus âgés).

Il s’avère que les technologies numériques peuvent être de formidables supports pour exposer les enfants  à des stimuli répétés, pour qu’ils s’entraînent (l’entraînement répété étant un piler de l’acquisition de nouvelles compétences et connaissances). Plus qu’une simple répétition, les technologies numériques offrent la possibilité d’adapter progressivement le niveau de difficulté aux nouvelles compétences de l’enfant (et de l’adolescent). Pour autant, les écrans ne semblent pas capables de remplacer une interaction sociale “en chair” et une sollicitation de tous les sens à travers le mouvement. Complémentaires oui, à l’évidence !

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Source : Comment utiliser les écrans en famille : petit guide à l’usage des parents 3.0 de Elena Pasquinelli (éditions Odile Jacob). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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