impact du son sur la manière dont se développe le cerveau

NEUROSCIENCES : l’impact du son sur la manière dont se développe le cerveau (et comment en tirer profit à l’école)

NEUROSCIENCES : l’impact du son sur la manière dont se développe le cerveau 

Des neurochercheurs ont étudié l’impact du son sur la manière dont se développe le cerveau. Donner du sens aux sons perçus est une des fonctions les plus complexes du cerveau. La manière dont le cerveau répond aux “ingrédients” du son (le ton, la vitesse, le timbre…) donne des informations clés sur la santé cérébrale et sur les capacités d’apprentissage.

L’équipe du Dr Kaus (Northwestern’s Auditory Neuroscience Lab) a trouvé une causalité entre les réponses du cerveau aux sons chez les enfants de 3 ans et leurs compétences en lecture. Il est ainsi possible d’identifier les enfants qui présenteront des difficultés d’apprentissage de la lecture à la manière dont ils réagissent aux sons de leur environnement avant l’âge de 6 ans.

Le Dr Kaus en déduit des pratiques qui favorisent le développement de la manière dont sont traités les sons et de leur donner un sens chez les enfants.

6 conseils pour favoriser le développement de la manière dont sont traités les sons chez les enfants

1. Réduire le niveau des bruits parasites

Les enfants qui grandissent dans un environnement bruyant (trafic urbain, logements mal isolés, bruits constants en sourdine…) ont de moins bons résultats scolaires en partie parce qu’ils développent comme un bruit de fond constant dans la tête. Ce bruit de fond constant les empêche de saisir correctement des consignes orales et diminue leur capacité à discriminer des sons (essentiels lors de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture).

Il apparaît donc essentiel de conserver un niveau sonore faible dans les classes (au delà du fait d’inviter les enfants à parler calmement, les infrastructure importent énormément : isolement des bâtiments, mobilier adapté…).

 

2. Lire des histoires à voix haute

Les enfants de milieux défavorisés auraient entendu 30 millions de mots en moins que les enfants de classe moyenne ou supérieure à l’âge de 5 ans. Le fait de lire des histoires à voix haute ou de raconter des contes aux enfants développe leur vocabulaire et renforce leur mémoire de travail. Même une fois que les enfants savent lire, continuer à leur lire des histoires à voix haute reste très bénéfique.

On pourrait également encourager les enfants à narrer les histoires qu’ils ont entendues (en faire un résumé libre à l’oral) ou à raconter eux-mêmes des contes (lire aussi : Les bénéfices de la pratique du conte et de l’oralité ).

Ecouter des audiolivres ou des podcasts d’émission (sans support visuel) a également un impact positif sur l’attention, le niveau de langage et la mémoire de travail.

On pourrait aussi imaginer de donner le maximum de consignes à l’oral plutôt qu’à l’écrit.

 

3. Encourager les enfants à jouer d’un instrument de musique

L’équipe du Dr Kaus a montré que les enfants qui pratiquent un instrument de musique ont une meilleure capacité à capter et à discriminer les sons. Cette capacité leur permet de saisir des consignes dans un environnement avec des bruits parasites de manière plus compréhensible que les enfants non musiciens.

La pratique d’un instrument de musique déclenche réellement des changements biologiques dans la manière dont les sons sont traités, ce qui a pour conséquence un meilleur développement du langage oral et des compétences en lecture/ écriture.

Le fait d’écouter de la musique classique contribue également à développer le cerveau.

Lire aussi : La pratique musicale pour réduire l’illettrisme ? Un exemple en faveur de l’accès à l’art pour le plus grand nombre

art école

 

4. Encourager la pratique d’une langue étrangère

Le fait de grandir dans un environnement bilingue conduit le cerveau à gérer deux langue en même temps. Le défi que représente le fait de donner du sens à deux langues en même temps soutient les connexions entre les processus neuronaux liés à l’audition et la fabrique de sens, et renforce les capacités attentionnelles.

La pratique précoce d’une seconde langue est également liée à des améliorations des fonctions exécutives (elles mêmes plus prédictives que le QI).

 

5. Eviter les bruits blancs

Certains appareils émettent des bruits blancs et sont vendus comme des manières de favoriser l’endormissement (des enfants et des adultes).

Or le Dr Kraus affirme que le cerveau humain est câblé pour trouver du sens aux sons que nous entendons. Le fait de fournir un environnement complètement privé de sons pourrait perturber l’organisation du cerveau des enfants.

 

6. Des activités complémentaires pour les enfants de maternelle (avant 6 ans)

On pourrait également imaginer de proposer des activités de discrimination auditive chez les enfants de maternelle. Les clochettes type Montessori s’y prêtent particulièrement bien. Le fait de laisser des instruments de musique à disposition des enfants pour un usage libre participe aussi à cette éducation aux traitement des sons (tambourins, maracasses, xylophones, yukulele… pour les moins encombrants).clochettes-montessori

Des petits jeux inspirés de la méthode Dalcroze pourraient être proposés aux enfants dans cette optique également (un exemple ici).

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La vidéo source en anglais :

 

comprendre les fonctions exécutives

Neurosciences : comprendre les fonctions cognitives pour bien les exploiter

Neurosciences : comprendre les fonctions cognitives pour bien les exploiter

Dans nos vies, nous traitons tous une grande quantité d’information. Nous faisons tout un tas d’activités grâce à notre esprit (on voit, on mémorise, on bouge, on parle, etc.). La cognition humaine est notre « appareil à penser ». Cette cognition a différents rôles (mémoriser, parler, bouger, etc.) : ce sont les fonctions cognitives, c’est-à-dire les différents grands rôles de notre cognition. Cette cognition a pour fonction de percevoir, de prêter attention, de mémoriser, de raisonner, de produire des mouvements, de s’exprimer.

On a coutume de parler de :

  1. perception,
  2. attention,
  3. mémoire,
  4. motricité,
  5. langage,
  6. raisonnement (ou parfois nommé fonctions exécutives).

 

Les fonctions cognitives ce sont donc différentes facettes de la cognition (de la pensée humaine), qui ont chacune leur rôle, et qui nous permettent de réaliser toutes nos actions. Si j’ai un trouble du langage je deviens aphasique. Si j’ai un trouble moteur, du mouvement, je deviens apraxique. Si une fonction de peut pas se réaliser correctement j’ai donc un trouble d’une fonction cognitive, un trouble cognitif.

1. La perception (ou gnosie)

La gnosie recouvre ce que je reconnais, ce que je vois, ce sur quoi je mets du sens :

  • les capacités de reconnaissance et d’identification sensorielles (visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives);
  • le repérage dans l’espace de notre corps (où je suis, où sont les parties de mon corps…).

 

2. L’attention

L’attention est une fonction cognitive complexe mais primordiale dans les comportements humains. L’attention correspond à un processus de sélection d’un stimulus extérieur (son, image, odeur…) ou intérieur (pensée) et au maintien de ce stimulus à la conscience. L’attention mobilise tous les sens.

L’attention est sensible aux interférences et attendre une attention constante est impossible.

 

3. La mémoire

La mémoire est la capacité d’enregistrer et de retrouver des informations. La mémoire fonctionne par système : la mémoire à court terme, la mémoire de travail et la mémoire à long terme.

Il existe 2 types de mémoire :

La mémoire explicite (déclarative)

La mémoire explicite se souvient des informations exactes : l’apprentissage du « quoi » (verbalisation des événements, des procédures et des faits par des mots).

C’est une mémoire du contrôle des gestes : il faut penser à chaque étape. La mémoire explicite permet d’expliquer les connaissances et de les transmettre.

La mémoire explicite comporte :

  • la mémoire sémantique (le sens des choses, nos connaissances sur le monde) -> les mots, le vocabulaire
  • la mémoire épisodique (nos souvenirs personnels, la chronologie de notre histoire, les contextes affectifs et émotionnels dans lesquels se sont produits les événements) -> repères temporels, sensations

La mémoire implicite (non déclarative ou procédurale)

La mémoire implicite est l’apprentissage du « comment » : elle permet de mémoriser les savoir faire, les compétences automatisés et inconscients.

La mémoire implicite permet d’appliquer et de réitérer des procédures de manière automatique. C’est faire quelque chose d’utile des savoirs et connaissances.

Lire aussi : Comprendre le fonctionnement de la mémoire pour aider les enfants présentant des difficultés de mémorisation ou d’apprentissage

 

4. La motricité (ou praxie, la capacité à pratiquer des choses)

La praxie englobe ce que nous essayons de faire : les actions motrices que nous coordonnons dans un but intentionnel (comme l’utilisation d’objets courants telle que la brosse à dents ou le fait de marcher, de s’habiller…).

La praxie dépend de programmes complexes développées et appris.

 

5. Le langage (ou phasie)

La phasie est la capacité à communiquer à travers le langage (car nous sommes en “phase”). La phasie englobe les activités d’expression (parler) et de réception (entendre, décoder et comprendre).

C’est la raison pour laquelle on parle d’aphasie en cas de trouble du langage.

 

6. Le raisonnement (ou les fonctions exécutives)

Les fonctions exécutives sont plusieurs. Elles servent à nous adapter aux nombreuses variations de notre environnement.

Je dois retenir un numéro de téléphone ?

Je veux traverser la route mais une voiture déboule et je dois me retenir au dernier moment ?

Je fais volontairement l’effort de rester concentrer sur mon travail plutôt que de rêvasser ?

Voici des activités qui impliquent les fonctions exécutives. Elles permettent de contrôler nos actions.

Les fonctions exécutives (ou frontales) agissent comme des gestionnaires dont l’objectif serait d’utiliser toutes les autres fonctions supérieures du cerveau et de les mettre dans l’ordre en vue d’une bonne exécution. Par exemple, le fait d’envoyer une lettre nécessite de savoir quoi écrire et de garder en mémoire les idées à communiquer (mémoire et phasie), de savoir comment écrire à la main ou taper à l’ordinateur (praxie), trouver du papier et un crayon (mémoire et gnosie), savoir qu’une lettre s’envoie dans une enveloppe timbrée (mémoire et gnosie), coller le timbre (praxie), aller jusqu’à la Poste pour déposer la lettre dans une boîte aux lettres (praxie et gnosie).

Les fonctions exécutives recouvrent plusieurs compétences :

  • organiser
  • planifier
  • juger
  • faire preuve d’abstraction
  • être flexible
  • savoir inhiber ses émotions
  • être auto discipliné
  • tenir un raisonnement cohérent
  • faire preuve de créativité

Ce sont les fonctions exécutives qui sont développées le plus tard parmi les fonctions cognitives.

Pour aller plus loin : 11 manières de développer les fonctions exécutives des enfants

 

Fonctions cognitives et recueil des informations sensorielles

Il est important de garder en tête qu’une fonction supérieure est toujours dépendante d’une fonction de base (comme voir, entendre, toucher…). Nous avons d’abord besoin de percevoir à travers nos sens avant de contrôler nos perceptions. Pour penser, je dois d’abord recevoir l’information. Je pourrai ensuite contrôler comment je pense.

parole et pensée enfants

Le développement des zones du cerveau dépend de plusieurs facteurs :

  • la génétique,

  • la stimulation,

Lire cet article : Des pistes pour favoriser le développement de la pensée des enfants

  • l’adaptation.

Cette adaptation peut recouvrir plusieurs domaines : les styles d’apprentissage, les formes d’intelligence, les périodes sensibles, la préparation de l’environnement et de l’ambiance, la bienveillance et les encouragements des adultes encadrants, les relations sociales…

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Philosopher avec les enfants : comment mettre en place des cercles de parole philosophiques en classe ou à la maison ?

Philosopher avec les enfants : comment mettre en place des cercles de parole philosophiques en classe ou à la maison ?

J’ai assisté à un atelier “Philosopher avec les Enfants” (pour adultes, enseignants, éducateurs), animé par par une personne de l’Association pour une Communication Non-Violente (Geneviève Bouchez-Wilson). L’ingrédient principal du pouvoir sur les autres est la peur. Nous avons donc le devoir de former des individus capables d’écouter les autres et de s’exprimer. Les cercles de parole philosophiques sont un outil parmi d’autres pour gérer la violence

Quand on décide d’engager les enfants à réfléchir sur un thème et à se questionner, un contexte et un espace différents du rapport maître/ élève, adultes sachants/ enfants ignorants sont nécessaires. Geneviève Bouchez-Wilson parle d’équivalence.

Elle énonce plusieurs conditions pour créer cette intimité qui permet à la parole d’émerger :

  • un espace sécurisé et encadré,

L’équivalence adultes/enfants se matérialise :

  • avec un bâton de parole (pour faciliter la parole, la faire circuler de manière structurée et permettre à chacun de s’exprimer jusqu’au bout),
  • avec une durée (éventuellement matérialisée par une horloge, une lumière allumée…),
  • dans un cercle de parole où tout le monde le voit (éventuellement assis par terre sur des coussins, des tapis…)…
  • par une parole au centre (on ne parle pas à quelqu’un, on en réagit pas en ping pong mais on s’adresse au centre matériellement pour détourner les jugements et les critiques),
  • une relation de confiance mutuelle et d’empathie,

On a besoin d’être au clair avec soi-même en tant qu’adulte pour incarner cette équivalence. L’adulte aussi se dévoile, peut parler de ses expériences, de sa vulnérabilité.

Parler de notre histoire personnelle est une façon de créer un lien authentique avec les enfants et de leur faire comprendre qu’on ne joue pas un  rôle, qu’on n’est pas dans un jeu de manipulation (même positive).

Pourtant, oser sa vulnérabilité et son humilité n’est pas facile.

  • l’absence de domination,

Chaque parole est unique et a de la valeur, que ce soit celle des enfants ou des adultes. Eviter la critique et instaurer la bienveillance est le rôle de l’adulte.  Les enfants sont invités à s’exprimer par des messages je (je parle de moi) et aucune parole n’est vraie ou fausse dans l’absolue (elle représente l’avis ou l’émotion dans la réalité d’une personne à un moment, et cet avis ou ces émotions peuvent être amenés à changer en se confrontant avec d’autres points de vue). Un atelier de parole philosophique est un déplacement vers l’autre : “tu ne penses pas comme moi mais tu m’intéresses !”.

Par ailleurs, la pensée est liée à la possibilité de s’exprimer mais également d’écouter : s’enrichir de la parole de l’autre n’est possible qu’à condition que chacun sache où est sa place.

  • un moment ritualisé et unique,

Une enseignante racontait qu’elle pratiquait les cercles de parole avec ses élèves de maternelle : le bâton de parole est un pompon en laine, la durée est symbolisée par une led lumineuse qui reste allumée le temps de l’atelier, les enfants sont assis en cercle sur des coussins, la led est mise au centre du cercle et les enfants regardent la led allumée quand ils parlent, les ateliers se font en petits groupes (demie classe)…

  • la confidentialité.

La parole des enfants ne sera pas réutilisée contre lui plus tard. Cette confidentialité, cet “espace sacré” est la condition pour que chaque enfant exprime son ressenti, sa perception, ses émotions.

Quelle forme peut prendre un cercle de parole philosophique avec les enfants ?

Matériel et thème

On peut partir d’une question du quotidien, d’une interrogation existentielle, d’un article de presse, d’une vidéo, d’un conte, des réseaux sociaux avec des plus âgés…

Puis on peut demander simplement : qu’est-ce qui se passe en vous, dans votre tête et votre corps, quand vous entendez/ voyez ça ? 

On peut également passer par plusieurs formes pour s’exprimer :

  • le jeu
  • le dessin
  • des mots (plutôt que des phrases)
  • le mime
  • la danse

Pour aider à développer le vocabulaire autour du corps, des émotions, des sensations, on pourra travailler en amont et/ou en parallèle sur ces notions :

Le vocabulaire du contact avec soi est important dans le processus de citoyenneté : si je suis coupé de mon intimité, je ne me comprends pas et je ne comprends pas l’autre non plus… un terreau favorable à la violence.

Déroulement

Geneviève Bouchez-Wilson insiste sur la reformulation et la restitution.

La reformulation (par l’adulte et par les autres enfants) fait le pont entre l’émetteur (ce que je dis) et le récepteur (ce que les autres entendent). La reformulation participe au travail de compréhension en reconstituant ce qui a été dit.

Bilan

Pour clore un cercle de parole philosophique avec les enfants, on pourra poser des questions :

  • qu’est-ce que cela vous a fait de vivre cette expérience ?
  • est-ce que vous avez l’impression d’avoir évolué ?
  • est-ce que vous avez acquis quelque chose ?
  • est-ce que vous auriez aimé avoir plus de temps ?
  • est-ce qu’il y a quelque chose que vous n’avez pas eu le temps de dire ?
  • est-ce que vous avez des regrets ?
  • est-ce qu’il existe un thème ou une question que vous aimeriez aborder la prochaine fois ?

Les effets de la philosophie avec les enfants sur “l’économie globale” de l’éducation

  • Développement de l’empathie
  • Meilleure connaissance de soi (son corps, ses émotions, ses besoins; lien entre le cerveau et le corps)
  • Baisse de la violence
  • Libération de l’imagination
  • Accroissement du vocabulaire
  • Pollinisation des pratiques non violentes (dans les familles, dans la cour de récréation, dans des cercles élargis…)
  • Attention portée à la sensibilité et la vulnérabilité (de soi et des autres)
  • Capacité à apprendre les uns des autres
  • Esprit critique (capacité à penser le monde, à mettre en question des informations) et intelligence collective

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Des ressources pour se lancer dans la philosophie avec les enfants :

Philosopher et méditer avec les enfants (1CD audio) de Frédéric Lenoir (éditions Albin Michel)

Ateliers philo à la maison de Michel Tozzi et Marie Gilbert (éditions Eyrolles)

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Comment et pourquoi développer et soutenir le langage des enfants de 2/3 ans ?

Comment et pourquoi développer et soutenir le langage des enfants de 2/3 ans ?

Vers l’âge de 2/3 ans, les enfants entrent dans une phase caractérisée par la “soif de parler“. C’est à peu près à cet âge qu’ils se rendent compte que tout objet, tout animal, toute personne, toute fonction portent des noms et qu’ils peuvent les apprendre. Connaître le nom des choses qui les entourent est un moment de découverte puissant pour les enfants de cet âge-là.

Les mots permettent aux humains d’intérioriser leur univers. C’est par les mots que nous pouvons manipuler mentalement les objets sans avoir à les toucher ni même à les voir. Les mots permettent une prise sur le monde que les autres espèces vivantes ne possèdent pas.

Le Dr Dodson relate une expérience dans son livre “Tout se joue avant 6 ans”* : un couple de psychologues a adopté un singe et l’ont élevé en même temps que leur fille. Jusqu’à ses deux ans, la petite fille s’est révélée moins habile et moins “intelligente” que le singe (notamment pour attraper des objets).

Mais, à partir de deux ans, elle dépassa le jeune singe par son adresse et sa maîtrise. Les deux psychologues en ont déduit que c’est précisément l’acquisition du langage qui a permis à leur fille d’intérioriser et de conceptualiser le monde tandis que le singe en était incapable.

Entre 2 et 3 ans, un enfant va alors expérimenter les prémices du raisonnement logique et de la prévision d’un futur proche. Son imagination va suivre les progrès de sa vie mentale : ses jeux et ses interactions vont s’en trouver modifier. “Et ça,qu’est-ce que c’est ?” sera la question type.

Le Dr Dodson conseille aux parents (dans la mesure du possible !) de répondre à toutes les questions de l’enfant dans cette phase-là. C’est par ce biais que les parents aideront leur enfant à développer son langage, son vocabulaire, sa puissance de raisonnement et son intelligence en général.

vocabulaire enfants

 

 

Les paroles : des moyens puissants pour être compris

Plus proche de nous (le livre du Dr Dodson date des années 70), Alain Bentolila, linguiste, estime que :

La langue est faite pour parler à des gens qui ne me ressemblent pas, qui ne pensent pas comme moi, qui ne croient pas au même dieu et qui n’ont pas les mêmes convictions.

La langue sert à franchir une distance significative afin de transmettre des informations à des personnes qui ignorent qui je suis et ce que je pense.

Il estime que la richesse de la langue et du vocabulaire sont des moyens puissants pour être compris au mieux par des interlocuteurs avec qui on a peu de choses en commun. Il insiste alors sur l’importance que revêt l’apprentissage du vocabulaire pour les enfants :

Les enfants doivent être formés à ajuster leur discours ou leur texte selon le degré de connivence qui caractérise leur rapport à l’autre. Et pour pouvoir s’ajuster, il faut avoir recours à un plein “sac” de moyens linguistiques.

Quand parler est un défi, il faut puiser dans les mots rares, justes, adaptés.

Quand on dit des évidences ou des banalités, on se contente de mots plus flous.

Une tâche incombe alors aux parents et aux enseignants : apprendre à l’enfant à ne pas se contenter de gestes ou d’un charabia compréhensible seulement par les proches. Selon le linguiste, “Je t’aime et je n’ai pas compris ce que tu veux me dire” est un service à rendre aux enfants. L’enfant est alors invité à reformuler avec ses mots, des mots au plus proche de ses intentions et les parents peuvent être force de proposition pour l’aider à préciser sa pensée.

 

La deuxième naissance : la mise au monde linguistique !

Alain Bentolila parle de deuxième naissance : la mise au monde linguistique.

Chaque fois qu’à la maison ou à l’école on renonce à l’explication pour l’imprécision, chaque fois que l’on privilégie la connivence contre la distance, chaque fois que l’on préfère le préjugé à la découverte, on affaiblit le pouvoir d’ouverture, d’explication paisible et de critique lucide de la langue.

Cela passe également par le fait de surveiller son propre langage et c’est loin d’être toujours évident ! Les enfants ont tendance à copier nos mauvaises habitudes (la faute aux neurones miroirs 🙂 ).

Dans l’idéal, évitons de désigner les objets par des « ça », des « trucs » ou des « machins ». Appelons les objets et les gens par leurs noms. Cela est également valable pour les « ouai », les « nan » et les « s’cuse » (je parle par expérience… quand ma fille revient de chez son père, je vois une vraie différence dans sa manière de parler : l’imprégnation a un effet immédiat !).

le verbe c'est l'autre citation bentolila

 

 

Un lien entre mauvaise maîtrise de la langue et violence ?

La thèse d’Alain Bentolila est que le fait de ne pas pouvoir mettre en mots sa pensée pour l’autre conduit à des passages à l’acte violents. Il explique la violence des jeunes de quartiers sensibles par leur incapacité à transformer pacifiquement le monde et les autres par la force des mots. Il emploie le terme de “langue illettrée” : moins une personne a de mots à sa disposition, plus elle risque de parler par l’action et la violence.

La vraie violence se nourrit de l’impossibilité à convaincre, de l’impossibilité d’expliquer. La vraie violence est muette.

Bien que cette thèse soit réfutée par de nombreux scientifiques, qui estiment que la seule pauvreté du vocabulaire n’explique pas toutes les violences dans les milieux sensibles, il semblerait que la richesse du vocabulaire soit un atout à cultiver chez nos enfants !

 

A lire pour aller plus loin :

10 petits jeux pour enrichir le vocabulaire des enfants (4/5 ans)

Des pistes pour favoriser le développement de la pensée des enfants 

Pourquoi il est essentiel de lire des livres aux tout-petits

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Sources :

Entretien avec Alain Bentolila – L’école des parents Janvier/Février 2011

“Tout se joue avant 6 ans” – Dr Fitzhugh Dodson (* Je ne recommande pas l’achat de ce livre qui se révèle clairement dépassé, sexiste et homophobe. En revanche, je retiens quelques passages intéressants dont celui auquel je fais référence ici. Si jamais vous le trouvez d’occasion – c’est mon cas, je l’ai payé 0,99€ -, cela vaudra peut-être le coup de satisfaire votre curiosité mais ce n’est pas un achat indispensable.)

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jeux vocabulaire enfants

10 petits jeux pour développer le vocabulaire des enfants (dès 4/5 ans)

L’importance du vocabulaire dès le plus jeune âge

Alain Bentolila est linguiste et sa thèse repose sur le fait que ne pas pouvoir mettre en mots sa pensée pour l’autre conduit à des passages à l’acte violents.

Il emploie le terme de “langue illettrée” : moins une personne a de mots à sa disposition, plus elle risque de parler par l’action et la violence.

 La vraie violence se nourrit de l’impossibilité à convaincre, de l’impossibilité d’expliquer. La vraie violence est muette.

Bentolila estime que la richesse de la langue et du vocabulaire sont des moyens puissants pour être compris au mieux par des interlocuteurs avec qui on a peu de choses en commun. Il insiste alors sur l’importance que revêt l’apprentissage du vocabulaire pour les enfants.

 

10 petits jeux pour développer le vocabulaire des enfants (dès 4/5 ans)

1.Les mots de la même famille

Alain Bentolila propose un petit jeu de vocabulaire autour des mots de la même famille.

Pour les plus jeunes, vous pourrez procéder par associations. Ainsi, si votre enfant vous demande ce qu’est une nageoire, demandez-lui s’il n’entend pas un mot connu à l’intérieur du mot nageoire. S’il répond nage, alors vous pourrez lui dire que la nageoire est la partie du corps du poisson qui sert à nager. Nageoire, nager et nage sont donc trois mots de la même famille : ils sont formés à partir de la même racine et ont un sens commun. A force de procéder de cette manière, votre enfant développera une stratégie pour comprendre les mots nouveaux à partir de mots connus… et développera à la fois son autonomie et sa connaissance du monde !

Pour les plus grands, vous pouvez chercher ensemble des mots de la même famille des plus simples aux plus complexes. Chacun doit trouver un mot et celui qui sèche a perdu et doit lancer une nouvelle idée. Par exemple : que peut-on faire avec “dent” ? Dentier, dentifrice, dentition, dentaire, dentiste, édenté…

 

2.Les catégories

Alain Bentolila insiste sur le rangement des mots que doivent opérer les enfants. Il parle de “capharnaüm lexical” si des liens ne sont pas tissés entre les mots de leur vocabulaire : liens formels (la forme des mots), liens sémantiques (le sens, ce dont les mots parlent) et liens historiques.

Vous pouvez inciter les enfants à construire et découvrir des catégories à partir de cartes représentant des objets, des animaux, des métiers, des personnes (vous pouvez par exemple réutiliser des cartes de mémory ou en fabriquer à partir de prospectus découpés ). Plusieurs activités sont envisageables, voici quelques pistes :

  • commencer vous-même plusieurs catégories (par exemple, les fruits d’un côté et les légumes de l’autre) puis demander à l’enfant de placer les cartes restantes dans l’une ou l’autre (vous pourrez augmenter le nombre de catégories et de cartes en fonction de l’âge de l’enfant, y placer des intrus),
  • proposer plusieurs catégories et demander à l’enfant de leur trouver un nom en fonction des similarités qu’il trouve entre les membres du groupe que vous lui proposerez,
  • demander à l’enfant de trouver un intrus dans une catégorie que vous lui proposerez,
  • placer plusieurs cartes devant l’enfant et lui demander de créer lui-même des catégories cohérentes,
  • disposer une série de cartes devant l’enfant représentant une catégorie puis lui demander de choisir une carte parmi celles qui restent sur la table pour l’échanger contre une de la série sans en changer la cohérence.

 

3.La bataille d’oxymores

Le principe est d’associer deux mots dont les sens sont opposés pour créer une expression contradictoire. L’oxymore exprime alors ce qui est impossible et absurde.

J’ai retrouvé ce concept dans le livre Génie toi-même !. Phillipe Brasseur, l’auteur, pousse le lecteur à créer des oxymores pour développer une « pensée à l’envers » comme Nicolas Copernic l’a fait à son époque.

On peut citer des oxymores célèbres utilisés dans des livres, films ou chansons :

  • Cette obscure clarté qui tombe des étoiles (Corneille, Le Cid)
  • Jeune vieillard (Molière, Le Malade Imaginaire)
  • Douce violence (chanson de Johnny Halliday)

 

4.Laoupala, un jeu de vocabulaire et de réflexion

Le but de Laoupala est de trouver autour de soi un objet qui remplira des caractéristiques tirées au hasard. Les joueurs ne doivent pas bouger de leur place et scanner du regard le plus vite possible la pièce tout en réfléchissant aux critères pour trouver un objet, une plante, un animal, une personne qui remplisse le plus grand nombre des caractéristiques données.

Retrouvez les règles du jeu dans cet article : Un jeu de vocabulaire, de réflexion et d’observation : Laoupala

5.Un imagier personnel

Les imagiers sont des livres présentant des images accompagnées du mot désignant l’objet, l’animal ou la personne représenté(e), souvent regroupées par thème. Les imagiers sont très utiles pour les jeunes enfants car ils sont un support de développement du lexique et de connaissance du monde.

Attention cependant à ne pas figer une représentation d’une chose : certains enfants pourraient croire qu’une graine est forcément une graine de haricot car c’est ainsi qu’elle est représentée dans leur imagier. Or il existe des graines de courge, de lentille, de salade… Un grizzly peut aussi ne pas être reconnu comme un ours si un enfant a été seulement en contact avec des images de nounours.

Il est donc nécessaire de disposer de plusieurs imagiers ou de sélectionner des imagiers qui proposent différentes images pour un même mot.

Si vous êtes tentés par la fabrication d’un imagier personnel, vous trouverez votre bonheur ici.

 

6.Un abécédaire fait maison

Les abécédaires sont des répertoires de mots et d’images classés dans l’ordre alphabétique : à chaque lettre ses mots ! Ces livres sont utiles pour :

  • apprendre l’ordre alphabétique,
  • apprendre la graphie des lettres,
  • apprendre le son associé aux lettres,
  • donner l’occasion d’écrire à votre enfant,
  • travailler l’orthographe des mots,
  • activer la mémorisation de mots,
  • faciliter la compréhension du sens du mot grâce à l’illustration.

Si vous cherchez des idées pour vous inspirer, vous trouverez dans cet article des propositions pour créer votre abécédaire à la maison.

 

7.Méli mélo de mots

Nous avons trouvé un livre qui se prête tout à fait au méli mélo de mots : Axinamu. Il propose une double page coupée horizontalement en 3 parties. Les images des animaux peuvent alors être mélangées à souhait : une chèvre et un ornithorynque, ça fait un ornithochèvre, un blaireau et un lynx, ça fait un blynx !

axinamu imagier animaux

Toutes les déclinaisons et variations sont imaginables sur ce principe : des noms de pays, de villes, de personnes, de métier, de fleurs…

 

8.Jouer à construire des phrases avec la même lettre

Et si vous inventiez des phrases contenant le plus possible de mots qui commencent par la même lettre ? Par exemple, une phrase avec la lettre F pourrait donner : Fanny filme une farandole de fraises folles et fatiguées.

Vous pourrez vous appuyer sur ce livre et cet article : Abécédaire pour jouer à construire des phrases.

9.Des albums jeunesse dédiés au vocabulaire

Ma fille et moi avons eu un coup de coeur pour les livres Faut pas confondre et Faut toujours pas confondre. Ces livres présentent avec beaucoup d’humour un mot et son contraire (d’où le titre… faut pas confondre !). Les enfants saisissent donc le principe des antonymes et s’amuseront à deviner le contraire du mot présenté !

Cette sélection est totalement subjective je l’avoue, mais vous trouverez beaucoup d’autres livres de vocabulaire en fouillant chez votre libraire, sur Internet ou à la bibliothèque du coin.

Quoiqu’il en soit, tous les livres que vous lirez à votre enfant participeront au développement de son vocabulaire : les contes traditionnels et les albums de littérature jeunesse mais aussi les livres de recettes, les BD, même les prospectus de pub ou les notices d’explication ! Tout est permis :-).

 

10.Nommer et exprimer les émotions

Il est important que les enfants sachent reconnaître ce qui se passe à l’intérieur d’eux. Mettre un nom sur les émotions, c’est un premier pas avant de les exprimer et d’apprendre à les gérer. Cela passe par à la fois par :

  • l’intérêt que le parent accorde à l’enfant en posant cette question : et toi, comment te sens-tu aujourd’hui ?,
  • les outils à disposition de l’enfant pour y répondre.

Voici deux pistes que je vous propose :

Le tableau des humeurs. L’enfant pourra indiquer son humeur du moment de manière ouverte et ainsi engager le dialogue avec sa famille sur ce sujet. Voici celui que nous avons à la maison mais vous pouvez aussi très bien en fabriquer un avec des photos de votre enfant qui imite les différentes émotions (un bon moyen de se les approprier en plus !).

tableau des émotions ou tableau des humeurs

La météo intérieure. Dans le livre Calme et attentif comme une grenouille est proposé l’exercice de la météo intérieure : il s’agit d’exprimer son humeur à l’aide d’un baromètre.

Je sens du soleil à l’intérieur de moi quand je suis heureux/se, content(e), que tout va bien.
Je sens des nuages en moi car quelque chose m’embête, je sens de la colère qui arrive en moi.
Je sens un orage en moi car je suis en colère et tout explose à l’intérieur de mon corps et de ma tête.
Je sens de la pluie en moi car j’ai envie de pleurer.

J’en profite pour rebondir sur la question “et toi, comment te sens-tu aujourd’hui ?” pour souligner l’importance de solliciter régulièrement l’avis de l’enfant :

  • et toi, tu en penses quoi ?
  • es-tu d’accord ?
  • quel est ton avis ?
  • que vois-tu ?

 

 

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