Les inconvénients des systèmes de couleurs en classe + des alternatives aux tableaux de comportements

Les inconvénients des systèmes de couleurs en classe

Les inconvénients des systèmes de couleurs en classe

Crédit illustration : Designed by macrovector / Freepik

 

Le système des couleurs (feux tricolores, pétales de fleurs, étoiles…) est souvent utilisé dans les classes pour réguler les comportements des élèves et les faire travailler soigneusement et volontairement. L’objectif des élèves est de rester “dans le vert” : il est prévenu quand il est dans le “orange” et sanctionné quand il est dans le “rouge”. Pourtant, il apparaît que ce sont souvent les mêmes enfants dans le rouge d’une semaine sur l’autre : on peut alors s’interroger sur l’efficacité de ces tableaux sur l’évolution des comportements enfantins. Le système des couleurs ne semble fonctionner que pour les enfants qui parviennent à comprendre et respecter les attentes des enseignants. Il semblerait que ces élèves n’aient même pas besoin de ce système : sans la peur de la sanction, ils seraient malgré tout capables de se comporter selon les attendus.

Si les tableaux de comportements ne suffisent pas à orienter les comportements inappropriés des élèves avec des difficultés et qu’ils sont inutiles pour ceux qui n’en ont pas, à quoi peuvent-ils bien servir ? Peut-être à générer du stress et de la peur chez les uns, et à inciter les autres à élaborer des techniques “pas vu, pas pris“. Ces derniers, à force de se retrouver stigmatisés dans le rouge, en viennent à  se décourager et à ne plus faire d’efforts pour se conformer aux attentes. Certains risquent même de tourner le système en dérision et chercher à être dans le rouge le plus vite possible (“Le premier dans le rouge cette semaine gagne”). Être puni devient même une sorte de trophée, jouer le clown devient une identité valable pour l’enfant dans le rouge (à défaut d’encouragements de la part des adultes).

De plus, ce système n’offre pas de solution aux élèves en difficultés. C’est bien le problème des punitions : elles sanctionnent des comportements mais n’enseignent pas des compétences émotionnelles et relationnelles. Un système fondé sur l’enseignement de compétences semble plus utile et plus respectueux. Il s’agit de changer de paradigme : éduquer n’est plus synonyme de récompenser et punir mais d’anticiper et d’outiller.

Certains élèves offrent des défis considérables aux adultes et il peut être nécessaire, tant pour ces enfants que pour les adultes qui les entourent, de recourir à des professionnels (RASED, psychologues, neuropédiatres, orthophonistes…).

 

5 alternatives au système des couleurs en classe

1.S’assurer que toutes les règles implicites sont claires

Les attentes des adultes ne font pas toujours image dans la tête des élèves. Il peut être utile d’expliciter ce qui est attendu en détail, en termes de gestes et comportements à adopter. Ainsi, la consigne “Ne pas couper la parole” sera plus claire si elle est formulée dans un langage affirmatif qui explicite la chronologie de la règle : “Je finis de parler, ensuite tu lèves la main. C’est seulement quand je dis ton nom que tu peux prendre la parole et dire à haute voix ce que tu as à dire.” Un signe non verbal peut être ajouté : un clin d’oeil pour signifier qu’on a vu l’élève, un hochement de tête ou encore un sourire.

De même, un enfant à qui on dit de se concentrer ou de se calmer ne sait pas forcément comment s’y prendre : il a besoin de savoir quoi faire, dans quel ordre, et de s’y entraîner régulièrement.

L’acronyme PARCA permet de garder en tête des principes de communication qui facilitent la compréhension des consignes par les enfants. PARCA sont les initiales de : Précision, Abréviation, Répétition, Contact, Affirmation.

Lire aussi : PARCA : un acronyme pour améliorer la compréhension des consignes par les enfants

 

2.Décrire et proposer des alternatives

Plutôt que punir un comportement, il est plus efficace pour modeler les attitudes attendues d’aider un élève à identifier dans quelle mesure ce qu’il fait perturbe la vie de classe. Décrire le comportement qui pose difficulté lui permet d’en prendre conscience. Par exemple : “Tu es en train de faire du bruit avec ta gomme. Cela empêche les autres de travailler et on dirait que tu as besoin de bouger avant de pouvoir te remettre au travail. Qu’est-ce qui t’aiderait à être prêt ?”

 

3.Montrer des outils de régulation de l’impulsivité et faire en sorte que les élèves s’en emparent en classe

Des exercices et routines peuvent être montrées aux enfants afin qu’ils se régulent de mieux en mieux. Un mot clé pourra être convenu entre adultes et enfants : quand l’un ou l’autre prononce ce mot, l’enfant activera sa routine. Ces outils de régulation peuvent être des exercices de respiration, des exercices de visualisation ou encore des petits mouvements.

>>> Des idées de régulation :  28 idées de stratégies pour répondre aux besoins sensoriels des enfants (agitation, déconcentration, agressivité…)

Il est également possible d’enseigner aux enfants et adolescents comment élaborer des programmes construits sur le modèle “si… alors”. L’objectif est de se créer des scénarios alternatifs solides pour réorienter les intentions. Ces programmes consistent en des affirmations spécifiques à se répéter dans la tête en guise de consignes à soi-même. Cette manière d’aborder le contrôle de soi permet d’anticiper les obstacles et tentations puis de trouver des solutions efficaces afin de les surmonter. Il est plus efficace d’anticiper les tentations et de tout faire pour les éviter plutôt que d’essayer d’y résister.

Les feux tricolores peuvent également être détournés : au lieu d’être un outil de contrôle et de sanction, ils apprennent aux enfants à réguler leur impulsivité via une signalisation graduelle qui indique quand le comportement est OK, quand le comportement a besoin d’être tempéré et quand le comportement doit cesser. Il arrive que les enfants soient tellement excités, tellement pleins d’énergie ou tellement jeunes qu’ils ne peuvent tout simplement pas réguler leurs émotions sans aide. Un enfant de 3 ou 4 ans qui arrive dans la cour de récréation et bouscule ses camardes pour monter sur le toboggan ne le fait pas par méchanceté mais a besoin du soutien d’un adulte pour apprendre à adopter un comportement socialement approprié. Plutôt que dire à cet enfant “calme toi” (ou, pire, le punir et l’isoler), nous pouvons commencer par reconnaître son enthousiasme et son énergie débordante : “Wow, tu es plein d’énergie aujourd’hui et tu as vraiment envie de faire du toboggan.  J’ai l’impression que cette énergie a besoin d’être évacuée !” Dans un deuxième temps, nous pouvons utiliser la référence aux feux de signalisation pour indiquer que son enthousiasme a besoin d’être modéré dans la zone du toboggan : “L’aire de jeu est une zone Orange, ça veut dire qu’il faut ralentir. Montre moi comment tu fais pour ralentir.” Il est possible de rediriger le comportement de l’enfant vers une autre activité : “Tu peux courir dans la zone goudronnée, c’est une zone Verte.”

Réguler l’impulsivité est un processus qui prend du temps et la signalétique des feux de circulation représente un support visuel utile. Il est possible d’entraîner les enfants à ralentir en dehors de situations “chaudes” mais lors de séances dédiées. On découpera un rond rouge, un rond orange et un rond vert dans du carton puis on demandera aux enfants de courir en montrant le rond vert, puis de ralentir en montrant le rond orange et enfin de s’arrêter en montrant le rond rouge. Le feu rouge signifie stop, comme pour les voitures ! On pourra conserver les cartons à portée de main en classe ou lors des récréations pour les montrer en fonction des besoins rencontrés.

 

4.Aménager l’environnement 

Il est souvent plus efficace d’agir sur l’environnement que d’agir sur les élèves. Si l’on souhaite que les enfants parlent moins fort, on peut leur parler tout bas en se mettant à leur hauteur. Le ton des enfants va alors baisser par absorption de l’ambiance calme. On pourrait aussi désigner un enfant responsable du silence (changement de rôle chaque semaine : celui-ci tapera un gong quand le niveau sonore augmente (ce signal signifiant qu’il faut se remettre à chuchoter).

Si l’on souhaite que les enfants rangent, mieux vaut installer du mobilier à leur hauteur, accessible, pratique et prévu à cet effet. C’est l’aménagement de l’espace qui incite à agir de telle ou telle façon.

Il est envisageable d’aménager un coin repos dans la classe. Tous les enfants ne gèrent pas la fatigue de la même manière. Autoriser à toute heure un temps de repos aide les enfants à se ressourcer et à revenir participer plus sereinement aux activités de la classe ensuite. Cela peut être une tente en tissu avec un tapis épais ou des gros coussins puis quelques doudous et des couvertures.

Lire aussi : Les classes flexibles : repenser l’organisation de la classe en fonction des besoins des élèves

On pourrait faire une liste des manières qui ont été efficace par le passé pour amener le calme et l’intérêt des élèves (exemples : lire une histoire ou raconter un conte, colorier un mandala…) et se doter d’une boîte à outils des bonnes pratiques.

 

5.Permettre aux enfants de communiquer leur état émotionnel et prendre ce dernier en compte

Un système de communication sur les états émotionnels peut être installé dans la salle de classe (par exemple, sous forme d’un tableau à l’entrée de la classe, avec des illustrations des 4 émotions principales : colère, peur, tristesse, joie). L’idée est de permettre à chaque élève de mettre sa photo/ son nom sur un picto ou un smiley représentant son émotion du moment. L’adulte aura accès à l’humeur des élèves et pourra la prendre en compte. Ainsi, si un élève arrive en classe en colère ou bien triste et qu’il l’exprime sur le tableau des émotions, l’adulte pourra adapter ses attentes ou lui accorder plus d’attention.

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Un livre pour aller plus et repenser la discipline en classe : L’impasse de la punition à l’école : Des solutions alternatives en classe de Éric Debarbieux et Collectif (éditions Armand Colin). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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