transition pédagogique ferme des enfants

L’exemple d’une transition pédagogique (La Ferme des Enfants) : de l’enfant adapté à l’enfant réalisé (des peurs de l’adulte à la confiance en l’enfant)

L’apprentissage obligatoire est-il favorable au développement de l’enfant ?

Oser interroger la sacro-sainte obligation d’instruction soulève bien des questions et… des peurs ! La Ferme aux Enfants a récemment revu son organisation pour répondre au mieux à son objectif : une école à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui, une école qui sert véritablement la vie, et permet aux enfants de rester enthousiastes, d’épanouir leur potentiel, leur force, leur intégrité, leur singularité, leur créativité, leur affectivité.

L’équipe éducative de La Ferme aux Enfants a été conduite à remettre en question son modèle suite à plusieurs rencontres (André Stern, Clara Bellar, l’équipe de l’Ecole Dynamique).

La Ferme aux Enfants accueille des enfants de la maternelle au collège pour construire l’avenir dans le respect de la vie. L’équipe s’est constituée au fil du temps autour de la directrice et fondatrice Sophie Bouquet-Rabhi. L’approche adoptée par l’équipe était jusqu’à récemment orientée vers les pédagogies dites actives (principalement d’inspiration Montessori et Freinet).

transition pédagogique ferme des enfants

Les constats de l’équipe éducative de la Ferme des Enfants

1.Un combat contre l’enfant

De nombreux problèmes rencontrés à La Ferme des Enfants tiennent à l’existence d’un combat contre les énergies naturelles des enfants.

2. Une double injonction inconciliable

Dire à un enfant « Sois libre, sois toi-même, fais tes choix » et en même temps « apprends ce qu’il t’est demandé d’apprendre » n’est pas tenable.

Aucun adulte ne peut se voir obligé d’apprendre le chinois, la trigonométrie ou la physiologie. Dans un état démocratique, on n’obligera jamais un adulte à connaître par coeur la constitution européenne, ou l’histoire complète des religions, comprenant la liste des personnages et dates significatives.

Cette obligation serait vécue comme une forme de maltraitance, d’endoctrinement ou de totalitarisme. Chacun tient à sa liberté, et possède le droit d’avoir les centres d’intérêts qu’il veut.

Comme le châtiment corporel, l’obligation d’apprendre « pour le bien d’autrui » est donc une maltraitance, reconnue dans le monde des adultes mais niée dans celui des enfants.

3. Les apprentissages sont portés par l’adulte

L’enseignant adapte, réadapte et réadapte encore ses propositions, au sacrifice de ses week-ends de repos.

Il se questionne sans cesse. Il brasse des quantités de matériels pédagogiques, innove de septembre à juin et cherche, semaine après semaine, les astuces amusantes qui permettront à l’enfant d’adhérer aussi volontiers que possible aux apprentissages imposés.

Bref : il est dans la stratégie, pour ne plus être dans la violence de l’obligation, des notations, des injonctions, de la discipline,du non-choix, du gavage scolaire insipide…

4. La nature de l’apprentissage

L’enfant vient au monde apprenant.

Lorsque nous nous demandons quelles sont les circonstances dans lesquelles nous apprenons « le mieux », nous constatons que c’est invariablement quand nous sommes intéressés, passionnés, disponibles, quand nous avons un objectif personnel à atteindre ou encore parce que l’apprentissage en question est induit par des circonstances et se fait de manière inconsciente, par immersion.

C’est ce que nous appelons l’apprentissage informel ou l’apprentissage autonome. Comment se fait-il que les écoles démocratiques comme Sudbury ou Summerhill rendent les enfants heureux en même temps qu’elles leur permettent d’accéder aux apprentissages fondamentaux sans souffrance ?

Le cerveau de l’enfant est adapté pour répondre à des besoins et problématiques réelles. Pouvoir lire les informations écrites partout dans notre monde est un besoin réel et sérieux, qu’aucun enfant normalement constitué ne néglige, consciemment ou pas. Quelle importance d’apprendre à 5 ans ou à 13 ans ?

A quoi cela me sert d’apprendre des choses dont je pourrais avoir besoin, par anticipation ? Mon cerveau ne va pas s’évaporer ! Il est disponible, et ses capacités sont là. Le jour où j’ai besoin d’un savoir, je l’apprends, c’est tout. – Lucas (13 ans)

 

Les changements adoptés par la Ferme des Enfants

Honorer vraiment l’apprentissage par la qualité de l’environnement naturel, matériel et humain autour des enfants

  • Le développement d’un espace extérieur libre dans la maternelle
  • Plus de sorties et de découvertes accompagnées hors de l’enceinte de la maternelle.
  • Cours non obligatoires au collège

Au plus les exigences diminuent, au plus les collégiens s’investissent en profondeur et de manière assumée dans ce qu’ils ont choisi de faire. – Sophie Rabhi

 

Organiser l’école et le collège comme une vaste ambiance Montessori

  • Mettre autour de l’enfant un environnement adapté à ses besoins pour qu’il y réponde par lui-même :
    1. L’apprentissage libre dans un environnement préparé
    2. La vie démocratique (dont tous les participants seraient des « membres », comme dans une organisation associative)
    3. L’accueil de membres de plus de 15 ans (dans un premier temps, la possibilité pour les 3èmes de poursuivre à La Ferme des Enfants, ou pour les anciens élèves d’y revenir)

 

  • Un environnement préparé avec des lieux dédiés tous niveaux confondus :
    1. un espace langages (français et langues)
    2. un espace mathématique et scientifique
    3. un lieu multimédia / médiathèque
    4. un espace art et créativité
    5. un atelier de bricolage
    6. un espace musique
    7. un espace calme (détente, relaxation…)
    8. des espaces de convivialité à l’intérieur et à l’extérieur
    9. la ferme et le jardin, à développer toujours plus
    10. l’accès aux activités professionnelles (chèvres, boulangerie, savonnerie,
      chantiers du moment…)
    11. la coopérative d’activités développée par les collégiens (Guinguette,
      élevage, jardin, achat-revente de livres d’occasion et toute autre initiative à venir…)
    12. la multiplication des sorties vers le monde extérieur

 

Une vie démocratique structurée et structurante

  • une Charte Commune (personnalisée) de citoyen, impliquant une formation préalable aux compétences relationnelles et organisationnelles du lieu (langue girafe – communication non violente -, compréhension de la gouvernance en vigueur, connaissance des règles…)
  • un Conseil d’école, organe de gouvernance de l’ensemble de l’organisation et qui rassemble tous les membres
  • un Conseil de Paix pour gérer les différents
  • des Cartes Rôles, correspondant à des compétences et ressources spécifiques avec formation préalable (médiateur, animateur, facilitateur, etc)

 

Un accompagnement bienveillant et consistant

  • Les adultes encadrants s’engagent dans un travail de clarification entre ce qui appartient à leur histoire et ce qui appartient à la réalité d’ici et maintenant (travail sur l’enfant intérieur, sur les blessures émotionnelles du passé)
  • Les adultes assurent un environnement sécurisant, un repère fiable, constant et cohérent, qui ait tout à la fois du répondant et de l’empathie (cadre bienveillant)

Les adultes doivent être d’autant plus solides que la liberté est grande. – Sophie Rabhi

 

La fin des apprentissages obligatoires et systématiques, pour apprendre mieux

  • Renoncer aux attentes à court, moyen ou long terme, la seule vigilance étant de s’assurer que l’enfant est heureux et épanoui dans ce qu’il vit.

Cesser d’attendre des résultats de nos enfants est un véritable changement de paradigme qui nous invite à travailler sur nos peurs, sur notre volonté de maîtriser ou contrôler le vivant, pour nous ouvrir sur la richesse de la confiance. – Sophie Rabhi

Accompagner cette pédagogie scientifiquement

  • Suivi des résultats par un comité scientifique composé de spécialistes en pédagogie, de médecins (neurosciences) et de chercheurs

 

Des pédagogies actives… à pas de pédagogie : la suite logique d’une expérience vivante !

Les évolutions exposées ici ne sont que la suite logique d’une expérience vivante. Si la forme change, le fond de notre intention reste toujours le même : respecter l’enfant dans ce qu’il est afin qu’il s’accomplisse dans toutes ses dimensions, bien au-delà du cadre restrictif de ce que nous pourrions vouloir de mieux pour lui. Notre fil conducteur, la bienveillance, reste au cœur de notre démarche. – Sophie Rabhi

 

Source : La Ferme Des Enfants en transition

 

pedagogie-3eme-type

La pédagogie du 3ème type en vidéo : l’école autrement (démocratie, nature, apprentissages autonomes, jeu…)

La pédagogie du 3ème type en vidéo : l’école autrement (démocratie, nature, apprentissages autonomes, jeu…)

 

Une vision renversante de l’école sans cours, sans devoirs, sans cahiers, sans notes, sans programme (à travers le modèle de l’école “La lueur des champs” dans le Morbihan).ecole 3° type

Le rôle de l’adulte”facilitateur”

Les enfants vivent des apprentissages informels, autonomes sans programme pré-établi. Les “facilitateurs d’apprentissage” adultes suivent l’enthousiasme naturel de l’enfant pour apprendre. Le rôle des adultes est de se rendre disponibles pour faciliter les apprentissages.

Lire aussi : Les apprentissages autonomes (ou comment les enfants s’instruisent sans enseignement)

Un fonctionnement démocratique

Les règles de vie commune se décident ensemble sur un mode démocratique, notamment à travers le conseil de paix.

conseil école démocratique

Les enfants ont appris à pratiquer la Communication Non Violente et à raisonner en termes de besoins non satisfaits.

Les règles et le cadre sont importants pour permettre la vie en collectivité : “la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres”.

Le multi-niveau

Une communauté intergénérationnelle prend vie dans une classe unique pour permettre à chacun de trouver sa place et recréer un espace de vie naturel.

Des apprentissages informels et autonomes

C’est à travers leurs activités que les enfants apprennent (écrire des lettres, cuisiner, jardiner, correspondre avec des personnes dans des pays étrangers…). Les enfants vont souvent plus loin que ce nous, pédagogues, aurions imaginé pour eux.

une école du 3° type

 

Un accompagnement des talents et de “l’élément” (selon la formule de Ken Robinson)

Toutes les intelligences sont mises au même niveau. formes d'intelligence

Les enfants connaissent la place qu’ils ont envie de prendre dans la société et le métier (ou les métiers) qu’ils auront envie de pratiquer plus tard.

Lire aussi : Aider les enfants (et les ados) à trouver leur voie, la meilleure façon de les motiver : le concept d’Elément selon Ken Robinson

Une école ouverte sur le monde

L’école est ouverte sur l’extérieur : les voisins, les agriculteurs du coin, les parents, les professionnels, les retraités sont invités à mettre un pied dans l’école pour partager leurs expériences, leurs connaissances et leurs passions.

L’autonomie des enfants

L’ambiance et l’environnement sont aménagés de telle manière à favoriser l’autonomie de tous les enfants, quel que soit leur âge.

Chaque enfant a son espace personnel que personne d’autre ne touche.

Toute sorte de matériel est mis à disposition des enfants : du matériel issu des pédagogies Montessori, Steiner ou Freinet, des microscopes, des ordinateurs en libre service, des livres, des jeux de société, du matériel artistique, des jeux en matière naturelle, des instruments de musique, des appareils numériques…

art à l'école

Un espace cocoon de retour au calme est à disposition des enfants (avec des coussins, des peluches, des hamacs…). exemple école 3° type

 

Les apprentissages joyeux sont les plus puissants.

L’espace extérieur est également aménagé de manière à permettre des apprentissages informels, avec la présence d’animaux, d’un potager, d’un établi de bricolage, d’une aire de jeux en plein air…

espace extérieurs école

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Pour en savoir plus :

Le livre de Bernard Collot pour comprendre l’essence et le fonctionnement des écoles du 3ème type :

piliers-pedagogie-freinet

5 piliers de la pédagogie Freinet

5 piliers de la pédagogie Freinet 

Les auteurs du livre La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe proposent de caractériser la pédagogie Freinet à partir de 5 piliers :

1. L’expression libre

La permission est donnée à l’enfant de devenir l’auteur de paroles, de dessins, de textes, de gestes, de musiques, de sculptures… dans un espace qui autorise la création et valorise les productions.

 

2. La coopération

La coopération est l’offre faite aux élèves d’apprendre en interagissant avec leurs pairs, d’un côté en tant que récepteur des informations et surtout d’un autre en adoptant la posture enseignante. Cela peut s’organiser par l’intermédiaire d’un tableau des demandes d’aide.

 

3. La participation démocratique à la vie coopérative de la classe

En pédagogie Freinet, la participation démocratique des enfants est un droit. Freinet remet en cause le principe d’autorité de l’adulte : les règles de vie sont réfléchies et décidées collectivement.

La classe est un espace d’apprentissages de la citoyenneté. Les élèves sont associés aux décisions collectives, par l’intermédiaire d’institutions instituantes et de responsabilités qui leur sont confiées.

Dans les classes Freinet, les élèves gèrent eux-mêmes leurs relations au sein du groupe-classe. L’autorité n’émane pas des enseignants mais des élèves qui décident par eux-mêmes des sanctions en cas de non respect des règles de vie. Bien sûr, l’enseignant Freinet instaure en début d’année quelques lois fondamentales comme l’interdiction de la violence. Mais les règles de vie collective et les sanctions sont décidées par les enfants au sein d’un conseil réunissant toute la classe.

Ce conseil regroupe tous les élèves + l’enseignant et se réunit en général une fois par semaine. L’ordre du jour est établi selon les questions/ remarques postées par les élèves ou l’enseignant dans la boîte aux lettres prévue à cet effet dans la classe. Un élève en est le président : il distribue la parole via un bâton de parole (seul l’élève qui tient le bâton de parole a le droit de s’exprimer) et reformule les différentes idées. Un autre élève en est le secrétaire : il présente l’ordre du jour, rappelle les décisions prises lors du dernier conseil et note les décisions prises par l’assemblée.

Dans les classes Freinet, les sanctions peuvent prendre la forme de réparations (excuses, restauration d’un objet dégradé…) ou d’une perte de droits (se déplacer seul dans les locaux, faire une photocopie, travailler en autonomie sur l’ordinateur…), ces droits pouvant être regagnés ultérieurement.

Aussi bien les règles que les sanctions peuvent être remaniées et peuvent évoluer en fonction des problèmes qui se posent au fur et à mesure de l’année scolaire.

citation freinet

4. Les techniques éducatives

Les outils pédagogiques sont couplés aux valeurs d’éducation ayant déterminé leur création, notamment celles visant le retrait de l’enseignant pour davantage d’engagement des élèves.

Deux outils de la pédagogie Freinet :

  • les brevets de validation des acquis utilisés dans les classes Freinet : chaque élève avance à son rythme, les réussites sont valorisées et ne sont pas notées,
brevet de grammaire freinet
Source : Montessori, Freinet, Steiner… une école différente pour mon enfant ? par Marie-Laure Viaud

 

  • les plans de travail : chaque élève possède son plan de travail personnalisé qui comporte un certain nombres de tâches à réaliser en autonomie.

 

5. Le tâtonnement expérimental

Le tâtonnement expérimental correspond au processus pour apprendre : faire, et en faisant se tromper, réussir pour progressivement construire des connaissances et développer des compétences basées sur l’interaction avec son milieu.

Célestin Freinet pense que la motivation de l’enfant vient de :

  • sa volonté d’agir sur le monde,
  • son envie de répondre aux questions qu’il se pose,
  • ses besoin de communiquer (d’où l’utilisation de la correspondance, de l’imprimerie et du journal scolaire dans la pédagogie Freinet).

Les classes Freinet basent leur travail sur les intérêts de l’enfant et sur la réalisation de projets. L’idée fondatrice est de développer les apprentissages dans des situations « vraies », qui ont un sens dans la vie quotidienne des élèves.

>>>Pour débuter et échanger sur la pédagogie Freinet : le site ICEM pédagogie Freinet

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Source : La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe de Nadine Giauque et Chantal Tièche Christinat (éditions Chronique Sociale).

Commander La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe sur Amazon.

A la découverte de la pédagogie Reggio : une approche globale de l’enfant pour cultiver la créativité et la pensée divergente

A la découverte de la pédagogie Reggio : une approche globale de l’enfant pour cultiver la créativité et la pensée divergente

J’avais envie de parler aujourd’hui d’une pédagogie qui est de plus en plus connue et qui gagne à être encore plus démocratisée. Il s’agit de la pédagogie Reggio.

Je ne me prétends pas spécialiste et je vous parlerai que de ce que j’en ai compris. J’ai proposé à ma fille des activités inspirées par cette pédagogie (et surtout ce que j’en ai compris et retenu). Je ne prétends donc ni à une présentation exhaustive, ni à une parfaite compréhension mais simplement à un partage d’activités qui m’ont été inspirées par ce que j’ai lu ou vu sur le sujet.

REGGIO

Les grands principes de la pédagogie Reggio

Cette pédagogie est à prendre comme une expérience plutôt qu’une pédagogie figée. La pédagogie Reggio tire son nom d’une ville italienne Reggio Emilia et le fondateur de ce modèle éducatif est Loris Malaguzzi.

Comme point de départ, Malaguzzi s’est posé une question difficile: quelle image ai-je de l’enfant ? Lui-même définit l’enfant comme plein de richesses et de ressources dès la naissance. Les enfants sont tous doués, créatifs, inventifs et possèdent tous un potentiel extraordinaire qui ne cessera jamais d’étonner les adultes. C’est donc une vision profondément optimiste qui guide la pédagogie Reggio.

La pédagogie Reggio s’appuie sur ces grands principes :

  • écoute et relations humaines

  • environnement

La richesse et la diversité de l’environnement passent par l’introduction de nombreux matériels, de diverses techniques et de la pensée simultanée des mains et du cerveau. L’environnement est un enseignant à part entière.

  • transgression

Douter des vérités les plus rigides qui freinent la possibilité de penser différemment et cultiver l’imagination sont deux idées maîtresses.

  • esthétisme

La pédagogie de Malaguzzi est aussi esthétique en raison de sa capacité de révélation, de sa capacité de montrer l’essentiel sous des angles nouveaux, en rapprochant des éléments apparemment éloignés.

  • 100 langages

Les racines de la connaissance sont multiples, le processus d’apprentissage n’est pas linéaire, la réalité présente de nombreux avantages, et les choses “dansent ensemble”. Tous les langages possèdent leur propre capacité expressive. Il n’y a pas de hiérarchie dans les langages (écriture, peinture, théâtre, photographie, parole, marionnette…)

  • complexité

Les connexions ne sont pas nécessairement données, l’individu doit les fabriquer ou les vivre et, ce faisant, apprendre. La création de connexions est le souci principal. Les images, les langages du son, de l’odeur, de la lumière et du toucher renforcent la perception de la connexion entre toutes choses.

  • espérance et foi en l’avenir

L’avenir est plein de possibilités. Quelque chose d’inattendu, de surprenant, de provocant, va découler des connexions que l’on crée.

  • processus 

Au lieu de considérer uniquement le résultat final d’une oeuvre, la pédagogie Reggio s’intéresse également aux processus créatifs. Les deux s’entrelacent et participent à l’invention créative.

activités reggio

 

Une pédagogie de la créativité

Invitations et provocations

En pédagogie Reggio, on peut laisser libre cours aux expérimentations des enfants, leur proposer des invitations (des provocations) ou les accompagner en fonction de leurs demandes.

Ce qui me plait particulièrement dans cette approche est la notion d’invitation ou de provocation : on invite l’enfant à créer en mettant à sa disposition des objets, du matériel pour provoquer des pensées, des questions, des discussions, des intérêts ou encore des idées. L’objectif des provocations est d’inviter les enfants à explorer le matériel et à s’exprimer. Les provocations peuvent être présentées de manière très simple (juste une photo ou un objet posés sur une table) ou plus élaborée (par exemple, une table sur laquelle sont posés des matériaux recyclés à côté d’un livre sur les robots et un schéma pour fabriquer un robot à partir de matériel recyclé par exemple). L’important est que les provocations soient présentées de manière attractive, en insistant sur la beauté de la chose.

Elles doivent demeurer ouvertes et sujettes à exploration, à une utilisation libre : si l’enfant ne suit pas l’objectif qu’on avait prévu en mettant en place la provocation, ce n’est pas grave. Il aura quand même fait un apprentissage, une création, une découverte… pas celle qu’on avait prévu mais celle qui l’intéressait lui :-).

 

Les 100 langages

J’aime aussi l’idée des 100 langages et de comprendre les choses dans leur complexité, sans “saucissonage”.

C’est pour cette raison qu’on propose de mélanger les approches, les matériaux, les textures.

Par exemple, j’avais proposé une séance d’argile à ma fille. Je lui avais mis à disposition une boule d’argile en lui disant qu’elle pouvait m’en redemander si besoin. J’avais également mis à sa disposition plusieurs bols avec divers éléments : un bol avec des pièces de 1 centime, un bol avec des pics en bois, un bol avec des grains de maïs et des clous de girofle, un bol avec des bouts de branche de sapin… Elle était libre de choisir ce qu’elle voulait parmi ces propositions.argile reggio

Après plusieurs constructions qu’elle a faites et défaites (j’ai à peine eu le temps de les prendre en photo), elle m’a demandé à quoi servait l’argile à l’origine. Je lui ai donc expliqué que cela pouvait servir à fabriquer de la vaisselle, comme des verres, des vases ou des assiettes. Elle a alors voulu faire des verres et des vases. Elle a ensuite choisi de les faire sécher pour pouvoir les peindre le lendemain… elle en a même offerte un à sa copine pour son anniversaire ! Un vrai cadeau original et fait maison :-).

argile reggio

Un coin Reggio en classe ou à la maison

A la maison, j’ai installé une petite table qui servira aux activités inspirées par Reggio.

pédagogie reggio

J’y ai installé un miroir, une table lumineuse faite maison (avec une boite en plastique et une guirlande en LED à l’intérieur) et des bocaux contenants des “loose parts” (marrons, châtaignes, glands, galets, pierres polies, perles transparentes, billes d’eau, grains de maïs, plumes…).

Les “loose parts” sont des pièces détachées ou des pièces libres qu’on laisse à la disposition des enfants. Elles peuvent prendre de nombreux aspects (naturels – pierres, graviers, sable, bout de bois, corde, coquillage…- mais aussi objets recyclés, bâtons de glace, rouleaux de papier toilette, couvercles…). L’objectif des loose parts est d’engager la créativité naturelle et l’inventivité des enfants.

Tous les enfants sont créatifs et curieux, c’est la raison pour laquelle l’environnement doit leur laisser l’opportunité d’exercer cette créativité et cette curiosité. Expérimenter, construire, bricoler, inventer, jouer, créer , manipuler, réinventer, déconstruire, développer tout un petit monde : telles sont les possibilités infinies offertes aux enfants par des loose parts en libre accès.

Ma fille m’a par exemple surprise quand elle a mis des billes d’eau colorées dans les coques de gland et les châtaignes creuses pour faire des bateaux ;-). C’était beau et ingénieux !

reggio

 

La lumière et les miroirs sont des composantes importantes dans cette pédagogie. Une ombre projetée n’est pas qu’une ombre, c’est tout un mystère, c’est une invitation à se poser des questions, à confronter des interprétations. C’est une pratique courante en pédagogie Reggio de dessiner des ombres par terre par exemple.

Les classes inspirées par la pédagogie Reggio disposent souvent de tables lumineuses et de matériel transparent ou translucide.

pédagogie reggio

J’ai également un plus grand miroir sur lequel ma fille peut jouer et même écrire avec des feutres à la craie.

miroir reggio

Des enseignants (de maternelle essentiellement) proposent des activités et des aménagements inspirés de la pédagogie Reggio en classe. En voici quelques exemples :

reggio à l'école

reggio en classe

Dans le poème qui suit, Loris Malaguzzi souligne  l’importance de la multiplicité des langages des enfants :

L’enfant est fait de cent.
L’enfant a cent langages
cent mains et cent pensées
cent façons de penser
de jouer, de parler,
cent toujours cent
cent façons d’écouter
d’étonner et d’aimer
cent joies pour
chanter et comprendre
cent mondes à découvrir
cent mondes à inventer
cent mondes à rêver.

L’enfant a cent langages
(et puis cent cent cent cent)
mais on lui en vole 99.

Ecole et culture
séparent tête et corps.
On lui dit de :
penser sans les mains
faire sans la tête
écouter sans parler
comprendre sans joie
aimer et s’étonner
à Pâques et Noël uniquement.
On lui dit de :
découvrir le monde
qui existe déjà
et sur cent
on lui en vole 99.
On lui dit que :
le jeu et le travail
la réalité et la fantaisie
la science et l’imagination
le ciel et la terre
la raison et le rêve
sont des choses qui
ne vont pas ensemble.

En somme, lui dit-on,
le cent n’existe pas.
L’enfant dit cependant :
le cent est bel et bien.

……………………………………………………………………………………..

Source : REGGIO EMILIA 40 ans de pédagogie alternative

 

Si vous souhaitez aller plus loin dans la découverte de cette pédagogie, je vous invite à regarder des tableaux sur Pinterest, à suivre des blogs dédiés (comme celui-ci ou celui-là) ou encore à lire des articles (ici ou ici) ou des ouvrages à ce sujet (en français : Pédagogie à Reggio Emilia, cité d’or de Loris Malaguzzi, d’autres existent en anglais).

 

 

connaitre-cerveau-pour-mieux-enseigner

En quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ?

En quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ?

Steeve Masson, chercheur canadien en neuroéducation, propose de répondre dans la vidéo ci-dessous à la question : en quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ?

Cette vidéo dure 1 heure et 15 minutes et je vous en résume les grandes lignes.

Quelles sont les dernières découvertes en neuroéducation les plus pertinentes pour l’enseignement ?

La plasticité du cerveau

Dire que le cerveau est plastique signifie que le fait d’apprendre modifie la structure du cerveau. Il existe un mouvement physique dans le cerveau d’un enfant qui apprend car les connexions entre les neurones sont modifiées. Les connexions synaptiques se modifient de plusieurs manières :

  • en formant de nouvelles synapses (c’est-à-dire des connexions physiques entre différents neurones par l’axone et les dendrites)
  • en renforçant ou affaiblissant certaines synapses existantes (en fonction de la régularité de l’utilisation des connaissances)
  • en supprimant des synapses existantes (c’est l’effet d’élagage)
le neurone neuroséducation
Extrait de la conférence de Steeve Masson – Comprendre le fonctionnement du cerveau pour mieux enseigner

neurones neuroéducation

L’apprentissage est donc un mode dynamique.

 

Architecture et localisation fonctionnelle

L’architecture du cerveau est la manière dont les neurones sont interconnectés pour créer des sortes de “voies de communication” cérébrales. La manière dont le cerveau est structuré influence les apprentissages.

Les neuroscientifiques ont découvert que les neurones qui s’agitent ensemble se connectent ensemble. Si deux neurones sont assez près l’un de l’autre et s’activent de manière simultanée et répétée, ils vont finir par se connecter et de manière forte.

La localisation fonctionnelle est le fait que différentes régions du cerveau sont spécialisées pour différentes fonctions.

Ainsi, mieux connaître l’architecture et la configuration du cerveau, c’est mieux connaître la manière dont un élève apprend et c’est aussi pouvoir l’aider dans ces processus d’apprentissage.

 

Influence de l’enseignant sur le développement du cerveau

Les choix pédagogiques effectués par les enseignants peuvent avoir un impact sur les modifications structurelles du cerveau.

Du fait de la plasticité, le cerveau change au cours de l’apprentissage et l’enseignant peut influencer les effets de l’apprentissage sur l’architecture du cerveau.

Ainsi, Steeve Masson fait référence à une étude qui a démontré que l’apprentissage de la lecture avec une méthode globale n’active pas les mêmes zones du cerveau qu’une approche syllabique. La méthode globale entraîne une activité cérébrale dans l’hémisphère droit alors que l’approche syllabique entraîne une activité dans l’hémisphère gauche. Or il a été démontré que les neurones activés par le processus de lecture experte (et donc automatisée) se trouvent à gauche dans le cerveau. Ainsi, l’approche syllabique semble plus compatible avec le fonctionnement du cerveau.

 

Comment utiliser la neuroplasticité pour enseigner efficacement ?

Le cerveau est comme une forêt

Pour créer de nouvelles connexions dans le cerveau, les axones doivent être prolongées pour aller toucher les dendrites d’un autre neurone. Les protéines sont le matériel de prolongation des axones et c’est grâce au déplacement de protéines à l’intérieur du cerveau que les connexions neuronales changent au cours de l’apprentissage.

neuroplasticité neuroéducation.jpg

Les neurones qui s’activent ensemble suite des réactions biochimiques internes (protéines) finissent par se connecter à la suite des apprentissages mais ce sont les actions répétées qui renforcera leur connexion.

Steeve Masson explique que le cerveau est comme une forêt : si on marche plusieurs fois dans le même sentier, un chemin va progressivement se créer. Dans le cerveau, il y a création de sentiers de communication entre les neurones. Ces sentiers (connexions neuronales) deviennent de plus en plus efficaces et mènent à l’automatisation des processus liés à une certaine tâche et donc à la résolution plus faciles de certains problèmes.

Mai si on ne marche pas pendant un bon bout de temps dans les sentiers créés par la forêt, la végétation reprend sa place. Les réseaux de neurones non utilisés finissent par se déconnecter progressivement.

cerveau comme une forêt

3 recommandations pédagogiques

Steeve Masson en déduit que les enseignants peuvent prendre appui sur les caractéristiques de la neuroplasticité en classe.

  • Favoriser la réactivation neuronale

Les neurones doivent s’activer à de nombreuses reprises pour se connecter et renforcer leur connexion. La répétition est nécessaire, pas seulement au moment de l’apprentissage en question mais tout au long de l’année. Le cerveau oublie vite les éléments appris s’ils ne sont pas remobilisés régulièrement. Si les neurones s’activent à plusieurs reprises, ils peuvent consolider leurs inter-relations et favoriser l’acquisition de l’apprentissage.

Le fait d’évaluer les élèves pourra servir la réactivation neuronale : l’évaluation devient un moyen de consolider et de réactiver, pas un outil de contrôle.

  • Être actif dans les apprentissages

Selon Steeve Masson, les stratégies les plus efficaces d’apprentissage et de révision consiste à poser et répondre à des questions, à placer l’élève en situation d’enseignement et d’interaction (c’est lui qui explique une notion à d’autres élèves qui lui posent des questions en retour).

La manière la plus efficace de récupérer des informations en mémoire serait de se poser des questions à soi-même.

  • Espacer les périodes allouées à un apprentissage

Il serait plus efficace de répartir les temps d’enseignement sur plusieurs courtes périodes réparties elles-mêmes sur plusieurs jours, plutôt que les concentrer sur une demie-journée voire une journée.

Lors des périodes de sommeil, les neurones liés aux apprentissages dans la journée se réactivent. La nécessité d’avoir un temps de sommeil entre deux phases d’un même apprentissage découle du fait que les mêmes réseaux de neurones sont réactivés pendant l’apprentissage et pendant le sommeil qui est à considérer comme une période de consolidation des apprentissages.

Avec l’effet d’espacement, les apprentissages sont plus efficaces pour un même temps alloué mais répartir différemment et les effets d’apprentissage durent plus longtemps.

Il serait alors judicieux d’apprendre aux enfants à espacer les périodes de révisions car le fait de réviser seulement la veille ne respecte pas le fonctionnement du cerveau.

recommandations pédagogiques selon les neurosciences

 

5 neuromythes invalidés par les neurosciences

Steeve Masson explique qu’il existe beaucoup de fausses croyances sur le cerveau qui sont en fait des neuromythes.

neuromythes

1. Les styles d’apprentissage

Les recherche en neurosciences n’ont pas encore réussi à démontrer qu’il existe des styles d’apprentissage propres à chaque individu (auditif, visuel, kinésthésique). Aucun neuroscientifique ne peut affirmer que les apprentissages seront plus profonds et plus durables si un enseignant enseigne exclusivement en fonction du style d’apprentissage.

Il serait alors plus judicieux d’inciter les apprenants à combiner plusieurs manières d’apprendre .

Nous n’avons pas un seul et unique mode d’évocation. En fonction de la tâche que nous effectuons, nous mixons parfois plusieurs modes d’évocation. Les élèves qui réussissent brillamment sont d’ailleurs ceux qui parviennent à “jouer” sur plusieurs gammes d’évocation en fonction de l’objectif.

L’idée essentielle est de pouvoir augmenter la palette de tout ce qui se passe dans la tête. – Pailleau et Akoun

2. Le cerveau gauche et le cerveau droit

Les chercheurs en neurosciences n’ont jamais réussi à démontrer qu’une personne pourrait être “plutôt cerveau gauche ou plutôt cerveau droit”. Une personne n’est jamais totalement logique et analytique OU totalement créative et divergente.

L’ensemble des tâches gérées par le cerveau est effectué de façon bilatérale (par les 2 hémisphères en même temps) et les 2 hémisphères travaillent bien ensemble même s’il existe des asymétries fonctionnelles, c’est-à-dire des aires cérébrales spécialisées dans une tâche précise seulement présentes dans un hémisphère et pas dans l’autre.

3. La Brain Gym

La Brain Gym consiste en des exercices de coordination pour optimiser le développement du cerveau. Selon Steeve Masson, il n’existe pas de données empiriques solides qui démontreraient les effets de ses mouvements sur la reconnexion des deux hémisphères. Les principes à la base de la Brain Gym ont été invalidés par la science.

Pour autant, la Brain Gym reste de l’exercice physique et l’exercice physique est recommandé pour la santé. Les neurosciences sont par ailleurs d’accord avec le fait que l’exercice physique contribue à l’activation de régions cérébrales liées à l’attention et à la concentration.

4. Les élèves utilisent seulement 10% de leur cerveau

L’idée selon laquelle nous n’utilisons que 10% est une légende urbaine. Nous utilisons tous pleinement les capacités de notre cerveau.

Le neurologue Barry Beyerstein en a d’ailleurs apporté la preuve en vérifiant que chaque zone cérébrale était indispensable puisque les lésions qui les touchaient étaient toutes incapacitantes.

Je vous invite à lire cet article dont les lignes ci dessus sont extraites : Non, nous n’utilisons pas que 10% des capacités de notre cerveau

5. Les périodes sensibles sont des périodes critiques

Il existe bel et bien des périodes sensibles qui sont des périodes de la vie particulièrement propices à certains apprentissages. Maria Montessori avait eu l’intuition de ces périodes sensibles il y a plus d’un siècle maintenant.

Dans Les étapes de l’éducation, elle écrit qu’il y a dans les périodes sensibles des possibilités que l’adulte a perdues. La période sensible correspond au moment où l’enfant s’enthousiasme et montre un intérêt supérieur.

En raison de cette notion de périodes sensibles dans la pédagogie Montessori, la liberté dans les activités a une grande importance. La liberté pour l’enfant de choisir son travail lui permet d’explorer au moment opportun pour lui-même ses possibilités.

Par exemple, selon les neurosciences, il existe une période sensible des phonèmes, c’est-à-dire ses sons entendus : les nouveaux nés sont capables de reconnaître et de différencier tous les phonèmes de toutes les langues puis il y a élagage des connexions synaptiques. Plus tard, l’enfant n’est plus capable de différencier certains sons qui ne sont pas propres à sa langue maternelle.

Pour autant, les périodes sensibles ne sont pas des périodes critiques, entendues au sens où il faut absolument stimuler un enfant avant tel âge parce qu’il ne sera plus capable d’apprendre plus tard.

Une fois la période sensible passée, les apprentissages seront plus difficiles mais pas impossibles. Les neuroscientifiques s’accordent d’ailleurs pour dire que l’enthousiasme est de l’engrais pour le cerveau. Une fois la période sensible passée, le meilleur moyen de faciliter un apprentissage est de créer de l’enthousiasme et des émotions positives ! Je vous recommande cette vidéo : L’enthousiasme, de l’engrais pour le cerveau.

Le cerveau se développe comme un muscle là où l’enfant l’utilise avec enthousiasme. – André Stern

 

 

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Pour compléter :

Des recommandations pour la lecture : L’apprentissage de la lecture vue par les neurosciences

Des recommandations pour les sciences : Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner – L’inhibition dans l’apprentissage des sciences et de la logique

 

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bonne maitrise de l'orthographe

4 critères d’une bonne maîtrise de l’orthographe

4 critères d’une bonne maîtrise de l’orthographe

Le Dr Wettstein-Badour s’est spécialisée dans la rééducation de la lecture, l’écriture et l’orthographe chez les enfants et les adolescents. Elle s’est beaucoup documentée sur les neurosciences appliquées en pédagogie et a créé deux méthodes optimisées d’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Elle estime que les énormes difficultés que de nombreux enfants rencontrent avec l’orthographe sont dues au fait que l’enseignement ne prend pas en compte les exigences du fonctionnement cérébral. Elle propose plusieurs éléments essentiels pour une pédagogie optimisée de l’orthographe qui s’appuie sur les découvertes scientifiques les plus récentes concernant le fonctionnement du cerveau. Ces 4 critères permettent de faire des progrès durables en orthographe.

 

1.Connaître le code alphabétique de la langue

Avant d’entrer dans la complexité de la grammaire, il est indispensable de pouvoir écrire correctement les mots qui s’écrivent comme ils se prononcent. L’apprentissage explicite et alphabétique est une garantie de succès de cette première brique de l’apprentissage de l’orthographe.

Savoir qu’il faut mettre “ss” entre deux voyelles pour écrire le son “s” et un seul pour traduire “z” est une connaissance orthographique liée à l’apprentissage de la lecture. Il en est de même pour le son “g” qui s’écrira avec un “u” dans “guitare”.

>>>Voir cet article en complément : L’apprentissage de la lecture vu par les neurosciences

 

2.Intégrer l’épellation dans l’apprentissage

Pour reproduire ce que l’on entend ou les sons qu’on se représente mentalement, il faut d’abord savoir les écouter et les différencier les uns des autres. L’épellation constitue le meilleur moyen pour parvenir à surmonter les difficultés à comprendre les liens qui unissent les sons aux graphismes.

Cette technique, dont des études neurologiques récentes viennent de montrer l’efficacité dans l’apprentissage de l’orthographe, permet à la fois de faciliter l’apprentissage de l’orthographe et de fluidifier une lecture encore hésitante.

 

3.Faciliter l’apprentissage des règles orthographiques en les classant par catégories : le rôle de la grammaire

La mise en mémoire se fait par catégorisation : verbes, noms propres, noms communs, adjectifs, mots de liaison…

La catégorisation des mots implique de savoir reconnaître le rôle de chacun dans la phrase écrite, comme il est nécessaire de le faire dans la langue orale. La fonction du mot dans la phrase modifie souvent la manière de l’écrire.

Les neurosciences tendent à montrer que l’apprentissage explicite de la nature et de la fonction grammaticale de chaque mot est une nécessité incontournable pour permettre d’aboutir à une reconnaissance rapide des éléments grammaticaux qui conditionneront la forme orthographique des mots.

Le rôle d’une bonne pédagogie consiste donc à mettre en évidence tout ce qui peut être catégorisé et analysé sous forme de règles qui fournissent une solution généralisable au plus grand nombre possible de situations orthographiques. Quant aux exceptions, l’étude de la langue montre qu’elles sont d’autant plus limitées qu’on aura su dégager le plus grand nombre possible de règles générales. – Dr Wettstein-Badour

Pour ma part, je travaille la grammaire à partir de cet ouvrage : La grammaire structurante de Elisabeth Vaillé-Nuyts (édition Godefroy de Bouillon)

grammaire structurante

 

4.Automatiser les savoirs

Pour pouvoir disposer d’une bonne orthographe, il ne suffit pas d’en connaître les règles, il faut aussi pouvoir en automatiser l’usage. Le but visé est atteint quand l’intégration dans l’écriture des règles nées de l’usage et de la structuration grammaticale de la langue est suffisamment imprimée dans les circuits neuronaux pour que ceux-ci puissent les mobiliser efficacement et rapidement.

Les neurosciences ont montré qu’il est indispensable de multiplier les exercices identiques et de s’entraîner avec une grande régularité, à des intervalles de temps espacés d’une courte durée.

Si l’on veut que le mécanisme de catégorisation grammaticale évoqué au 3ème point soit efficace, il faut que les questions posées pour analyser un mot et mettre en évidence sa nature, son genre, son nombre, sa fonction dans la phrase le soient toujours sous une forme identique.

Cette importance des questions d’analyse grammaticale identiques est justifiée par le fait de toujours remettre le cerveau dans les conditions qui ont laissé dans ses neurones les traces qui permettront l’installation de l’automatisation.

Ghislaine Wettstein-Badour écrit que c’est ce qui arrive aux personnes qui ont une maîtrise parfaite de l’orthographe : elles exécutent ce travail de questionnement sur chaque mot qu’elles écrivent, le plus souvent sans s’en rendre compte car les opérations intellectuelles qu’elles effectuent sont trop rapides pour qu’elles en soient conscientes.

C’est par exemple ce que propose la méthode Hugo et les rois être et avoir : des questions sont systématiquement proposées aux enfants pour reconnaître le sujet, l’auxiliaire être… C’est une méthode que j’utilise et que j’apprécie beaucoup (à partir du CE2).

hugo et les rois etre et avoir

 

 

 

 

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Source : J’aide mon enfant à bien parler, bien lire, bien écrire : Donnez toutes les chances à votre enfant en l’accompagnant dans ses apprentissages de base de Ghislaine Wettstein-Badour (éditions Eyrolles). Disponible en librairie, médiathèque ou sur internet.

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j'aide mon enfant à bien lire

 

 

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apprendre autrement avec la pédagogie positive

Apprendre autrement avec la pédagogie positive : un livre pour (re)donner le goût d’apprendre !

Apprendre autrement avec la pédagogie positive : un livre pour (re)donner le goût d’apprendre !

apprendre autrement avec la pédagogie positiveLe livre Apprendre autrement avec la pédagogie positive : à la maison et à l’école, (re)donnez à vos enfants le goût d’apprendre est un ouvrage d’Audrey Akoun et Isabelle Pailleau.

 

Audrey Akoun est thérapeute cognitivo-comportementaliste et Isabelle Pailleau est psychologue clinicienne du travail et des apprentissages. Elles ont sept enfants à elles deux.

 

Apprendre autrement avec la Pédagogie Positive, un livre ressource pour les parents et les enseignants

Les deux auteures proposent une vision optimiste et joyeuse des apprentissages. Elles sont parties du constat que les devoirs sont devenus un cauchemar dans de trop nombreuses familles aussi bien pour les enfants et les parents. Elles ont également constaté que l’école peut appauvrir la curiosité des enfants.

Elles proposent donc dans ce livre des solutions concrètes illustrées par des cas pratiques et renforcées par des exercices à faire en famille pour :

  • Redonner le plaisir d’apprendre aux enfants et réveiller leur curiosité naturelle,
  • Faire comprendre que les enfants n’ont pas tous la même façon d’apprendre car il existe plusieurs styles d’apprentissage,
  • Montrer qu’on peut faire réussir TOUS les enfants sans souffrance.

 

Les auteures commencent par définir le terme “apprendre” et par chasser les idées reçues comme “Dans la famille, on est [pas bons en maths, nuls en orthographe…] de toute façon”.

Apprendre, c’est découvrir, vivre avec les autres, c’est apprendre qui l’on est. – Audrey Akoun et Isabelle Pailleau

 

Elles développent ensuite une approche holistique car elles estiment qu’on ne peut pas apprendre dans de bonnes conditions sans préparer sa tête, son cœur et son corps à la fois. Elles mettent en avant des outils simples comme des exercices de respiration pour gérer les émotions parasites ou des mandalas pour remobiliser la concentration de l’enfant. La pédagogie positive est fondée sur cette triple approche :

  • Tête : connaître ses processus mentaux et la manière dont le cerveau fonctionne
  • Corps : connaître les besoins physiologiques du corps (s’aérer, bouger, manger, dormir, utiliser le corps pour apprendre)
  • Coeur : connaître le fonctionnement et le rôle des émotions

Enfin, elles proposent un outil au service d’un apprentissage ludique qui facilite à la fois la compréhension et la mémorisation : le Mind Mapping ou l’art d’organiser des informations sous forme de carte mentale. On passe alors du linéaire au spatial pour se rapprocher du fonctionnement naturel du cerveau.

 

J’ai aimé :

  1. La pédagogie positive repose sur plusieurs principes fondateurs :
    • Tu as toutes les ressources en toi pour réussir, quelles que soient les situations.
    • Il n’existe pas d’échec, il n’existe que des tentatives.
    • Tu peux faire des efforts et fournir du bon travail sans que cela soit synonyme de souffrance.
  2. Une vision des apprentissages joyeuse, optimiste, ludique, créative…et surtout communicative !
  3. Les exercices et outils sont concrets et applicables tout de suite dans des domaines aussi divers que la concentration, la relaxation ou la brain gym.
  4. Les exemples tirés des expériences professionnelles et personnelles des auteures permettent d’adhérer et de comprendre en profondeur les convictions sur-lesquelles elles s’appuient et leur efficacité.
  5. Le bien-être de l’enfant est au cœur de l’ouvrage et chaque phrase est pensée pour lui permettre de s’épanouir, d’exprimer sa personnalité, sa créativité et d’apprendre avec plaisir.
  6. La Pédagogie Positive s’adresse à tous les parents et les enseignants. Les outils proposés peuvent être proposés à tout âge, du primaire au lycée.
  7. Le livre est une vraie boîte à outils qui couvrent tous les domaines de l’apprentissage :
    • des outils pédagogiques
    • des outils de relaxation
    • de l’humour
    • des relations humaines positives

 

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Apprendre autrement avec la pédagogie positive est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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jeux mathématiques enfants

5 jeux pour entraîner l’esprit mathématiques des enfants (à partir de 4/5 ans)

5 jeux pour entraîner l’esprit mathématiques des enfants

Ces jeux sont inspirés de la méthode Lyons pour l’enseignement des mathématiques. Il s’agit d’une pédagogie qui s’appuie sur la réflexion de l’enfant sans aucun enseignement explicite. Elle est utilisées par quelques enseignants et par de nombreuses familles qui pratiquent l’instruction en famille (IEF).

Ces jeux de mathématiques pour enfants sont conseillés à partir de 4/5 ans.

1. Liquides et quantités

Prendre une bouteille transparente et la remplir à moitié d’un liquide coloré.

Une fois la bouteille refermée, on montrera la bouteille aux enfants en la tenant en position verticale. On dira sans attendre de réponse, juste en laissant le temps à l’enfant d’observer: “Tu vois, il y a du liquide dans cette bouteille. Tu peux voir combien il y en a.”

Ensuite, on couchera la bouteille : “est-ce que tu penses qu’il y a plus de liquide quand la bouteille est debout comme tout à l’heure ou couchée comme maintenant ? Ou est-ce que tu penses qu’il y en a toujours pareil ?”

On pourra remettre la bouteille en position verticale puis la coucher de nouveau. On évitera les commentaires comme “le liquide va jusqu’à la moitié de la hauteur”.

Quand les enfants donnent leur réponse, on pourra leur demander comment ils ont fait même si la réponse est fausse.

La majorité des enfants de 5 et 6 ans croit qu’il y a plus de liquide en position verticale.

On pourra alors demander aux enfants comment vérifier la réponse. On les laissera trouver une solution qu’on pourra expérimenter avec eux (par exemple, verser le liquide dans un biberon gradué dans les 2 positions et noter la graduation).

 

2. Jetons et chocolats

On prendra 12 jetons (ou boutons ou pièces) et on les alignera devant les enfants en les espaçant d’1 ou 2 centimètres.

On prendra 9 autres jetons et on les alignera parallèlement à la première ligne mais en les espaçant d’environ 3 à 4 centimètres cette fois.

jeux mathématiques enfants
Avec des pièces de 5 centimes

On montrera aux enfants la ligne du haut : “si ces jetons étaient des chocolats, aimerais-tu mieux avoir ceux de cette ligne ou ceux de celle-ci (ligne du bas) ?”

On laissera les enfants réfléchir et on leur demandera d’expliquer leur choix.

Si les enfants ne donnent pas de réponse ou une réponse fausse, on pourra leur demander :

Qui en aura le plus dans son ventre : celui qui mange la ligne du haut ou celui qui mange la ligne du bas ? pourquoi ?”

Les enfants entre 5 et 7 ans auront tendance à dire qu’il vaut mieux manger les chocolats de la ligne du bas car ils ne prennent pas en compte l’espacement. On pourra alors étirer les jetons de la ligne du haut en les espaçant autant que ceux de la ligne du bas. On posera alors la question aux enfants : “et maintenant, qu’en pensez-vous ?”

 

3. Les formes qui se déforment

On découpera 2 carrés de la même taille, d’environ 10 centimètres de côté dans du papier de couleurs différentes. On les remettra aux enfants en leur demandant : “y en a-t-il un qui est plus grand que les autres ou sont-ils pareils ?”

jeux mathématiques enfants
Avec de la feutrine

On laissera les enfants manipuler les carrés et s’ils ne le font pas, on leur proposera de les superposer. Les enfants devraient alors dire que les 2 carrés sont de taille identique.

On reprendra les carrés, on les superposera parfaitement puis on fera pivoter le carré du dessous afin d’obtenir cette forme :

jeux mathématiques enfants

On posera la question : “les carrés sont-ils encore de la même taille ?”

Normalement, les enfants répondent que le carré pivoté est plus grand car ses coins dépassent. On pourra proposer aux enfants de manipuler à nouveau les carrés et leur reposer la question.

 

4. La longueur

On tracera 2 traits parallèles et de même longueur sur une feuille, décalés de quelques centimètres. On dira aux enfants que ces 2 traits représentent 2 routes.

On placera 2 jetons au début de chaque route (à gauche) et on leur dira que ces jetons représentent des voitures qui vont parcourir chacune une route différente.

jeux mathématiques enfants

On demandera quelle voiture arrivera la première à la fin de sa route si elles roulent exactement à la même vitesse.

On demandera aux enfants comment ils ont fait pour savoir. En cas de non réponse ou de réponse fausse, on pourra leur demander si les 2 routes (les 2 traits) ont la même longueur ou s’il y en a une qui est plus longue.

 

5. L’intersection des animaux

On montera le dessin suivant aux enfants :

jeux maths enfants

On demandera aux enfants d’identifier les animaux illustrés : les ânes et les lions. Ils nous montreront chaque âne puis chaque lion. On vérifiera que les enfants savent bien que les lions et les ânes sont des animaux.

On leur demandera : dans ce dessin, il y a plus de lions ou plus d’animaux ?

Les enfants entre 5 et 6 ans répondront la plupart du temps qu’il y a plus de lions. On pourra alors demander : “montrez-moi les lions” puis “montrez-moi les animaux”. On attendra que les enfants se corrigent eux-mêmes.

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La méthode complète Lyons pour l’enseignement des mathématiques de 5 à 13 ans est accessible en téléchargement gratuit à ce lien.

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apprendre avec pédagogie garanderie

La méthode La Garanderie à la maison: 80 jeux pédagogiques pour apprendre

La méthode La Garanderie à la maison: 80 jeux pédagogiques pour apprendre

 

Présentation de l’éditeur

apprendre avec pédagogie garanderieEn étudiant le fonctionnement du cerveau et en élaborant la théorie de la “gestion mentale”, Antoine de La Garanderie, pédagogue, dégage différents modes d’apprentissage et permet à chaque enfant de découvrir sa propre manière d’apprendre. Intégrée au système éducatif classique, sa pédagogie repose sur La conviction profonde que “tout enfant peut réussir”.

Sur cette base, ce livre vous propose 80 activités ludiques à partager au quotidien pour aider votre enfant à développer ses facultés d’apprentissage. Ces activités sont divisées en quatre parties : “Avec sa tête”, “Avec son corps”, “Comme les grands” pour celles qui aident l’enfant à devenir autonome dans les gestes de la vie quotidienne et dans les apprentissages fondamentaux et “Quand on sait lire et écrire” pour celles qui demandent d’avoir un peu grandi.

J’ai aimé

  • Des activités diversifiées : pour apprendre avec sa tête, avec son corps, des jeux pour faire comme les grands (autonomie dans les gestes de la vie quotidienne), des activités pour quand on sait lire et écrire. Les enfants seront sensibilisés à des notions comme “horizontal et vertical”; ils développeront leur sens de l’observation et leur motricité fine; ils seront amenés à prendre conscience de tous leurs sens et à tous les solliciter. Les activités proposées serviront aussi bien dans le travail scolaire que dans la vie quotidienne (plier un pyjama, lacer des lacets, mettre la table…)

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  • Des jeux pour tous les âges, de 3 ans à 7/8 ans. L’âge n’est pas indiqué sur les jeux car chaque enfant développe une compétence à un certain âge. A nous parents d’observer les enfants pour détecter les centres d’intérêt et les périodes sensibles au développement d’une compétence pour proposer la bonne activité au bon moment.

apprendre avec la pédagogie garanderie

 

  • Une mise en page agréable, aérée et colorée, avec de nombreuses photos d’enfants en situation.

apprendre avec la pédagogie antoine de la garanderie

 

  • Une introduction à la pensée d’Antoine de la Garanderie et l’intérêt de la gestion mentale dans les apprentissages des enfants. Selon Antoine de la Garanderie, il existe des gestes mentaux nécessaires à l’apprentissage et plusieurs conditions sont nécessaires à l’apprentissage : avoir le projet de restituer; “coder” ce qui est perçu sous formes d’images mentales/ de mots/ de sons/ de gestes; faire appel aux évocations codées lors de la mise en situation pratique.

apprendre avec la pédagogie antoine de la garanderie

  • Des remarques pour moduler ou adapter les activités en fonction des préférences des enfants

 

Tous ces jeux apprennent aux enfants à faire attention (être attentif pour percevoir les informations), à se mettre en projet et à traduire des informations sous formes d’images/ sons/ mots dans leur tête. Les enfants pourront ensuite puiser dans leur stock d’évocations pour réfléchir, c’est-à-dire utiliser ce qu’ils ont évoqués.

 

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La méthode La Garanderie à la maison: 80 jeux pédagogiques pour apprendre est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet (éditions Eyrolles).
Commander La méthode La Garanderie à la maison: 80 jeux pédagogiques pour apprendre sur Amazon.