Les enseignants, principaux tuteurs potentiels de résilience

Les enseignants, principaux tuteurs potentiels de résilience

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Les enseignants peuvent avoir une forte influence sur les enfants, tant dans le sens positif que négatif

Dans le livre Guérir de son enfance, Jacques Lecomte, docteur en psychologie, rappelle que les enseignants sont aux premières loges pour faciliter l’émergence, puis le développement de la résilience des enfants en souffrance.

Il écrit que les enseignants peuvent avoir une forte influence sur les enfants, tant dans le sens positif que négatif.  Ainsi, les enseignants tuteurs de résilience ont l’art de valoriser les réussites, le don de mettre en valeur les aptitudes et centres d’intérêt de l’enfant pour le faire progresser. Jacques Lecomte rapporte de nombreux exemples d’adultes qui ont connu ,dans leur enfance, un enseignant qui a changé le cours de leur vie. Par exemple, un enfant d’une école primaire qui n’aimait pas l‘école avait été déclaré « responsable des animaux familiers » de l’école par un de ses enseignants qui avait repéré son amour pour les chiens. Cette responsabilité impliquait de prendre soin de divers animaux de l’école, d’écrire un petit manuel sur les soins à donner aux animaux, qui a été finalement relié et placé dans la librairie de l’école, et parler à toutes les classes des soins aux animaux. L’homme raconte que, enfant, il avait détesté écrire et que c’est la rédaction de ce manuel qui lui a donné le goût des études, grâce à l’encouragement et à l’aide de son maître.

Les enseignants tuteurs de résilience savent aussi regarder les erreurs avec humour, plutôt que les sanctionner par l’humiliation, par des jugements définitifs (du type “Tu ne feras jamais rien de ta vie”) ou par des punitions (du type privation de récréation ou copie de lignes, toutes deux interdites en France rappelons-le).

Le tabou de l’affectivité à l’école

Jacques Lecomte regrette que l’affectivité à l’école soit un tabou. Les reproches souvent adressés quand on évoque le sujet de l’affection des enseignants pour les élèves sont de deux ordres :

  • laisser entrer l’affectivité dans la salle de classe, c’est courir le risque des débordements, allant du phénomène du « chouchou » aux agressions pédocriminelles qui existent bel et bien. Pourtant cette crainte du pire doit-elle interdire toute manifestation d’affection ?
  • laisser les enfants travailler pour plaire à un enseignant qui leur est sympathique, c’est prendre le risque que cet enfant ne s’investisse plus les années suivantes avec un autre enseignant.

Pourtant, Jacques Lecomte cite Allen Larès, spécialiste de la violence des élèves à l’école : « Ce déni de l’affectivité se comprend à la lumière de la peur qui l’origine : la peur des “débordements” de l’affectivité. Autant cette peur est légitime, compréhensible, autant ses effets peuvent être destructeurs en ce sens que le déni de la part affective (tant dans l’acte d’apprendre que dans l’obéissance aux lois et règles) peut fermer la porte à la résilience ».

Des relations empreintes d’affection encore plus importantes pour les enfants en souffrance

Les enseignants tuteurs de résilience, des tremplins sur lesquels peuvent rebondir les enfants en souffrance

Les enfants qui ont le malheur de vivre dans un désert affectif, qui ne reçoivent pas dans leur famille de retour positif sur leurs activités scolaires ont besoin de trouver une personne qui l’encourage dans ses tâtonnements, le félicite pour ses réussites et lui pointe comment dépasser ses erreurs sans condamnation ni dédain. Les personnes les plus à même de fournir ce type de soutien et de foi en les compétences de l’enfant sont les enseignants de tous niveaux.

Jacques Lecomte invite les enseignants à dépasser le tabou de l’affectivité à l’école car, selon lui, le désir de plaire à l’enseignant est un tremplin sur lequel les élèves peuvent rebondir. D’autant plus que l’altruisme, le fait de donner à autrui, de lui faire plaisir est à la fois une manifestation et une source de résilience. Les relations chaleureuses, empathiques et respectueuses sont bonnes à la fois pour les enseignants (elles sont gratifiantes et donnent du sens) et pour les élèves (elles sont favorables à une meilleure motivation et à un engagement dans les activités scolaires).

D’ailleurs, Jacques Lecomte note que, dans la majorité des cas, l’étincelle allumée par un seul enseignant a des effets à long terme.

Par le lien qu’il établit avec l’élève, l’enseignant permet à l’enfant de créer du sens, il l’invite à se projeter dans l’avenir, à donner une direction et une signification à son travail scolaire, voire à son existence.  Car en agissant ainsi, l’enseignant ne fait pas qu’insuffler à l’élève le désir de lui faire plaisir, il permet aussi à ce dernier de découvrir que, contrairement à ce qu’il avait pu croire jusqu’alors (ce qu’on lui avait fait croire ?), il lui est possible d’obtenir de bons résultats ; contrairement à ce qu’il ressentait, il peut éprouver du plaisir à la découverte du savoir. – Jacques Lecomte

Dépasser la fonction pure de la transmission de connaissances : enseigner, c’est aussi (et avant tout) une relation

Jacques Lecomte cite plusieurs sondages menés auprès d’élèves desquels il ressort qu’un enseignant est d’autant plus efficace dans sa fonction première qu’il sait dépasser celle-ci. Les élèves apprécient peu les enseignants qui se présentent à eux d’abord en tant que « transmetteurs de savoirs » et non en tant que personnes authentiques.

L’enseignant ne peut se contenter d’être un simple transmetteur de connaissances, même auprès des enfants issus de la population générale. S’en tenir au rôle strict d’enseignant contient un message implicite, perçu par les enfants et les adolescents, à savoir : « La discipline que je vous enseigne est plus importante que vous-mêmes. » – Jacques Lecomte

Jacques Lecomte insiste sur le fait que les enfants qui viennent d’un milieu affectueux et structurant ont besoin de se sentir soutenu, respecté et apprécié,mais que c’est encore plus le cas pour les enfants et adolescents en souffrance qui vivent un “désert affectif”.

Un enseignant avec qui la relation est mauvaise ne donne pas envie à un élève de se confronter au travail.  Pour tous les élèves, à tout âge et quel que soit leur milieu d’origine, la bonne qualité de la relation avec le professeur semble donc une condition de l’apprentissage.

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Source : Guérir de son enfance de Jacques Lecomte (éditions Odile Jacob). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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