Comprendre le développement du cerveau des bébés (les compétences précoces des bébés)

Comprendre le développement du cerveau des bébés (les compétences précoces des bébés)

développement du cerveau des bébés

Dans son émission Les Saventuriers du 24 août 2019, Fabienne Chauvière recevait Ghislaine Dehaene, neuroscientifique spécialisée dans l’étude du développement des fonctions cognitives de l’enfant.

Ghislaine Dehaene y a exposé des pistes pour comprendre le développement du cerveau des bébé.

Le cerveau préfrontal (compétences de haut niveau) existe et est utile chez les bébés

Les régions frontales représentent quasiment un tiers du cerveau donc elles ne peuvent pas être inexistantes ou inutiles chez les bébés et jeunes enfants. Chez les bébés, les régions frontales sont actives et permettent d’aller chercher ce qui a un intérêt du point de vue du bébé.

Il ne s’agit pas d’un développement du bas vers le haut dans le cerveau mais, sur certains aspects, du haut vers le bas car les parties du cerveau préfrontal permettent de diriger les apprentissages des régions de plus bas niveau.

Les bébés savent se débrouiller avec des choses nouvelles dès 3/4 mois. Ils ont une certaine autonome : ils sont curieux et savent déjà quoi attendre d’un adulte et comment se comporter en réponse. Les bébés aiment la nouveauté et on le voit à son regard. Plus ils fixent et regardent longtemps, plus ils apprennent.

Le cerveau du bébé a déjà une organisation qui lui permet d’aller chercher dans l’environnement ce qui est pertinent et ce qui est important pour lui d’apprendre.

Très tôt, les bébés sont capables de repérer les sons de la langue maternelle et d’essayer de faire du sens avec ces sons qu’ils perçoivent. Les bébés reconnaissent leur langue maternelle dès la naissance. Ils sont par ailleurs capables de reconnaître la voix de leur mère.

L’importance de la cognition sociale

Les humains sont une espèce très sociale au sein de laquelle l’enfant est dépendant des adultes et va observer les adultes pour comprendre le fonctionnement des relations.

Les enfants, dès 6/9 mois, savent déterminer qui est gentil et qui est méchant.

Le fait de s’appuyer sur l’autre pour apprendre fait dire à certains neuroscientifiques que les humains sont une espèce pédagogique.

Chez les autres mammifères, on n’a jamais vu une mère observer son enfant pour vérifier s’il faisait bien ou ralentir son geste pour aider la compréhension de l’enfant. En revanche, les humains parlent moins vite à un enfant, ralentissent leurs gestes et donnent des signes qu’ils sont à un moment donné en train de lui enseigner quelque chose. Cela passe par exemple par le fait de parler avec des intonations importantes pour signaler à l’enfant de bien écouter parce que nous allons lui passer une information importante. Les bébés sont déjà sensibles aux intonations de voix qui indiquent que quelque chose va leur être dit au sujet de leur environnement.

L’apprentissage du langage

Les humains partagent avec d’autres mammifères des capacités sur l’approximation des quantités (le plus/ le moins), la forme et la physique des objets (ex : les objets tombent), la différence entre objets inanimés et animés (selon des logiques de la physique observés). Les bébés formulent par l’expérience des a priori sur la manière dont les gens et les choses sont supposés se comporter. Par exemple, les enfants ont un sens approximatif du nombre dès les premières semaines de vie (de nombreux animaux ont également ce sens approximatif du nombre parce qu’il leur est utile de choisir l’arbre où il y a le plus de fruits). A la naissance, les enfants sont capable de discriminer 6 et 24 (de l’ordre d’un rapport de 1 à 3).

Ce qui est spécifique à l’humain est le langage humain qui permet de représenter l’environnement selon des signes arbitraires et de les ordonner selon des règles.

Dès 6/9 mois, les bébés comprennent déjà quelques mots (prénom, papa, maman) même s’ils ne les mettent pas dans des phrases et qu’ils ne peuvent pas encore les articuler. Les bébés comprennent vite que les mots représentent quelque chose dans l’environnement (même s’ils ne sont pas encore capables d’un point de vue articulatoire de les utiliser).

Les bébés français, arabes ou japonais ne babillent pas de la même façon parce qu’ils sont sensibles aux sons de leur propre langue et à la façon dont ils sont modulés. Les bébés babillent en fait dans leur langue maternelle.

Avec le babillage, l’enfant exerce son système moteur pour pouvoir articuler (travail des muscles, de la position de la langue…) et s’inscrit dans des interactions avec son entourage.

Le cerveau de l’enfant est comme un créateur de la langue : il veut communiquer et créer du langage. Les enfants ne reçoivent pas l’environnement mais vont essayer de trouver des règles dans l’environnement et exploiter ces règles pour trouver des solutions. C’est la raison pour laquelle de nombreux enfants disent “ils sontaient” plutôt que “ils étaient” parce qu’ils ont fabriqué des règles à partir du langage utilisé et entendu (le verbe marcher donne “ils marchent” au présent et “ils marchaient” au passé).

A deux mois, les bébés sont capables d’associer une syllabe à un signe et à émettre un message d’erreur quand le signe n ‘est plus le même. La capacité à apprendre à lire et à une analyse fine de la parole est déjà présente chez le bébé.

Les enfants sont avides de connaissance et adorent apprendre des mots compliqués (comme diplodocus). Il ne faut pas décourager l’appétence des jeunes enfants pour les mots sous prétexte qu’ils n’en sont pas capables.

Le cerveau des humains est curieux dès la naissance et a envie d’apprendre. C’est une erreur de penser que l’apprentissage est stressant ou que les enfants ont peur d’apprendre. Les enfants veulent découvrir le monde et ont besoin de la médiation des adultes (et plus tard d’autres enfants)

Il est donc très important de parler aux bébés, d’être en interaction à la fois verbale et non verbale avec eux. Les enfants apprennent à travers les adultes mais, avec l’omniprésence des écrans, nous avons tendance à passer trop de temps sur les appareils portables en oubliant l’importance des interactions vivantes avec les petits (leur parler, leur lire des livres, voir leurs essais et les encourager, chanter…).

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Pour aller plus loin : Le cerveau en lumières sous la direction de Bernard Poulain et Etienne Hirsch, avec Ghislaine Dehaene-Lambertz (éditions Odile Jacob)

 

 

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