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Rigueur intellectuelle et esprit critique : les cultiver chez les enfants avec la philosophie

Rigueur intellectuelle et esprit critique : les cultiver chez les enfants avec la philosophie

ateliers-philo-enfantsUn climat de confiance et de bienveillance favorise l’apprentissage de la rigueur intellectuelle et de l’esprit critique.

Réfléchir en famille, c’est faire l’expérience de la rigueur et de la liberté.

En ce sens, pratiquer la philosophie de manière plus ou moins formelle est l’occasion de nourrir la capacité à raisonner des enfants qui leur sera utile à la fois dans leurs apprentissages scolaires et dans leur vie quotidienne.

Michel Tozzi et Marie Gilbert proposent 5 points clés pour apprendre la rigueur intellectuelle et l’esprit critique chez les enfants (à partir de 5/6 ans) :

1. Justifier

On peut habituer nos enfants à justifier ce qu’ils avancent. Quand ils affirment quelque chose sans argument, on peut leur demander pourquoi ils disent cela. Quand ils soutiennent une réponse à une question, on peut leur demander : “Et si on te faisait l’objection suivante, qu’est-ce que tu répondrais ?” ou “Il y en a qui pensent ceci. Quelle objection peux-tu faire leur faire ?”.

 

2. S’appuyer sur des exemples

Donner des exemples qui illustrent une notion abstraite ramènent au réel qu’on a pu perdre de vue dans l’abstraction du langage.

Par exemple : “Tu dis que l’imagination est une bonne chose : tu peux donner un exemple ?”

 

3. Relativiser

Les contre-exemples sont fondamentaux : ils restent concrets, mais font fonction de preuves et obligent à relativiser, à nuancer une opinion.

 

4. Comparer

Les distinctions conceptuelles permettent de cerner une notion : les enfants distinguent plus facilement l’amitié en la distinguant de la camaraderie et de l’amour.

 

5. Caractériser

Il est difficile de cerner des notions abstraites (liberté, vérité, violence…). Enumérer les caractéristiques d’une notion aide à en saisir le sens profond, à mieux la cerner.

Pour parler de l’amitié, l’enfant pourra être invité à dire pourquoi il est ami avec telle ou telle personne, les qualités qu’il leur accorde, les caractéristiques de leurs relations…

L’enfant découvre pas à pas la joie de la recherche, du cheminement intellectuel, de la compréhension. Il pourra éprouver la fierté de prendre possession de lui-même et du monde à travers sa capacité de penser.

Au quotidien, les attitudes qui favorisent la rigueur intellectuelle et l’esprit critique

Aider les enfants à trouver leurs propres réponses développe leur humilité et leur jugement personnel face à des questions dont les réponses ne sont pas évidentes :

  • Entendre les questions de l’enfant (ne pas les censurer ou les ignorer),
  • Encourager la recherche des enfants par des questions : et toi, qu’est-ce que tu en penses ? es-tu d’accord ?,
  • Ne pas donner d’emblée le point de vue des adultes ou des professionnels,
  • Inciter à approfondir les idées en reformulant,
  • Demander où trouver des ressources pour préciser les réponses,
  • Donner l’exemple : se poser des questions, raisonner pour y répondre, faire des hypothèses, chercher des réponses auprès de plusieurs sources.

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Source : Ateliers philo à la maison de Michel Tozzi et Marie Gilbert (éditions Eyrolles).

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Philosopher avec les enfants : comment mettre en place des cercles de parole philosophiques en classe ou à la maison ?

Philosopher avec les enfants : comment mettre en place des cercles de parole philosophiques en classe ou à la maison ?

J’ai assisté à un atelier “Philosopher avec les Enfants” (pour adultes, enseignants, éducateurs), animé par par une personne de l’Association pour une Communication Non-Violente (Geneviève Bouchez-Wilson). L’ingrédient principal du pouvoir sur les autres est la peur. Nous avons donc le devoir de former des individus capables d’écouter les autres et de s’exprimer. Les cercles de parole philosophiques sont un outil parmi d’autres pour gérer la violence

Quand on décide d’engager les enfants à réfléchir sur un thème et à se questionner, un contexte et un espace différents du rapport maître/ élève, adultes sachants/ enfants ignorants sont nécessaires. Geneviève Bouchez-Wilson parle d’équivalence.

Elle énonce plusieurs conditions pour créer cette intimité qui permet à la parole d’émerger :

  • un espace sécurisé et encadré,

L’équivalence adultes/enfants se matérialise :

  • avec un bâton de parole (pour faciliter la parole, la faire circuler de manière structurée et permettre à chacun de s’exprimer jusqu’au bout),
  • avec une durée (éventuellement matérialisée par une horloge, une lumière allumée…),
  • dans un cercle de parole où tout le monde le voit (éventuellement assis par terre sur des coussins, des tapis…)…
  • par une parole au centre (on ne parle pas à quelqu’un, on en réagit pas en ping pong mais on s’adresse au centre matériellement pour détourner les jugements et les critiques),
  • une relation de confiance mutuelle et d’empathie,

On a besoin d’être au clair avec soi-même en tant qu’adulte pour incarner cette équivalence. L’adulte aussi se dévoile, peut parler de ses expériences, de sa vulnérabilité.

Parler de notre histoire personnelle est une façon de créer un lien authentique avec les enfants et de leur faire comprendre qu’on ne joue pas un  rôle, qu’on n’est pas dans un jeu de manipulation (même positive).

Pourtant, oser sa vulnérabilité et son humilité n’est pas facile.

  • l’absence de domination,

Chaque parole est unique et a de la valeur, que ce soit celle des enfants ou des adultes. Eviter la critique et instaurer la bienveillance est le rôle de l’adulte.  Les enfants sont invités à s’exprimer par des messages je (je parle de moi) et aucune parole n’est vraie ou fausse dans l’absolue (elle représente l’avis ou l’émotion dans la réalité d’une personne à un moment, et cet avis ou ces émotions peuvent être amenés à changer en se confrontant avec d’autres points de vue). Un atelier de parole philosophique est un déplacement vers l’autre : “tu ne penses pas comme moi mais tu m’intéresses !”.

Par ailleurs, la pensée est liée à la possibilité de s’exprimer mais également d’écouter : s’enrichir de la parole de l’autre n’est possible qu’à condition que chacun sache où est sa place.

  • un moment ritualisé et unique,

Une enseignante racontait qu’elle pratiquait les cercles de parole avec ses élèves de maternelle : le bâton de parole est un pompon en laine, la durée est symbolisée par une led lumineuse qui reste allumée le temps de l’atelier, les enfants sont assis en cercle sur des coussins, la led est mise au centre du cercle et les enfants regardent la led allumée quand ils parlent, les ateliers se font en petits groupes (demie classe)…

  • la confidentialité.

La parole des enfants ne sera pas réutilisée contre lui plus tard. Cette confidentialité, cet “espace sacré” est la condition pour que chaque enfant exprime son ressenti, sa perception, ses émotions.

Quelle forme peut prendre un cercle de parole philosophique avec les enfants ?

Matériel et thème

On peut partir d’une question du quotidien, d’une interrogation existentielle, d’un article de presse, d’une vidéo, d’un conte, des réseaux sociaux avec des plus âgés…

Puis on peut demander simplement : qu’est-ce qui se passe en vous, dans votre tête et votre corps, quand vous entendez/ voyez ça ? 

On peut également passer par plusieurs formes pour s’exprimer :

  • le jeu
  • le dessin
  • des mots (plutôt que des phrases)
  • le mime
  • la danse

Pour aider à développer le vocabulaire autour du corps, des émotions, des sensations, on pourra travailler en amont et/ou en parallèle sur ces notions :

Le vocabulaire du contact avec soi est important dans le processus de citoyenneté : si je suis coupé de mon intimité, je ne me comprends pas et je ne comprends pas l’autre non plus… un terreau favorable à la violence.

Déroulement

Geneviève Bouchez-Wilson insiste sur la reformulation et la restitution.

La reformulation (par l’adulte et par les autres enfants) fait le pont entre l’émetteur (ce que je dis) et le récepteur (ce que les autres entendent). La reformulation participe au travail de compréhension en reconstituant ce qui a été dit.

Bilan

Pour clore un cercle de parole philosophique avec les enfants, on pourra poser des questions :

  • qu’est-ce que cela vous a fait de vivre cette expérience ?
  • est-ce que vous avez l’impression d’avoir évolué ?
  • est-ce que vous avez acquis quelque chose ?
  • est-ce que vous auriez aimé avoir plus de temps ?
  • est-ce qu’il y a quelque chose que vous n’avez pas eu le temps de dire ?
  • est-ce que vous avez des regrets ?
  • est-ce qu’il existe un thème ou une question que vous aimeriez aborder la prochaine fois ?

Les effets de la philosophie avec les enfants sur “l’économie globale” de l’éducation

  • Développement de l’empathie
  • Meilleure connaissance de soi (son corps, ses émotions, ses besoins; lien entre le cerveau et le corps)
  • Baisse de la violence
  • Libération de l’imagination
  • Accroissement du vocabulaire
  • Pollinisation des pratiques non violentes (dans les familles, dans la cour de récréation, dans des cercles élargis…)
  • Attention portée à la sensibilité et la vulnérabilité (de soi et des autres)
  • Capacité à apprendre les uns des autres
  • Esprit critique (capacité à penser le monde, à mettre en question des informations) et intelligence collective

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Des ressources pour se lancer dans la philosophie avec les enfants :

Philosopher et méditer avec les enfants (1CD audio) de Frédéric Lenoir (éditions Albin Michel)

Ateliers philo à la maison de Michel Tozzi et Marie Gilbert (éditions Eyrolles)

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Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur (par Edgar Morin)

Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur (par Edgar Morin)

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1. Les cécités de la connaissance : l’erreur et l’illusion

L’éducation doit montrer qu’il n’existe aucune connaissance qui ne soit pas menacée par l’erreur ou l’illusion. Edgar Morin voit plusieurs formes d’erreurs qui parasitent l’esprit humain et peuvent conduire à tenir pour vrai ce qui est faux :

  • les erreurs de perception (on perçoit le monde par nos sens et nos sens ne sont pas infaillibles, de même que notre mémoire)
  • les erreurs mentales (notre monde psychique – rêve, fantasmes, imagination, désirs – imprègne notre conception du monde)
  • les erreurs intellectuelles (il est dans la logique de chaque système d’idées de résister à l’information qui ne lui convient pas, qui le menace)
  • le risque de rationalisation (la rationalisation est close, se ferme à la contestation et à la vérification empirique, ignore les êtres et la subjectivité)
  • l’affect (il y a une relation étroite entre l’intelligence et l’affectivité car la faculté de raisonner peut être diminuée, voire détruite, par un déficit d’émotion, l’affaiblissement de la capacité émotionnelle peut être même à la source de comportements irrationnels et, par certains côtés, la capacité d’émotion est indispensable à la mise en oeuvre de comportements rationnels)
  • les aveuglements des paradigmes, des doctrines (tous les individus connaissent, pensent et agissent selon des paradigmes inscrits culturellement en eux et un paradigme peut aveugler, occulter)
  • l’empreinte culturelle (les déterminations culturelles emprisonnent la connaissance dans des impératifs, des normes, des rigidités. “La sélection sociologique et culturelle des idées n’obéit que rarement à la vérité : elle peut au contraire être impitoyable pour la recherche de la vérité” – Morin)
  • la puissance du monde de l’esprit, de la pensée, des idées (les idées peuvent nous posséder, les mythes et idéologie peuvent détruire et dévorer les faits; les mythes et les idées peuvent nous donné haine, amour, extase, fureur)
  • l’incertitude de la connaissance (dans la connaissance, les activités auto-observatrices doivent être inséparables des activités observatrices, les autocritiques inséparables des critiques, les processus de réflexion intérieure inséparables des processus de traduction de la pensée à l’extérieur)

 

On pourrait ajouter la sélection des informations diffusées par les médias, les programmes scolaires qui baisent notre manière de voir la réalité, le monde dans sa globalité et sa complexité.

L’éducation doit se vouer à la détection des sources d’erreurs, d’illusions et d’aveuglements. – Edgar Morin

 

2. Les principes d’une connaissance pertinente

Il s’agit de remplacer une pensée qui sépare et qui réduit par une pensée qui distingue et relie. Edgar Morin nous propose de conjuguer la connaissance des parties avec la connaissance des totalités pour mieux comprendre et répondre aux défis de la complexité que pose notre siècle.

Quand les disciplines sont spécialisées et closes, l’esprit perd son aptitude naturelle à remettre les connaissances et les faits dans son contexte.

Comme notre éducation nous a appris à séparer, compartimenter, isoler et non à relier les connaissances, l’ensemble de celles-ci constitue un puzzle inintelligible. Les grands problèmes humains disparaissent au profit des problèmes techniques particuliers.

L’affaiblissement de la perception du global conduit à l’affaiblissement de la responsabilité (chacun tendant à n’être responsable que de sa tâche spécialisée), ainsi qu’à l’affaiblissement de la solidarité (chacun ne ressentant plus son lien avec ses citoyens).

Incapable d’envisager le contexte et le complexe planétaire, l’intelligence aveugle rend inconscient et irresponsable. – Edgar Morin

L’éducation doit favoriser l’aptitude naturelle de l’esprit à poser et à résoudre les problèmes essentiels et, corrélativement, stimuler le plein emploi de l’intelligence.

 

3. Enseigner la condition humaine

L’éducation devrait comporter un enseignement premier et universel portant sur la condition humaine. Nous sommes en l’ère planétaire; une aventure commune emporte les humains où qu’ils soient. Ceux-ci doivent se reconnaître dans leur humanité commune, en même temps que reconnaître leur diversité tant individuelle que culturelle. – Edgar Morin

Edgar Morin propose de replacer la naissance de l’Univers puis de l’Humanité dans le temps et dans la matière : “nous sommes dans un gigantesque cosmos en expansion, constitué de milliards de galaxies et de milliards de milliards d’étoiles, et nous avons appris que notre terre était une minuscule toupie tournant autour d’un astre errant à la périphérie d’une petite galaxie de banlieue. Nous, vivants, constituons un fétu de la diaspora cosmique, quelques miettes de l’existence solaire. Notre planète erre dans le cosmos. Nous devons tirer les conséquences de cette situation marginale, périphérique, qui est la nôtre.” L’univers est en nous.

Edgar Morin voit les humains dans leur unité et leur diversité.

Il y a une unité humaine : tous les humains sont pris dans trois boucles

  • la boucle cerveau/ esprit/ culture
  • la boucle raison/ affect/ pulsion
  • la boule individu/ société/ espèce

Il y a une diversité humaine :

  • dans les traits psychologiques
  • dans les cultures (la culture n’existe qu’à travers les cultures)
  • dans les sociétés
  • dans les aspects physiques

 

Edgar Morin définit les êtres humains comme des êtres complexes, qui portent en eux des caractères antagonistes :

  • sapiens et demens (rationnel et délirant)
  • faber et ludens (travailleur et joueur)
  • empiricus et imaginarius (empirique et imaginaire)
  • economicus et consumans (économe et dilapidateur)
  • prosaicus et poeticus (prosaïque et poétique)

 

4. Enseigner l’identité terrienne

Edgar Morin écrit que tous les humains, depuis le XX° siècle, vivent les mêmes problèmes fondamentaux de vie et de mort (liés aux conflits dans le monde, à l’existence de l’arme atomique, à la dégradation de l’environnement…) et sont liés dans la même communauté de destin planétaire. Les prises de conscience sont devenues urgentes et primordiales.

Aussi nous faut-il apprendre à “être là” sur la planète. Apprendre à être là, cela veut dire : apprendre à vivre, à partager, à communiquer, à communier; c’est ce qu’on apprenait seulement dans et par les cultures singulières. Il nous faut désormais apprendre à être, vivre, partager, communiquer, communier aussi en tant qu’êtres humains de la planète Terre. Non plus seulement être d’une culture, mais aussi être terriens. – Edgar Morin

 

5. Affronter les incertitudes

L’histoire humaine a été et demeure une aventure inconnue. Pour Edgar Morin, “le futur se nomme incertitude” et “l’Histoire ne constitue pas une évolution linéaire”.

La connaissance est une navigation dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes. – Edgar Morin

 

Edgar Morin propose d’enseigner l’incertitude de la connaissance et du réel (comme développé dans son point n°1) mais également l’incertitude de l’action. Il propose de dire aux enfants qu’une action commence à échapper à leurs intentions dès qu’ils l’entreprennent car c’est l’environnement et les interactions qui s’en saisissent (dans un sens qui peut parfois devenir contraire à l’intention initiale).

Quand les enfants (et les adultes) deviennent conscient que leurs actions risquent non seulement l’échec mais aussi le détournement ou la perversion de son sens initial pouvant aller jusqu’à se retourner contre ses initiateurs, ils peuvent raisonner en termes de stratégie et risque.

Edgar Morin développe cette notion de stratégie : la stratégie élabore un scénario d’action examinant les certitudes et incertitudes de la situation, les probabilités, les improbabilités. La stratégie peut et doit effectuer des compromis. Se pose alors la question de la fin et des moyens : c’est à chacun selon son éthique de décider jusqu’où modifier le scénario. La pensée peut et doit se doter d’outils pour affronter l’incertitude.

La riposte aux incertitudes de l’action est constituée par le choix réfléchi d’une décision, la conscience du pari, l’élaboration d’une stratégie qui tienne compte des complexités inhérentes à ses propres finalités, qui puisse en cours d’action se modifier en fonction des aléas, informations, changements de contexte et qui puisse envisager l’éventuel torpillage de l’action qui aurait pris un cours nocif. – Edgar Morin

 

Au cours de l’Histoire, nous avons vu souvent, hélas, que le possible devient impossible, et nous pouvons pressentir que les plus riches possibilités humaines demeurent encore impossibles à réaliser. Mais nous avons vu aussi que l’inespéré devient possible et se réalise : nous avons souvent vu que l’improbable se réalise plutôt que le probable; sachons donc espérer en l’inespéré et oeuvrer pour l’improbable. – Edgar Morin

 

6. Enseigner la compréhension

Pour Edgar Morin, le problème de la compréhension est devenu crucial pour les humains. A ce titre, le développement de la capacité de compréhension doit être une finalité de l’éducation. Le philosophe englobe 2 types de compréhension :

  • la compréhension intellectuelle (d’une idée, d’un texte, d’un ensemble, d’un système, des choses abstraites ou matérielles…)
  • la compréhension humaine intersubjective (de soi et des autres)

Comprendre inclut nécessairement un processus d’empathie, d’identification et de projection. Toujours intersubjective, la compréhension nécessite ouverture, sympathie et générosité. – Edgar Morin

 

Edgar Morin cite plusieurs obstacles à la compréhension humaine, qu’on pourra présenter et expliquer aux enfants :

  • les obstacles extérieurs
    • le bruit, les parasites qui empêchent la transmission des informations
    • la polysémie d’une notion, d’un mot
    • l’ignorance des rites et coutumes de l’autre
    • l’incompréhension des valeurs de l’autre
    • l’incompréhension des impératifs éthiques de l’autre
    • l’impossibilité de comprendre les idées ou arguments d’une autre vision du monde
  • les obstacles intérieurs
    • l’indifférence, le mépris
    • l’égocentrisme, le mépris
    • les mensonges à soi-même
    • l’autojustification
    • l’autoglorification
    • l’ethnocentrisme
    • le sociocentrisme
    • l’incapacité à s’auto critiquer
    • la fabrication et la condamnation de coupables
    • la possession par une idée (qui donne la conviction absolue de sa vérité)

L’incompréhension de soi est une source très importante de l’incompréhension d’autrui. On se masque à soi-même ses carences et faiblesses, ce qui rend impitoyable pour les carences et les faiblesses d’autrui.

La pratique mentale de l’auto examen permanent de soi est nécessaire car la compréhension de nos propres faiblesses ou manques est la voie pour la compréhension de ceux d’autrui. Elle nous permet de ne pas nous poser en juges de toutes choses.- Edgar Morin

 

Edgar Morin affirme que la littérature et le cinéma aident à saisir la complexité de la nature humaine : c’est dans l’art que nous pourrons apprendre les plus grandes leçons de vie.

Cependant, la vraie compréhension n’est pas synonyme d’indifférence ou de scepticisme : “elle suppose une conviction, une foi, un choix éthique, et en même temps, l’acceptation que soient exprimés les idées, convictions, choix contraires aux nôtres.”

Comprendre, c’est aussi, sans cesse, apprendre et ré-apprendre. – Edgar Morin

 

7. L’éthique du genre humain

Pour Edgar Morin, l’éthique du genre humain ne peut s’accomplir que dans la démocratie. L’éthique du genre humaine est consciente, citoyenne, active, et repose sur un pari dans l’incertain.

De même qu’il faut protéger la diversité des espèces pour sauvegarder la biosphère, il faut protéger celle des idées et des opinions, ainsi que la diversité des sources d’information (presse, médias) pour sauvegarder la vie démocratique. – Edgar Morin

La démocratie remplace les batailles physiques violentes par des batailles d’idées. Les démocraties rencontrent de grands défis, et notamment celui de la “politique en miettes” (dissolution de la politique dans l’administration, la technique, l’expertise, l’économie, la pensée quantifiante des sondages et statistiques).

La politique en miettes perd la compréhension de la vie, des souffrances, des détresses, des solitudes, des besoins non quantifiables. Tout cela contribue à une gigantesque régression démocratique, les citoyens devenant dépossédés des problèmes fondamentaux de la cité. – Edgar Morin

Edgar Morin pose la nécessité de (ré)générer et d’enseigner la démocratie car l’humanité est un destin planétaire.

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Source : Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur de Edgar Morin (éditions Points).

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La philosophie avec les enfants : une compagne efficace des apprentissages (rigueur, sens critique, expression, maturité)

La philosophie avec les enfants : une compagne efficace des apprentissages (rigueur, sens critique, expression, maturité)

De plus en plus d’enseignants introduisent la philosophie dans leurs pratiques de classe. Des ateliers philo à destination des enfants voient le jour à travers la France. Mais quels sont les bienfaits de la philosophie pour les enfants ?

Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l’université de Nantes et experte auprès de l’UNESCO pour le développement de la pratique de la philosophie avec les enfants, anime des ateliers philo avec les enfants dans des écoles françaises.

Pour elle, le but de la philosophie avec les enfants est d’apprendre à penser de façon critique, à développer l’esprit critique.

Quand les enfants philosophent, ils prennent la distance par rapport à l’expérience du monde et essayent de lui donner du sens.

Dans sa pratique, elle prend comme départ des histoires, des contes, ou encore des mythes, qui servent de support pour inviter les enfants à se poser des questions. Les ateliers de philosophie avec les enfants sont des moments d’expression et de liberté que les enfants apprécient car ils sont dégagés du devoir d’obéissance aux adultes, tout en respectant la rigueur de la pensée et des règles (ne pas se moquer, écouter, argumenter, rester dans le thème…). La philosophie avec les enfants n’est pas du bavardage mais demande une vraie rigueur intellectuelle.

Edwige Chirouter souligne que des enfants de 8/10 ans peuvent acquérir des compétences d’adultes : définir des termes, conceptualiser, argumenter avec exemples et contre exemples, accepter le doute.

Les enfants adorent penser ! – Edwige Chirouter

 

Le propre de la philosophie est qu’il n’y a pas de réponse, que les questions comptent plus que les réponses. La philo est vivante et les enfants sont confrontés directement à la complexité du monde.

Les enfants peuvent dire : “je ne sais pas”, “c’est compliqué”, “c’est pas aussi simple que ce que je pensais”, “c’est normal de douter et de ne pas savoir”, “est-ce que ce que je pense est vrai ?”, “et si le contraire arrivait, comment je réagirais ?”, “pourquoi on pourrait comprendre le problème de ce point de vue mais aussi de cet autre point de vue ?”, “quelle différence il y a entre les deux ?”, “pourquoi je ne suis pas d’accord avec l’autre ?”.

 

Accepter la vulnérabilité de ne pas savoir, accepter de douter est un rempart contre le dogmatisme. Cependant, la pratique de la philosophie ne doit pas se réduire à une heure d’atelier par semaine car la question du réinvestissement se pose. Ce n’est pas parce que je sais définir le bien, que je sais en donner des exemples et des contre exemples que je vais l’appliquer dans ma vie quotidienne. Les enseignants et tous les adultes doivent porter les valeurs éthiques et les incarner. Cela passe par environnement bienveillant, respectueux, sécurisant, ouvert, valorisant, sans humiliation, sans mépris, ni menace ou encore humiliations.

De nombreux enseignants et enfants qui ont intégré la philosophie à l’école témoignent de ses bienfaits. Les enseignants soulignent les compétences acquises (comme le développement du langage et du vocabulaire, le fait d’approfondir sa pensée, de gagner en maturité et en confiance en soi), les enfants sont enthousiastes sur le fait d’être vraiment écoutés, d’être considérés comme des personnes à part entière.

Des supports pour pratiquer la philosophie avec les enfants (à l’école et à la maison)

Les Petits Platons publient des histoires pour les philosophes à partir de 6 ans : Socrate, Descartes, Leibniz, Kant, Lao-Tseu, Saint Augustin, Marx, Ricoeur, Épicure, Diogène, Pascal, Einstein, Rousseau, Érasme, Bachelard…

Les Petits Platons proposent des albums illustrés drôles, intelligents et graphiques, sous forme d’histoires qui s’appuient sur la fiction pour présenter les concepts philosophiques, intégrant des éléments biographiques des philosophes les plus célèbres.

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Edwige Chirouter a d’ailleurs publié un livre chez Les Petits Platons, dans lequel elle raconte la philosophie de Rousseau “Moi, Jean-Jacques Rousseau”.

philosophie avec les enfants

Elle propose également aux enseignants un dispositif de mise en réseau d’albums de littérature jeunesse sur une question philosophique dans le manuel “Aborder la philosophie en classe à partir d’albums de jeunesse”.
philosophie à l'école

 

 

 

 

 

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