3 façons dont l’école peut tuer la curiosité (moteur de la motivation)

3 façons dont l’école peut tuer la curiosité (moteur de la motivation)

3 façons dont l'école peut tuer la curiosité (moteur de la motivation)

Dans son livre Apprendre !, Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et neuroscientifique, explique que la curiosité est un ressort fondamental de l’organisme humain, comme une “force compulsive qui nous pousse à agir, au même titre que la faim, la soif, le besoin de sécurité ou l’envie de se reproduire”. La curiosité est une force qui nous pousse à explorer. Elle est motivée par une valeur immatérielle : l’acquisition d’informations nouvelles (toute information nouvelle possédant de la valeur pour la survie). La découverte d’une nouvelle information porte sa propre récompense en elle-même car elle active le circuit de la dopamine.

Au cours de notre évolution, nous avons acquis une forme étendue de curiosité qu’on appelle curiosité épistémique : la pure envie de savoir dans tous les domaines, y compris les plus abstraits. – Stanislas Dehaene

Pourtant, cet appétit qui paraissait insatiable dans les premières années de la vie finit par s’évanouir chez un certains nombre d’écoliers. Certains enfants restent curieux mais ils sont nombreux à ne plus poser de questions, à attendre que les informations leur soient données et à ne plus s’enthousiasmer à l’idée d’explorer, de découvrir, de chercher et de trouver.

Stanislas Dehaene propose 3 éléments pour expliquer comment l’école peut tuer la curiosité. 

1.Le manque de stimulation appropriée au niveau de l’enfant

Il est normal que la curiosité diminue au fil des apprentissages. Dehaene écrit que mieux nous maîtrisons un domaine, plus nous arrivons aux limites de ce qu’il nous offre à apprendre et moins il nous intéresse.

Pour maintenir la curiosité, il faut donc que l’école continue de fournir au super ordinateur qu’est le cerveau des stimulants à la hauteur de l’intelligence des enfants. – Stanislas Dehaene

Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas à l’école. Les élèves les plus avancés peuvent manquer de stimulation et ils finissent par ne plus attendre grand chose de l’école. Comme ils ne prédisent pas qu’ils rencontreront de nouvelles informations, leur curiosité fane. Il s’agit alors de piquer à nouveau leur curiosité en leur donnant de la “nourriture” pour le cerveau et des défis à la hauteur de leur intelligence (langues à déchiffrer, casse tête…).

A l’opposé, des élèves en difficulté peuvent avoir appris qu’ils n’ont plus de raison d’être curieux parce qu’ils ne parviendront jamais à apprendre ou réussir quoi que ce soit. Tout se passe comme s’ils avaient intégré la pensée fixe et immuable qu’ils sont incapables d’apprendre dans tel ou tel domaine (ou dans tous les domaines). Il s’agit ici de proposer à ces enfants des problèmes adaptés à leur niveau qu’ils sauront résoudre afin de les “remettre en selle” et leur prouver qu’ils sont capables.

2.La punition de la curiosité

L’appétit de découvertes de l’enfant peut être tué dans l’oeuf par une organisation scolaire trop rigide. L’enseignement traditionnel, par le biais du cours magistral, peut dissuader l’enfant d’intervenir ou même de réfléchir. Il peut lui donner l’impression qu’il lui est simplement demandé de se taire, de se tenir calme et d’attendre la fin du cours. – Stanislas Dehaene

D’un point de vue neurobiologique, il est possible de décourager la curiosité en sanctionnant chaque tentative d’exploration par une punition (ex : “Question idiote”, “Tu ferais mieux de te taire”, “Tu resteras une demie-heure de plus”, “Tu es privé de récréation”…).

Il y a conflit dans le cerveau : la récompense que le cerveau anticipe du fait de comprendre/ de recevoir des informations nouvelles est compensée par les signaux négatifs extérieurs.

La punition répétée entraîne un syndrome d’impuissance acquise (learned helplessness), une sorte de paralysie physique et mentale associée au stress et à l’anxiété, dont la recherche animale démontre qu’elle inhibe les apprentissages. – Stanislas Dehaene

3.La transmission uniquement sociale des connaissances

L’espèce humaine dispose de deux modes d’apprentissage :

  • le mode actif/ individuel : l’enfant s’interroge comme un scientifique en herbe
  • le mode réceptif/ social : l’enfant enregistre ce que d’autres lui enseignent

A l’école, le second mode est largement privilégié et risque de décourager progressivement le premier mode dans le sens où l’enfant réalise que les adultes savent toujours mieux que lui (ou lui font croire que c’est le cas en réprimant ses questions ou le remettant à sa place d’élève).

Dehaene cite une expérience récente dans laquelle il a été montré que l’attitude des enseignants peut réellement tuer la curiosité des élèves. On présente à des élèves de maternelle un gros cube, totalement nouveau pour eux. Ce cube est en fait un tiroir à malices (miroir, klaxon, boîte à musique et à lumière…). Quand un adulte se place en situation d’enseignant et montre minutieusement aux enfants comment tirer les tiroirs, ce qui se cache dans chaque tiroir… alors l’exploration des enfants diminue. Quand le cube leur est juste donné sans explication, c’est au contraire un comportement d’exploration intense qui commence. Les enfants font l’hypothèse que les enseignants cherchent à les aider au maximum et qu’ils leur présentent donc toutes les fonctions intéressantes du cube. Inutile donc de faire preuve de curiosité !

 

Ainsi, Stanislas Dehaene rappelle que la démarche la plus efficace consiste à garder en tête le concept d’engagement actif. Il s’agit de maintenir l’intelligence en alerte par des questions, des remarques qui stimulent l’imagination et donnent envie d’aller plus loin. Par ailleurs, comme les enfants tiennent compte de l’attitude des enseignants, si ces derniers laissent entendre qu’ils ne savent pas tout et laissent entendre qu’il y a encore des choses à découvrir et apprendre, alors les enfants continueront de chercher, guidés par la curiosité humaine irrépressible.

Une autre chose à garder en tête : susciter l’engagement actif des enfants va de pair avec la tolérance de l’erreur et le retour sur erreur à travers un feedback neutre et informatif. Corriger n’est pas punir, rappelle Dehaene.

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Source : Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines de Stanislas Dehaene (éditions Odile Jacob). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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