L’illusion de connaissance : un biais cognitif à prendre en compte dans l’apprentissage

L’illusion de connaissance : un biais cognitif à prendre en compte dans l’apprentissage

L'illusion de connaissance

Dans son livre Votre cerveau vous joue des tours, Albert Moukheiber écrit que moins on connaît un sujet, moins on est capable de mesurer à quel point on ne maîtrise pas le sujet en question. Ce biais cognitif est appelé illusion de connaissance ou bien effet Dunning-Kruger. Nous pensons souvent mieux comprendre le monde que nous ne le comprenons vraiment.

L’illusion de connaissance peut s’appliquer à tous les domaines de la vie. Albert Moukheiber prend l’exemple de la musique : lorsque nous commençons à apprendre à jouer d’un instrument de musique, nous pensons souvent que ce n’est pas si compliqué. Au piano, il est possible de jouer Au clair de la lune après seulement quelques cours. Mais, plus nous persévérons dans l’apprentissage de cet instrument, plus nous nous rendons compte que la progression ne sera pas aussi rapide. Après le pic de confiance, nous allons traverser une phase de perte de confiance et de démotivation. Nous penserons même parfois que nous n’y parviendrons jamais. Cette phase de découragement peut être dépassée en acceptant de travailler dur et de faire preuve d’humilité (souvenons-nous de Socrate : “tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien”).

Il en va de même pour l’apprentissage d’une nouvelle langue : il est possible de se débrouiller à l’oral pour les choses élémentaires. En revanche, essayer de lire un roman dans la langue nous fera prendre conscience de l’étendue de ce qu’il reste à apprendre.

L’apprentissage commence donc souvent par un pic de confiance injustifié en sa connaissance du sujet. Paradoxalement, nous avons un pic de confiance en nos connaissances lorsque celles-ci nous font le plus défaut !

Avoir connaissance de ce biais cognitif en tant qu’enseignant ou en tant qu’élève permet de mieux appréhender le processus d’apprentissage : en enseignant de nouvelles connaissances, les enseignants aident les élèves à se rendre compte qu’ils n’en avaient pas suffisamment au départ, et donc à prendre conscience de la limitation de leurs connaissances.

Quand les élèves prennent la mesure de ce qu’il leur reste à apprendre, leur pic de confiance redescend en flèche et les élèves passent par une phase de découragement avant de comprendre qu’ils peuvent s’améliorer et remonter la pente de la connaissance avec du travail, des efforts et des stratégies.

Nous surestimons en permanence notre capacité à comprendre le fonctionnement du monde, l’important est d’en avoir conscience et de ne pas nous arrêter au pic de confiance chaque fois que nous découvrons une nouvelle discipline, que nous sommes confrontés à de nouvelles idées. Au contraire, acceptons de plonger dans le vertige de la connaissance : nous l’accepterons d’autant plus que, comme en témoigne la courbe, après le découragement face à l’étendue de ce qu’il nous reste à apprendre vient la remontée vers une connaissance plus solide.- Albert Moukheiber

Des conséquences de l’illusion de connaissance dans la vie sociale aussi

Albert Moukheiber lie l’effet Dunning-Kruner (illusion de connaissance) au syndrome de l’imposteur, qui est son opposé.

Aux personnes s’arrêtant à leur pic de confiance, l’effet Dunning-Kruger confère un vrai sentiment de surpuissance. Des personnes médiocres vont ainsi oser briguer des postes pour lesquels elles ne sont pas qualifiées.

A l’inverse, des personnes surcompétentes (et notamment les personnes à haut potentiel intellectuel) sous-estiment leurs capacités et craignent en permanence de « ne pas être à la hauteur ». Le syndrome de l’imposteur conduit les personnes qui en sont victimes à accepter des postes inférieurs à ceux qu’elles méritent.

Et en combinant ces deux effets, Albert Moukheiber constate une absurdité : des personnes sous-compétentes dirigent des personnes sur-compétentes.

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Source : Votre cerveau vous joue des tours de Albert Moukheiber (éditions Allary )

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