Mieux comprendre les adolescents pour les accompagner avec bienveillance


Mieux comprendre les adolescents pour les accompagner avec bienveillance

comprendre adolescents

Dans l’émission « Dans le cerveau d’un ado » présentée par Bénédicte Draillard sur RCF (le 16/07/2018), Isabelle Filliozat propose des pistes pour mieux comprendre les adolescents et porter un regard positif sur l’adolescence.

L’adolescence, c’est un corps, un cœur et un cerveau qui bougent ! – Isabelle Filliozat

Une réorganisation presque complète du cerveau des ados

80% du cerveau est remanié à l’adolescence

Isabelle Filliozat rappelle qu’on voit les transformations du corps chez les adolescents (les centimètres pris, la voix qui change, la poitrine qui se développe…) mais qu’on ne voit pas les transformations à l’intérieur.

Les hormones ont certes leur rôle et ont un impact sur les comportements des ados. Par exemple, l’amygdale (centre des émotions dans le cerveau) réagit de manière plus intensive au cours de l’adolescence à cause de la multiplication des récepteurs à testostérone (l’amygdale « sonne » plus souvent et l’organisme réagit aux situations vécues comme du stress par de l’agressivité).

Cependant, les hormones n’expliquent pas tout. Le cerveau a son propre agenda. Près de 80% du cerveau est remanié entre 12 et 24 ans.

Elagage et myélinisation

Dans l’enfance, chaque fois qu’une expérience est vécue, une « route neuronale » se crée. Un enfant de 12 ans se retrouve alors avec beaucoup de matière grise mais le cerveau ne peut pas gérer tous ces chemins. Le cerveau fait alors un tri (l’élagage neuronal) : il utilise le chemin le plus parcouru et le renforce par le processus de myélinisation (une gaine de graisse entoure l’axone – le prolongement du neurone – pour accélérer l’influx nerveux).

Comme il est en « chantier », le cerveau n’est ni tout à fait opérationnel ni tout à fait mature.

Myélinisation et cerveau pré frontal (= cerveau de la réflexion et de la régulation émotionnelle)

La myélinisation se fait par étapes et le cerveau préfrontal arrive en dernier. Le cerveau pré frontal est celui de l’anticipation, de la mesure des risques, de l’inhibition, de l’empathie et de la réflexion).

Ainsi, les adolescents ont du mal à réguler leurs émotions et à inhiber les comportements inappropriés.

Une maturation qui arrive à terme à 25 ans

Si on se place du point de vue du cerveau, l’adolescence se termine à 25 ans !

Si les adultes attendent d’un adolescent de 16 ans les mêmes réactions qu’un adulte, ces adultes vont non seulement être déçus mais ils risquent d’enclencher un cercle vicieux de rébellion et/ou de retrait (les ados ne pouvant pas accéder aux demandes et/ou ne les comprenant pas, ils vont réagir par la fuite, l’attaque ou la prostration/ l’abandon).

Un corps qui échappe aux ados = malaise + maladresse

L’adolescence est un passage dysharmonieux car leur propre corps échappe aux ados. Ils peuvent éprouver un fort malaise face à ces changements corporels (et vouloir cacher ce corps qui ne semble plus leur appartenir ou qui les fait sortir de la norme) et faire preuve de maladresse parce que leur nouveau schéma corporel n’est pas encore bien intégré.

 

Des relations bouleversées 

D’un attachement vertical (enfant -> parent) à un attachement horizontal (groupe de pairs)

A l’adolescence, tous les systèmes d’attachement se redéfinissent. Chez les enfants, le simple fait de voir leurs parents déclenchent de la sécurité émotionnelle via la sécrétion d’ocytocine. Chez les adolescents qui sont avec leurs amis, la vision des parents va plutôt déclencher une réaction de stress car le plus important à cet âge là est de se relier avec les autres du même âge comme pour former une tribu.

Cependant, Isabelle Filliozat rappelle que les parents conservent une importance capitale auprès des adolescents : le réservoir affectif des adolescents a besoin d’être rempli régulièrement et les ados ont besoin de présence et de câlins (sans les leur imposer, surtout pas en présence de leurs amis).

Le Smartphone, ami ou ennemi ?

Tout se passe comme si le cerveau des adolescents leur commandait de se relier. Isabelle Filliozat nous dit que les ados sont construits biologiquement pour aller de l’avant, pour rencontrer de nouvelles personnes, pour sortir du groupe familial et aller vers les autres.

Or le smartphone est un outil idéal pour satisfaire les deux besoins fondamentaux qui animent les adolescents : la connexion/ socialisation et la liberté/ puissance personnelle.

Isabelle Filliozat conseille de redonner du lien et du pouvoir personnel aux adolescents en dehors des écrans :

  • nourrir l’attachement à travers des temps de qualité partagé en famille,
  • donner de la liberté aux adolescents pour leur permettre de croître personnellement et de développer leur pouvoir personnel,
  • permettre l’exploration,
  • donner l’exemple en lâchant nos propres smartphones,
  • multiplier les moyens pour que les ados se confrontent physiquement avec la nature (en famille ou dans des camps d’activité),
  • engager les ados dans des mouvements bénévoles, des associations.

Selon Isabelle Filliozat, les adolescents ont à la fois besoin d’autonomie et d’être guidés, accompagnés. Ils ne vont pas forcément demander spontanément à intégrer des activités engageantes (associations, camps en pleine nature…) mais ils pourront y trouver un vrai plaisir, s’y réaliser personnellement.

Un déficit d’empathie chez les adolescents ?

La zone préfrontale étant en remaniement  à l’adolescence, les adolescents n’arrivent plus à lire les émotions sur les visages des autres spontanément et ont plus de mal à s’identifier à ce que les autres ressentent.

Ils ont besoin de l’encadrement et de l’étayage des adultes qui les amèneront à prêter attention à ce que les autres ressentent autour d’eux.

Même si la capacité d’empathie des ados est moins spontanée, elle existe quand même !

L’horloge biologique se décale

Il est normal, d’un point de vue cognitif, que les ados aient du mal à se lever. Leur horloge biologique a tendance à se décaler de deux heures en moyenne : ils vont donc avoir sommeil deux heures plus tard que les adultes (et que das leur enfance)… et se réveiller deux heures plus tard !

 

Quand nous repensons à notre propre adolescence, nous pouvons nous relier aux motivations des ados d’aujourd’hui. Faire ce pas de côté et avoir des éléments de compréhension sur le réaménagement du cerveau des ados permet d’adopter une attitude à la fois ferme et bienveillante pour accompagner les adolescents et les aider à traverser ces années sans nuire à personne (ni à eux-mêmes ni aux autres).

Un point crucial dans la relation adultes/ ados est donc de rester au maximum ouvert à la communication. Les outils proposées par la parentalité consciente et bienveillante peuvent donner des pistes pour y parvenir et permettre aux ados de passer « du seulement moi au nous aussi » et de devenir des adultes sains (de corps et d’esprit) et capables de contribuer de manière positive au monde.

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Pour aller plus loin : On ne se comprend plus de Isabelle Filliozat (éditions JC Lattes)

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