Qui a le plus besoin de parler à l’école ? Et qui parle effectivement le plus ? (de la confiscation de la parole des enfants à l’école)

Qui a le plus besoin de parler à l’école ? Et qui parle effectivement le plus ? (de la confiscation de la parole des enfants à l’école)

confiscation de la parole des enfants à l'école

Crédit illustration : freepik.com

Le langage oral des enfants est confisqué à l’école

Dans son livre Comment l’enfant apprend : le besoin vital de comprendre, John Holt s’interroge sur la confiscation du langage oral des enfants à l’école.

Qui a le plus besoin de parler à l’école ? Et qui parle effectivement le plus ? Précisément. Ce sont les enfants qui en ont besoin, c’est l’enseignant qui parle. Même dans les écoles censées être les plus avant-gardistes, la règle habituelle dans presque toutes les classes, c’est qu’un enfant ne doit parler qu’à l’enseignant et seulement quand il est prié de le faire. – John Holt

John Holt regrette que le résultat d’une éducation où le langage oral des enfants est confisqué, c’est que les enfants ne développent par une bonne aisance orale, n’élaborent pas une pensée riche et passent à côté de la vie sociale. Pourtant, les écoles mettent en avant le “vivre ensemble” et les familles pratiquant l’instruction en famille sont souvent critiquées pour le manque de sociabilisation des enfants…

J’entends parler d’écoles qui n’autorisent même pas les enfants à parler pendant le repas, sous prétexte que ça fait perdre du temps ou que ça fait trop de bruit à la cantine […]. Dans ces conditions, quand et où se passe la “vie sociale” dont l’école fait tant de cas ? – John Holt

Pour Holt, la perte de compétence et d’intérêt pour la conversation a des conséquences nocives sur tous les autres types de langage (langage écrit, langage mathématique, langage scientifique) et sur l’élaboration même de la pensée.

La prétendue révolution actuellement en cours dans le domaine éducatif n’a pas fait grand-chose jusqu’à présent pour changer ça. Que ce soit maths, en sciences humaines ou toute autre matière, dans les cours à la pointe du progrès, l’organisation de la parole reste inchangée. C’est l’enseignant qui parle le plus clair du temps; il pose de temps en temps des questions aux enfants, histoire de s’assurer qu’ils écoutent et qu’ils comprennent. Parfois, un enseignant courageux entamera ce qu’ils appellent une “discussion”. Ce qui se passe alors, c’est en général […] de “l’obtention de réponses”. Ce type de conversation simulée et dirigée est pire que tout. Pas étonnant que les enfants en soient vite dégoûtées. – John Holt

Pour l’instauration de vrais temps libres où la parole des enfants circule sans supervision ou direction imposée par les adultes

John Holt a été enseignant et laissant des temps libres régulièrement dans sa classe. Pendant ces temps libres, les enfants pouvaient réellement faire ce qu’ils voulaient : lire, dessiner, jouer à des jeux de société, faire des puzzles et, évidemment, simplement discuter entre eux. Avec le temps, Holt s’est rendu compte que ces temps libres étaient les plus utiles de la journée.

Parfois, certains enfants ou groupes d’enfants s’agitent, font du bruit au point de gêner les autres mais l’enseignant peut simplement rappeler les règles. Il se peut que certains élèves dits “médiocres” se révèlent d’excellents orateurs et soient capables d’argumenter à armes égales avec les autres sur un sujet ou un autre.

On devrait laisser de longues plages de temps pour parler entre eux de ce qui les intéresse sans que l’enseignant s’en mêle. Il pourrait y avoir des moments où l’enseignant demanderait aux enfants de parler moins fort. Mais il ne faudrait pas qu’il veuille superviser ce dont les enfants parleraient. – John Holt

Pour les enseignants réticents ou qui ont peur du lâcher prise, Holt propose d’accorder d’abord de courtes périodes de temps libre, de 10 à 30 minutes et dans le calme. Ce type d’initiative peut faire sauter le carcan de l’école et rendre possibles de vrais temps de réflexion, d’interactions vivantes et de discussions profondes, voire philosophiques. 

On ne le dira jamais assez : on ne progresse dans l’usage des mots, qu’il s’agisse de les entendre, de les dire, de le lire ou de les écrire, qu’à une et une seule condition – il faut utiliser ces mots pour dire quelque chose qu’on a envie de dire, à des gens auxquels on a envie de s’adresser, et pour des raisons qui nous appartiennent. – John Holt

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Source : Comment l’enfant apprend : le besoin vital de comprendre de John Holt (éditions L’Instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet (site de l’éditeur).

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