expression écrite histoire enfants

Expression écrite : 6 questions à se poser pour construire une histoire (pour guider les enfants à partir de 8 ans)

Expression écrite : 6 questions à se poser pour construire une histoire (pour guider les enfants à partir de 8 ans)

Dans son livre Faire écrire les enfants, Faly Stachak propose aux enfants de toujours commencer par se poser ces 6 questions pour poser les éléments d’une histoire écrite cohérente et intéressante. 

QUI ? 

Qui est le héros ou l’héroïne de l’histoire ?  A quoi ressemble-t-il/elle (physique, personnalité, habits, métier ou fonction, lieu de vie, qualités et défauts…) ?

Qui est l’adversaire du personnage principal ? A quoi ressemble-t-il (physique, personnalité, habits, métier ou fonction, lieu de vie…) ?

Quels sont les autres personnages (amis, famille, adultes, enfants, animaux de compagnie…) ? Le personnage principal va-t-il faire de nouvelles rencontres ? Y-a-t-il des personnages qui vont aider ou sauver le héros ou l’héroïne ? Qui sont-ils (animaux, humains, personnages imaginaires…) ?

QUAND ?

Quand a lieu cette histoire ? Est-ce dans le présent, dans le passé, dans le futur ?

A quel moment le héros va-t-il rencontrer des problèmes ?

A quel moment pourra-t-on dire que le problème est résolu ?

Où ?

Où l’action de départ se situe-t-elle ? Quelle description peut-on faire de ce lieu (la localisation, les couleurs, les odeurs, le paysage, les constructions, les éléments naturels…) ?

Où l’aventure va-t-elle emmener  le héros ou l’héroïne ?

Dans combien de lieux différents ?

Comment les personnages s’y rendent-ils ?

Où va-t-elle se terminer ?

QUOI ? (qu’est-ce qu’on y fait ? pour quoi faire ?)

Quelle est la situation de départ du héros ou de l’héroïne ?

Quel problème le héros ou l’héroïne va-t-il rencontrer ? Qui ou quoi est à l’origine de ce problème ?

Que veut-il/elle obtenir ? Quel est le but de la quête (un objet, une idée à défendre, un personne ou plusieurs personnes à délivrer…) ?

Dans quel but le héros ou l’héroïne va-t-il/elle se mettre en route ? Pour quoi faire ? Pour devenir qui ?

Est-ce une question de vie ou de mort ?

Quel effet, quelles conséquences cela a-t-il sur la vie du héros ?

POURQUOI ?

Quelles sont les causes du problème à résoudre ?

Quelles sont les raisons du conflit avec l’adversaire ?

Pourquoi est-ce que ce problème est difficile à résoudre ?

COMMENT ?

Comment le ou les adversaire(s) empêche(ent)-ils le héros ou l’héroïne d’atteindre son but ?

Que fait le héros ou l’héroïne pour surmonter les obstacles ?

Quelles actions seront mises en place ? Le personnage principal a-t-il besoin d’aide ? Devra-t-il se déplacer ? Devra-t-il se déguiser/ se cacher/ se battre/ ruser… ? Quel est l’enchaînement des actions s’il y en plusieurs ?

Quels sont les résultats de chacune des actions ? En cas d’échec, quelles autres solutions sont trouvées ?

Qu’est-ce qui a permis au héros ou à l’héroïne de ne pas craquer dans les moments difficiles ?

Que rapporte-t-il/elle de son aventure (récompense, objet…) ? Qu’y gagne-t-il (une renommée, de nouveaux amis, une leçon de sagesse, une meilleure situation financière…) ?

Quelle est la situation de fin ? Qu’est-ce qui a changé par-rapport à la situation de départ ?

 

Ces questions permettent de faire avancer une histoire et de remplir les trois parties de manière efficace pour le lecteur :

  • le début (présentation du personnage principal dans son monde habituel; mise en place du lieu, du temps et du décor; puis apparition du problème et préparation aux aventures),
  • le milieu, là où se joue le suspense (les difficultés se présentent; le courage et la détermination sont convoqués; la tension grimpe et il faut faire preuve de créativité; des personnages ressources apparaissent; les obstacles finissent pas être surmontés),
  • la fin, heureuse en général (le héros ou l’héroïne terrasse l’adversaire puis quitte le monde des aventures; il/elle rentre chez lui/elle avec l’objet de l’aventure; il/elle est changé.e et les anciennes connaissances le remercient, l’admirent et/ou écoutent le récit de cette expérience; un nouvel ordre est établi).

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Source : Faire écrire les enfants : 300 propositions pour écrire des histoires de Faly Stachak  (éditions Eyrolles). Disponible en librairie, en médiathèque ou sur internet.
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école sudbury démocratique

Sudbury : à la découverte d’une école pas du tout comme les autres (une école libre et démocratique sans programme, sans prof et sans note)

Sudbury : à la découverte d’une école pas du tout comme les autres (une école libre et démocratique sans programme, sans prof et sans note)

 

Les écoles inspirées par le modèle Sudbury sont des écoles dites libres et démocratiques sans programme, sans professeur (seulement des facilitateurs d’apprentissage) et sans note. Dans ce type d’écoles, les enfants ne sont pas regroupés par tranche d’âge mais la diversité des profils et d’âge favorise l’ouverture aux autres et le développement de chacun. Les apprentissages sont libérés des programmes et se font de manière autonome et informelle.

Chaque membre (on ne parle plus d’élève mais bel et bien d’enfants et d’adolescents) est libre de choisir ses activités sur la base de sa propre motivation, de ses besoins et intérêts du moment. Les écoles type Sudbury permettent à leurs membres de mener leurs activités à leur rythme. Elles sont dites démocratiques dans le sens où chaque membre, enfant ou adulte, est l’égal de l’autre, ayant le même pouvoir dans le fonctionnement de la structure. Les règles de fonctionnement sont établies de manière collégiale et démocratique.

Une vidéo pour comprendre le fonctionnement d’une école pas comme les autres :

Des témoignages de parents, d’enseignants et d’enfants :

On a tous cette impression que si on ne nous dit pas ce qu’il faut faire et apprendre et comment l’apprendre, alors on n’apprendra rien. Mais on apprend partout et tout le temps. On apprend plus qu’on ne le pense.

On s’est tous laissé convaincre par un mythe : le mythe est que si on va à l’école et qu’on a des bonnes notes, et puis qu’on va à l’université et qu’on a là encore des bonnes notes, on est sûr de réussir sa vie.

Les enfants et adolescents doivent trouver eux-mêmes ce qu’ils veulent faire et c’est quelque chose que personne ne peut faire à leur place.

Qu’est-ce qu’il y a de plus important qu’être soi-même ?

Les choses qui me faisaient peur au sujet de l’école au départ sont devenues les choses que je vois aujourd’hui comme d’énormes points forts.

C’est beau ce qui se passe ici.

Merci à Antoine Guenet de L’Ecole Autonome de Bruxelles pour la traduction et la publication de cette vidéo de la Sudbury Valley School.

Retrouvez les projets francophones d’écoles démocratiques sur le modèle de la Sudbury Valley School ici.

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Pour aller plus loin dans la compréhension des apprentissages libres et autonomes tels que prônés dans les écoles démocratiques, je vous propose ces quelques ressources :

dessin animé mathématiques

Donald au pays des mathémagiques : un dessin animé pour comprendre à quoi servent les maths !

Donald au pays des mathémagiques : un dessin animé pour comprendre à quoi servent les maths !

Je vous propose de visionner avec les enfants le dessin animé Donald au pays des mathémagiques. Ce dessin animé est magnifique pour expliquer en quoi les mathématiques contribuent à la musique, à l’architecture, aux jeux (comme les échecs ou le billard) et comment la nature suit des lois mathématiques.

Les enfants y apprendront les mystères du nombre d’or et découvriront même les techniques pour devenir imbattables au billard. J’aime l’idée à transmettre aux enfants que chaque porte fermée aujourd’hui sera ouverte par l’esprit de recherche des générations à venir.

 

Pour aller plus loin : MATHS : 2 trucs simples pour la réussite de tous les enfants

découverte pédagogie-reggio

Une pédagogie pour les jeunes enfants à découvrir : REGGIO et ses cent langages (vidéo)

Une pédagogie pour les jeunes enfants à découvrir : REGGIO et ses cent langages (vidéo)

En exposant les enfants à d’autres cultures et langages, nous cultivons le respect pour la diversité du genre humain, nous faisons la promotion de la paix et nous ouvrons des consciences.

La pédagogie Reggio (si l’on peut parler de pédagogie puisqu’il s’agit plus d’une approche, voire d’une philosophie) est parfaitement adaptée pour les jeunes enfants d’âge pré-scolaire et de maternelle. Cette approche a été développée par Loris Malaguzzi dans la région de Reggio Emilia en Italie après la Seconde Guerre Mondiale.

Le pilier de cette approche est la notion des cent langages : les langages ici sont entendus comme le fait de s’exprimer et de communiquer avec tous les moyens possibles (la parole, le mime, les arts plastiques, les marionnettes, la danse, le langage mathématique, le langage scientifique…).

L’environnement y est considéré comme le troisième le professeur (dans une relation triangulaire entre l’enfant, ses éducateurs – parents et professionnels de l’enfance et donc l’environnement matériel). L’aménagement de l’espace est donc primordial.

Je vous laisse découvrir dans cette vidéo comment un centre d’accueil de jeunes enfants a aménagé ses locaux et ses espaces extérieurs pour permettre aux enfants d’utiliser leurs cent langages (petit bémol sur la peinture avec les escargots, on pourrait imaginer peindre avec des feuilles, des billes ou des glands qui roulent).

Ces aménagements et propositions pourraient inspirer des crèches, des écoles maternelles, des relais d’assistantes maternelles et des assistantes maternelles, des parents… Bonne découverte 🙂

Une vidéo de ABC Play Center (West Hills, Californie, Etats-Unis)

Dans le poème qui suit, Loris Malaguzzi souligne l’importance de la multiplicité des langages des enfants :

L’enfant est fait de cent. 
L’enfant a cent langages
cent mains et cent pensées
cent façons de penser
de jouer, de parler,
cent toujours cent
cent façons d’écouter
d’étonner et d’aimer
cent joies pour
chanter et comprendre
cent mondes à découvrir
cent mondes à inventer
cent mondes à rêver.

L’enfant a cent langages
(et puis cent cent cent cent)
mais on lui en vole 99.

Ecole et culture
séparent tête et corps.
On lui dit de :
penser sans les mains
faire sans la tête
écouter sans parler
comprendre sans joie
aimer et s’étonner
à Pâques et Noël uniquement.
On lui dit de :
découvrir le monde
qui existe déjà
et sur cent
on lui en vole 99.
On lui dit que :
le jeu et le travail
la réalité et la fantaisie
la science et l’imagination
le ciel et la terre
la raison et le rêve
sont des choses qui 
ne vont pas ensemble.

En somme, lui dit-on,
le cent n’existe pas. 
L’enfant dit cependant : 
le cent est bel et bien.

découverte pédagogie-reggio

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Pour aller plus loin dans la découverte de cette pédagogie et passer à la pratique avec les jeunes enfants :

Loose Parts: Inspiring Play in Young Children

Une année d’activités pour apprendre en s’amusant : 52 semaines de pédagogie active (Montessori, Steiner, Reggio…)

rigueur intellectuelle esprit critique enfant

Rigueur intellectuelle et esprit critique : les cultiver chez les enfants avec la philosophie

Rigueur intellectuelle et esprit critique : les cultiver chez les enfants avec la philosophie

ateliers-philo-enfantsUn climat de confiance et de bienveillance favorise l’apprentissage de la rigueur intellectuelle et de l’esprit critique.

Réfléchir en famille, c’est faire l’expérience de la rigueur et de la liberté.

En ce sens, pratiquer la philosophie de manière plus ou moins formelle est l’occasion de nourrir la capacité à raisonner des enfants qui leur sera utile à la fois dans leurs apprentissages scolaires et dans leur vie quotidienne.

Michel Tozzi et Marie Gilbert proposent 5 points clés pour apprendre la rigueur intellectuelle et l’esprit critique chez les enfants (à partir de 5/6 ans) :

1. Justifier

On peut habituer nos enfants à justifier ce qu’ils avancent. Quand ils affirment quelque chose sans argument, on peut leur demander pourquoi ils disent cela. Quand ils soutiennent une réponse à une question, on peut leur demander : “Et si on te faisait l’objection suivante, qu’est-ce que tu répondrais ?” ou “Il y en a qui pensent ceci. Quelle objection peux-tu faire leur faire ?”.

 

2. S’appuyer sur des exemples

Donner des exemples qui illustrent une notion abstraite ramènent au réel qu’on a pu perdre de vue dans l’abstraction du langage.

Par exemple : “Tu dis que l’imagination est une bonne chose : tu peux donner un exemple ?”

 

3. Relativiser

Les contre-exemples sont fondamentaux : ils restent concrets, mais font fonction de preuves et obligent à relativiser, à nuancer une opinion.

 

4. Comparer

Les distinctions conceptuelles permettent de cerner une notion : les enfants distinguent plus facilement l’amitié en la distinguant de la camaraderie et de l’amour.

 

5. Caractériser

Il est difficile de cerner des notions abstraites (liberté, vérité, violence…). Enumérer les caractéristiques d’une notion aide à en saisir le sens profond, à mieux la cerner.

Pour parler de l’amitié, l’enfant pourra être invité à dire pourquoi il est ami avec telle ou telle personne, les qualités qu’il leur accorde, les caractéristiques de leurs relations…

L’enfant découvre pas à pas la joie de la recherche, du cheminement intellectuel, de la compréhension. Il pourra éprouver la fierté de prendre possession de lui-même et du monde à travers sa capacité de penser.

Au quotidien, les attitudes qui favorisent la rigueur intellectuelle et l’esprit critique

Aider les enfants à trouver leurs propres réponses développe leur humilité et leur jugement personnel face à des questions dont les réponses ne sont pas évidentes :

  • Entendre les questions de l’enfant (ne pas les censurer ou les ignorer),
  • Encourager la recherche des enfants par des questions : et toi, qu’est-ce que tu en penses ? es-tu d’accord ?,
  • Ne pas donner d’emblée le point de vue des adultes ou des professionnels,
  • Inciter à approfondir les idées en reformulant,
  • Demander où trouver des ressources pour préciser les réponses,
  • Donner l’exemple : se poser des questions, raisonner pour y répondre, faire des hypothèses, chercher des réponses auprès de plusieurs sources.

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Source : Ateliers philo à la maison de Michel Tozzi et Marie Gilbert (éditions Eyrolles).

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retour au calme enfants pleine conscience

[Concentration, retour au calme] 3 activités de pleine conscience faciles pour les enfants (dès 5 ans) – à l’école et la maison

Pourquoi pratiquer la méditation de pleine conscience avec les enfants (à l’école et à la maison) ?

Avec la pleine conscience, il n’y a pas de pression car il n’y a rien à “réussir”. La méditation de pleine conscience peut aider les enfants à développer leur attention et leur vigilance. C’est l’occasion d’un moment pour se poser, observer, être calme, se retrouver, écouter son corps, ses sensations, sa respiration.

Ne rien faire est une activité très riche pour un enfant. Pour eux, c’est un jeu bien sûr, mais un jeu dont ils ressortent apaisés et confiants. – Clarisse Gardet (auteure de J’apprends à être zen)

 

3 activités de méditation de pleine conscience faciles à tester avec les enfants (à partir de 5 ans)

Quel temps fait-il à l’intérieur de toi ?

On pourra inviter les enfants (à partir de 4/5 ans) à s’asseoir par terre en tailleur avec un coussin sous les fesses ou, s’ils préfèrent, s’asseoir sur une chaise bien droit.

Une fois bien installés, on pourra leur demander quel temps il fait à l’intérieur d’eux et les inviter à décrire ce qu’ils ressentent dans leurs corps. On pourra les aider à préciser si besoin : est-ce qu’il fait calme ? c’est la tempête dans ton ventre ? il y a des nuages dans ta tête ?

On dira aux enfants qu’ils ont le droit de se sentir ainsi, que c’est bien ainsi, que ces sensations sont présentes maintenant, que c’est ainsi qu’ils se sentent à l’instant.

Le ressenti physique est important pour se connecter à soi-même. Avec ce petit exercice, les enfants peuvent être présents à ce qu’ils vivent, seconde après seconde, sans jugement.

L’exercice du temps qu’il fait peut devenir une habitude, un moment pour se retrouver, plusieurs fois par jour.

Imagine que tu es un arbre

L’exercice de l’arbre permet aux enfants de se poser et de se sentir bien.

On pourra pratiquer cet exercice en même temps que les enfants. On se tiendra debout les yeux fermés avec eux. On guidera avec des consignes :

Les pieds doivent être bien posés à plat dans le sol et ils sont comme des racines s’enfonçant profondément dans le sol.

Après quelques instants de concentration sur l’enracinement des pieds, on leur demandera d’étirer les bras au dessus de la tête sans forcer mais en essayant d’attraper le soleil.

Les bras sont comme les branches de l’arbre connectés avec le ciel, le vent et la lumière, la chaleur du soleil.

On peut écarter les doigts et s’étendre vers le ciel tout doucement.

On redescend les bras tout doucement le long du corps.

On pourra demander aux enfants de raconter les sensations à l’intérieur du corps et de la tête.

meditation-facile-a-tester-avec-les-enfants

L’histoire de la petite fourmi qui voyage sur ton corps

Pour cet exercice, on s’allongera sur un matelas ou un tapis. L’histoire de la petite fourmi permet de s’entrainer au ressenti et à la compréhension des sensations envoyées par le corps.

On racontera l’histoire de la petite fourmi aux enfants à haute voix en parlant lentement et en insistant sur les détails :

Il était une fois une petite fourmi perdue dans le jardin qui grimpe sur le gros orteil du pied gauche puis continue sur le deuxième orteil. Elle tombe et remonte sur le troisième doigt de pied, elle continue sur le quatrième doigt de pied et finit sur le petit quinquin. Elle retombe et et grimpe sur le gros orteil du pied droit puis continue sur le deuxième orteil. Elle tombe et remonte sur le troisième doigt de pied droit, elle continue sur le quatrième doigt de pied et finit sur le petit quinquin. Elle trouve enfin la cheville et elle peut à nouveau avancer. Elle progresse sur la jambe et court du tibia au mollet puis du mollet au tibia. Elle escalade le genou et avance encore le long de la cuisse puis se faufile le long de la hanche. Cela devient plus chaud par là, se dit-elle ! On continue avec le ventre, les bras, le cou, le menton, les oreilles, le nez, le front, les cheveux… et hop, la fourmi tombe de la tête et continue son chemin.

A la fin de cet exercice (qui peut durer de 2 à 5 minutes), les enfants se sentent détendus.

méditation de la fourmi

 

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Un ouvrage pour aller plus loin : J’apprends à être zen – Méditations et relaxations guidées, à la maison, à l’école de Clarisse Gardet (éditions Audiolib). 8 séances de relaxation et 3 méditations guidées (à partir de 6/7 ans).

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repenser enseignement mathématiques

5 grands piliers pour repenser l’enseignement des mathématiques (par un prof de maths)

Au delà de la résolution des problèmes mathématiques, apprendre aux enfants à les FORMULER

Dan Meyer est un professeur de mathématiques enseignant aux Etats Unis. Dans la vidéo ci dessous, il propose une révolution de l’enseignement des maths : au delà de la résolution des problèmes, apprendre aux enfants à les FORMULER.

5 symptômes de l’inefficacité de l’enseignement classique des mathématiques

Il part d’un constat qu’il a fait au sujet de ses élèves. Il a repéré 5 symptômes de l’inefficacité de l’enseignement classique des mathématiques :

1. Le manque d’initiative

2. Le manque de persévérance

3. Le manque de mémoire

4. L’aversion pour les problèmes et les énoncés écrits

5. La recherche désespérée de la bonne formule à copier coller pour résoudre des problèmes asbtraits et sans sens

 

Dan Meyer propose de réduire les énoncés des problèmes à quelques mots, sans données concrètes. Les enfants devront alors chercher eux-mêmes de quelles informations ils ont besoin pour résoudre le problème qui se pose à eux. Dan Meyer propose également de poser des “vrais problèmes” (et pas seulement des problèmes sur le papier) : manipuler, agir, regarder, donner du sens, faire des hypothèses, discuter, confronter les idées, tester, vérifier.

5 grands piliers pour repenser l’enseignement des mathématiques

Les propositions de Dan Meyer reposent sur 5 grands piliers :

1. Utiliser les médias pour passer de l’abstrait au concret (photos, vidéos, caméra)

Pour des problèmes de remplissage de récipients, il apporte le récipient et le remplit réellement d’eau. Il filme le temps de remplissage, demande aux étudiants d’émettre des hypothèses sur le temps que cela va prendre, puis de vérifier. De quelles informations a-t-on besoin ? Où les trouver ? Comment ?

 

2. Encourager l’intuition des enfants

Cela peut passer par la manipulation, le jeu, le fait de rendre indispensable la résolution du problème pour améliorer le quotidien.

 

3. Poser les questions les plus courtes possibles

Moins les enfants ont d’informations, plus des questions spécifiques et pertinentes peuvent émerger.

 

4. Laisser les enfants construire le problème

Ce sont les enfants qui formulent le problème, ils ne se contentent pas de le résoudre.

 

5. Aider les enfants un peu moins

Laisser les enfants réfléchir, chercher, se tromper, ajuster pour lutter contre ce que Dan Meyer appelle “une impatience face à la complexité”.

 

Les maths donnent du sens au monde. Les maths sont le vocabulaire de l’intuition. Nous avons besoin de gens pour résoudre les problèmes. – Dan Meyer

préparation geste écriture dumont

La préparation du geste d’écriture par Danièle Dumont (son importance et des exercices ludiques)

La préparation du geste d’écriture par Danièle Dumont (son importance et des exercices ludiques)

Afin de travailler efficacement le geste d’écriture (et éviter de devoir passer par des exercices de remédiation en CP ou plus tard), Danièle Dumont, docteur en sciences du langage et auteure de Enseigner à l’école primaire – Le geste d’écriture, insiste sur l’importance d’une préparation au geste d’écriture à travers des activités sur le mouvement, l’espace et la forme. Les mauvaises tenues du crayon peuvent se prendre tôt et résister ensuite à la remédiation, ce qui pose problème quand “je n’aime pas écrire” devient “je n’aime pas apprendre”.

Danièle Dumont propose en maternelle de :

  • multiplier les jeux de doigts

Dans son livre, elle propose par exemple plusieurs comptines pour apprendre le nom des doigts. Elle propose également de travailler la motricité de l’index par la peinture à doigt.

  • travailler sur la mobilité, l’agilité de la main et des doigts

  • multiplier les activités motrices

Pour Danièle Dumont, les exercices de motricités sont primordiaux dès la petite section car l’activité motrice et les manipulations précèdent les apprentissages plus symboliques.

Ainsi, elle préconise des activités d’alignement, de rangement, de classement (avec des cubes en bois par exemple). Elle insiste également sur les activités de latéralisation.

  • préparer au lignage des cahiers

Quelques exemples d’activités ludiques de préparation à l’horizontalité de la ligne et la régularité des espaces à proposer aux enfants de 3/5 ans :

  • la disposition de cubes en ligne et régulièrement espacés pour faire slalomer une moto ou un bonhomme sur des rollers,
  • l’alignement des éléphants (en jouets ou en images) qui vont au lac à la queue leu leu,
  • l’alignement de voitures arrêtées au feu rouge (elles se suivent mais ne se touchent pas, elles ne doivent pas être trop espacées « sinon le conducteur suivant va klaxonner », elles doivent être bien alignées « sinon elles gênent les voitures qui viennent en sens inverse »…).

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Pour aller plus loin : Enseigner à l’école primaire – Le geste d’écriture éd. 2016 de Danièle Dumont (édition Hatier) est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

Commander Enseigner à l’école primaire – Le geste d’écriture sur Amazon.

transition pédagogique ferme des enfants

L’exemple d’une transition pédagogique (La Ferme des Enfants) : de l’enfant adapté à l’enfant réalisé (des peurs de l’adulte à la confiance en l’enfant)

L’apprentissage obligatoire est-il favorable au développement de l’enfant ?

Oser interroger la sacro-sainte obligation d’instruction soulève bien des questions et… des peurs ! La Ferme aux Enfants a récemment revu son organisation pour répondre au mieux à son objectif : une école à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui, une école qui sert véritablement la vie, et permet aux enfants de rester enthousiastes, d’épanouir leur potentiel, leur force, leur intégrité, leur singularité, leur créativité, leur affectivité.

L’équipe éducative de La Ferme aux Enfants a été conduite à remettre en question son modèle suite à plusieurs rencontres (André Stern, Clara Bellar, l’équipe de l’Ecole Dynamique).

La Ferme aux Enfants accueille des enfants de la maternelle au collège pour construire l’avenir dans le respect de la vie. L’équipe s’est constituée au fil du temps autour de la directrice et fondatrice Sophie Bouquet-Rabhi. L’approche adoptée par l’équipe était jusqu’à récemment orientée vers les pédagogies dites actives (principalement d’inspiration Montessori et Freinet).

transition pédagogique ferme des enfants

Les constats de l’équipe éducative de la Ferme des Enfants

1.Un combat contre l’enfant

De nombreux problèmes rencontrés à La Ferme des Enfants tiennent à l’existence d’un combat contre les énergies naturelles des enfants.

2. Une double injonction inconciliable

Dire à un enfant « Sois libre, sois toi-même, fais tes choix » et en même temps « apprends ce qu’il t’est demandé d’apprendre » n’est pas tenable.

Aucun adulte ne peut se voir obligé d’apprendre le chinois, la trigonométrie ou la physiologie. Dans un état démocratique, on n’obligera jamais un adulte à connaître par coeur la constitution européenne, ou l’histoire complète des religions, comprenant la liste des personnages et dates significatives.

Cette obligation serait vécue comme une forme de maltraitance, d’endoctrinement ou de totalitarisme. Chacun tient à sa liberté, et possède le droit d’avoir les centres d’intérêts qu’il veut.

Comme le châtiment corporel, l’obligation d’apprendre « pour le bien d’autrui » est donc une maltraitance, reconnue dans le monde des adultes mais niée dans celui des enfants.

3. Les apprentissages sont portés par l’adulte

L’enseignant adapte, réadapte et réadapte encore ses propositions, au sacrifice de ses week-ends de repos.

Il se questionne sans cesse. Il brasse des quantités de matériels pédagogiques, innove de septembre à juin et cherche, semaine après semaine, les astuces amusantes qui permettront à l’enfant d’adhérer aussi volontiers que possible aux apprentissages imposés.

Bref : il est dans la stratégie, pour ne plus être dans la violence de l’obligation, des notations, des injonctions, de la discipline,du non-choix, du gavage scolaire insipide…

4. La nature de l’apprentissage

L’enfant vient au monde apprenant.

Lorsque nous nous demandons quelles sont les circonstances dans lesquelles nous apprenons « le mieux », nous constatons que c’est invariablement quand nous sommes intéressés, passionnés, disponibles, quand nous avons un objectif personnel à atteindre ou encore parce que l’apprentissage en question est induit par des circonstances et se fait de manière inconsciente, par immersion.

C’est ce que nous appelons l’apprentissage informel ou l’apprentissage autonome. Comment se fait-il que les écoles démocratiques comme Sudbury ou Summerhill rendent les enfants heureux en même temps qu’elles leur permettent d’accéder aux apprentissages fondamentaux sans souffrance ?

Le cerveau de l’enfant est adapté pour répondre à des besoins et problématiques réelles. Pouvoir lire les informations écrites partout dans notre monde est un besoin réel et sérieux, qu’aucun enfant normalement constitué ne néglige, consciemment ou pas. Quelle importance d’apprendre à 5 ans ou à 13 ans ?

A quoi cela me sert d’apprendre des choses dont je pourrais avoir besoin, par anticipation ? Mon cerveau ne va pas s’évaporer ! Il est disponible, et ses capacités sont là. Le jour où j’ai besoin d’un savoir, je l’apprends, c’est tout. – Lucas (13 ans)

 

Les changements adoptés par la Ferme des Enfants

Honorer vraiment l’apprentissage par la qualité de l’environnement naturel, matériel et humain autour des enfants

  • Le développement d’un espace extérieur libre dans la maternelle
  • Plus de sorties et de découvertes accompagnées hors de l’enceinte de la maternelle.
  • Cours non obligatoires au collège

Au plus les exigences diminuent, au plus les collégiens s’investissent en profondeur et de manière assumée dans ce qu’ils ont choisi de faire. – Sophie Rabhi

 

Organiser l’école et le collège comme une vaste ambiance Montessori

  • Mettre autour de l’enfant un environnement adapté à ses besoins pour qu’il y réponde par lui-même :
    1. L’apprentissage libre dans un environnement préparé
    2. La vie démocratique (dont tous les participants seraient des « membres », comme dans une organisation associative)
    3. L’accueil de membres de plus de 15 ans (dans un premier temps, la possibilité pour les 3èmes de poursuivre à La Ferme des Enfants, ou pour les anciens élèves d’y revenir)

 

  • Un environnement préparé avec des lieux dédiés tous niveaux confondus :
    1. un espace langages (français et langues)
    2. un espace mathématique et scientifique
    3. un lieu multimédia / médiathèque
    4. un espace art et créativité
    5. un atelier de bricolage
    6. un espace musique
    7. un espace calme (détente, relaxation…)
    8. des espaces de convivialité à l’intérieur et à l’extérieur
    9. la ferme et le jardin, à développer toujours plus
    10. l’accès aux activités professionnelles (chèvres, boulangerie, savonnerie,
      chantiers du moment…)
    11. la coopérative d’activités développée par les collégiens (Guinguette,
      élevage, jardin, achat-revente de livres d’occasion et toute autre initiative à venir…)
    12. la multiplication des sorties vers le monde extérieur

 

Une vie démocratique structurée et structurante

  • une Charte Commune (personnalisée) de citoyen, impliquant une formation préalable aux compétences relationnelles et organisationnelles du lieu (langue girafe – communication non violente -, compréhension de la gouvernance en vigueur, connaissance des règles…)
  • un Conseil d’école, organe de gouvernance de l’ensemble de l’organisation et qui rassemble tous les membres
  • un Conseil de Paix pour gérer les différents
  • des Cartes Rôles, correspondant à des compétences et ressources spécifiques avec formation préalable (médiateur, animateur, facilitateur, etc)

 

Un accompagnement bienveillant et consistant

  • Les adultes encadrants s’engagent dans un travail de clarification entre ce qui appartient à leur histoire et ce qui appartient à la réalité d’ici et maintenant (travail sur l’enfant intérieur, sur les blessures émotionnelles du passé)
  • Les adultes assurent un environnement sécurisant, un repère fiable, constant et cohérent, qui ait tout à la fois du répondant et de l’empathie (cadre bienveillant)

Les adultes doivent être d’autant plus solides que la liberté est grande. – Sophie Rabhi

 

La fin des apprentissages obligatoires et systématiques, pour apprendre mieux

  • Renoncer aux attentes à court, moyen ou long terme, la seule vigilance étant de s’assurer que l’enfant est heureux et épanoui dans ce qu’il vit.

Cesser d’attendre des résultats de nos enfants est un véritable changement de paradigme qui nous invite à travailler sur nos peurs, sur notre volonté de maîtriser ou contrôler le vivant, pour nous ouvrir sur la richesse de la confiance. – Sophie Rabhi

Accompagner cette pédagogie scientifiquement

  • Suivi des résultats par un comité scientifique composé de spécialistes en pédagogie, de médecins (neurosciences) et de chercheurs

 

Des pédagogies actives… à pas de pédagogie : la suite logique d’une expérience vivante !

Les évolutions exposées ici ne sont que la suite logique d’une expérience vivante. Si la forme change, le fond de notre intention reste toujours le même : respecter l’enfant dans ce qu’il est afin qu’il s’accomplisse dans toutes ses dimensions, bien au-delà du cadre restrictif de ce que nous pourrions vouloir de mieux pour lui. Notre fil conducteur, la bienveillance, reste au cœur de notre démarche. – Sophie Rabhi

 

Source : La Ferme Des Enfants en transition

 

bénéfices conte oralité

Les bénéfices de la pratique du conte et de l’oralité (à l’école ou à la maison)

Le conte et l’oralité comme outils d’éducation et de lien social (l’approche de Suzy Platiel)

Présentation de l’approche de Suzy Platiel

J’ai eu la chance d’assister à une conférence participative la semaine dernière autour du conte comme outil d’éducation et de lien social, basée sur les travaux de Suzy Platiel, ethnolinguiste africaniste, chercheure au CNRS.

Suzy Platiel a initié une réflexion sur les fondements et les conséquences des divers modes de communication directs et indirects ainsi que sur la structuration actuelle de la pensée individuelle et sociale des enfants et des adolescents. Cette réflexion se fixe pour objectif de proposer des actions et des outils pertinents permettant d’utiliser de façon claire l’oralité et le conte de la maternelle au collège, tout en respectant les programmes et les orientations officielles de l’Education Nationale.

Après des années d’observation et d’études de sociétés à tradition orale (en particulier les Sanan du Burkina Faso), Suzy Platiel propose de (ré)instaurer le conte oral à l’école et à la maison pour lutter contre l’échec scolaire, l‘incapacité de s’exprimer et le recours à la violence qui en découle.

Pour elle, la maîtrise du langage oral et corporel est essentielle dans le développement de l’enfant, avant d’exiger que ce dernier lise et écrive.

 

Le conte dans les écoles : des expériences concluantes

Ainsi, elle est intervenue dans des écoles françaises dès les années 1980 pour animer “l’heure du conte“. Tous les enfants et le (ou les) adulte(s) sont assis en rond et sont invités à écouter et/ou raconter des contes à l’oral, sans supports écrits (livre ou autre).

La participation est libre (les enfants qui ne le souhaitent pas ne sont pas obligés d’y assister et l’adulte peut décider de ne pas revenir la semaine suivante s’il n’y prend pas de plaisir) et la parole circule. Les enfants peuvent raconter des histoires s’ils le souhaitent mais là encore n’y sont pas obligés. Les histoires racontées ne sont pas inventés mais sont issues d’un patrimoine culturel commun (les conteurs, adultes et enfants, ne racontent pas leur propres histoires mais sont des “passeurs”).

Des enseignants (de tous les degrés : maternelle, primaire, collège, lycée) qui mettent en pratique l’heure du conte, témoignent que, pour leurs élèves, se mettre à raconter à leur tour, c’est partager, établir une relation avec l’autre, transmettre, tout en développant leur capacité d’écoute et de concentration et en apprenant un mode de raisonnement logique.

Ainsi, une des personnes animant la conférence participative a expliqué qu’elle pratiquait l’heure du conte avec des élèves de 16 à 18 ans en lycée professionnel et qu’ils s’y sont montrés très réceptifs. Lors de la première séance, elle leur a raconté l’histoire de la petite poule rousse.  Dans ce classique, une poule rousse va devoir semer, récolter, moudre son blé et préparer sa farine toute seule car personne ne veut l’aider… sauf au moment de manger les fruits de la récolte ! En général, les enfants (et adolescents) se lancent dans la narration au bout de la 5ème séance.

 

Les bénéfices de la pratique du conte et de l’oralité (à l’école ou à la maison)

Chez les Sanan du Burkina faso, Suzy Platiel a constaté que le conte a une double fonction à travers la maîtrise de la parole orale :

  1. s’affirmer comme un individu;
  2. trouver sa place dans le groupe.

 

Dans nos sociétés occidentales modernes, le conte et l’oralité présentent de nombreux atouts comme outil d’éducation et de lien social :

  • la compréhension profonde de la structure cause/conséquence

A travers l’écoute et la narration de conte, les enfants sont exposés à des situations dans lesquelles les causes ont toujours des conséquences. Cette compréhension profonde de la structure cause/conséquence favorise le développement du sens de la responsabilité individuelle (assumer les conséquences de ses actes) et la pensée (réfléchir avant d’agir).

 

  • la formation de l’esprit

La formation de l’esprit se fait de façon inconsciente et implicite. Dans l’approche présentée par Suzy Platiel, il n’y a pas d’explication de texte, de morale ou de questions posées aux enfants pour savoir ce qu’ils ont compris du conte.

Le travail se fait à la fois en amont (dans le choix des histoires à raconter selon le message que l’on veut faire passer et les valeurs à mettre en avant) et en aval (de manière individuelle au cours de la maturation inconsciente et, comme la narration se fait en groupe, les enfants peuvent être amenés à discuter entre eux des contes, de ce qu’ils en ont compris et retenu). Le conte participe à la formation de l’identité des enfants.

 

  • l’entrainement de la capacité d’évocation

Comme il n’y a pas de support ni d’image, les enfants sont amenés à imaginer leurs propres illustrations mentales et à évoquer dans leurs têtes ce qu’ils entendent (à la manière d’image, de sons, de films, d’odeurs, de mouvements…).

Cette capacité d’évocation est un préalable à la lecture et à l’écriture.

 

  • le développement du lexique et du vocabulaire

Plusieurs linguistes, dont Alain Bentolila, estiment que le fait de ne pas pouvoir mettre en mots sa pensée pour l’autre conduit à des passages à l’acte violents. Alain Bentolila explique la violence des jeunes de quartiers sensibles par leur incapacité à transformer pacifiquement le monde et les autres par la force des mots. Il emploie le terme de « langue illettrée » : moins une personne a de mots à sa disposition, plus elle risque de parler par l’action et la violence.

 La vraie violence se nourrit de l’impossibilité à convaincre, de l’impossibilité d’expliquer. La vraie violence est muette.

En ce sens, réhabiliter le conte oral à l’école peut participer à la non violence.

 

  • la distance par rapport à la fiction

L’utilisation du passé simple facilite cette distanciation par rapport à la fiction.

 

  • l’attention et de la concentration

Les enfants (et les adultes) ont le droit de quitter le cercle de conte mais jamais pendant qu’un conteur est en train de parler.

 

  • l’apprentissage des relations interpersonnelles

A travers le conte et l’oralité, cet apprentissages des relations interpersonnelles se fait à plusieurs niveaux :

  • en tant que conteur

Le conteur est amené à prendre en compte les réactions de son auditoire et à apprendre le langage corporel : les réactions sont-elles négatives ou positives ? est-ce que le “public” s’agite ? rit ? s’ennuie ? quels messages non verbaux et corporels les auditeurs envoient-ils ? est-ce que je dois ralentir ou plutôt accélérer ?

Par ailleurs, les auditeurs peuvent intervenir au cours de la narration : poser des questions, faire des rectifications dans le récit ou ajouter des détails, aider un conteur qui a perdu le fil de son histoire… C’est ainsi que se posent les bases de la coopération.

  • en tant que “conté”

Les personnes qui écoutent apprennent l’écoute réellement attentive et le respect de l’autre. Par ailleurs, il y a pluralité des points de vue, invitant à un échange post narration sur les différentes interprétations d’une même histoire.

 

  • la progression en intelligence émotionnelle

Les contes narrés à l’oral amène à porter une attention particulière aux émotions :

  • dans le contenu même des récits (la peur, la joie, le courage…)
  • dans le partage de ce que chacun a ressenti
  • dans le fait de conter en ajustant le rythme de la narration en fonction de la communication directe du public (la communication non verbale représentant 80% de la communication)

 

On le voit donc : le conte et l’oralité sont des vecteurs de la conscience collective et individuelle pour des êtres humains accomplis et un lien social fort.

 

Comment utiliser le conte et l’oralité en pratique ?

Comment se préparer (en tant que parent et/ou enseignant) ? 

On a intérêt à ritualiser un moment du conte en classe. A la maison, on peut également instaurer des rituels et en parallèle, narrer des contes à l’oral sans besoin de rituels (durant les trajets en voiture par exemple).

On pourra lire des contes de manière individuelle en amont pour se nourrir et avoir une “boîte à outils” à disposition en mémoire. L’idée n’est pas de connaître les contes par coeur mais d’en connaître la structure (personnages, situation problématique, enchaînements, éléments clés, situation finale). Cette structure est importante et doit être solide. Quand on sera en forme, on ajoutera plus de détails, on y mettra plus de vie et d’entrain; quand on sera fatigué, on s’en tiendra peut-être à une version plus minimaliste.

On pourra s’enregistrer en le disant sans support avant de le raconter à l’oral en public. On se réécoutera pour voir les points forts et les axes de progrès. On pourra également s’entraîner entre adultes ou se raconter le conte à soi-même régulièrement.

 

Que faire si un enfant décroche ?

Si un enfant décroche, plusieurs pistes s’offrent à nous :

  • l’impliquer dans l’histoire (par exemple : qu’est-ce que tu mettrais dans la soupe toi ?),
  • raconter des histoires plus courtes, voire des comptines ou des jeux de mains pour donner un rythme à la séance de conte,
  • inviter l’enfant à continuer l’histoire ou à raconter lui même un conte.

 

Quels supports ?

Les contes narrés à l’oral peuvent provenir de toutes sortes de sources (pays, régions, continents, mythologie…).

On pourra choisir des contes en fonction des messages qu’on veut faire passer aux enfants. Ainsi, on peut raconter l’histoire des Bons Amis (un conte sur la générosité dans laquelle un lapin amène une carotte au cheval qui lui même l’amène au mouton etc…) puis enchaîner avec l’histoire de la Moufle (des animaux trouvent refuge dans une moufle et accueillent tant d’animaux que la moufle explose, mettant tous les animaux dehors au froid). On ne fera pas remarquer aux enfants que la générosité, c’est bien comme dans Les Bons Amis mais que cela peut se retourner contre nous comme dans La Moufle. Le cheminement intellectuel se fera de manière inconsciente et implicite.

On pourra donc piocher des contes chez les frères Grimm, dans les histoires du Père Castor, dans des recueils de contes africains, orientaux, nordiques ou encore océaniques.

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Suzy Platiel a elle-même écrit un recueil de contes issus de la culture des Sanan.

contes-suzy-platielAu pays sàn, pour qu’un conte soit bon, il faut qu’il ait bien mûri. Et, à n’en pas douter, il y a beaucoup de soleil, car les contes que Suzy Platiel y a récoltés sont vraiment délicieux.

Des contes sànan, il y en a pour tous les goûts : des drôles, des tristes, des longs et des courts, des poétiques et des un peu crus, mais, dans tous ou presque, on aime à se moquer des parents trop sévères, des animaux trop naïfs, des Blancs trop violents, des amoureux trop amoureux, d’un imbécile qui organise un concours de mensonges, et des génies malfaisants.

Il faut dire qu’au pays sàn il se passe des choses vraiment surprenantes. Un bébé sort du ventre de sa mère pour l’aider à charger son bois, une jeune fille a beaucoup de mal à garder ses seins, une autre ressuscite son fiancé avec une queue de serpent, un chiot veille sur la santé de son maître mieux que ne le ferait sa mère…