repenser enseignement mathématiques

5 grands piliers pour repenser l’enseignement des mathématiques (par un prof de maths)

Au delà de la résolution des problèmes mathématiques, apprendre aux enfants à les FORMULER

Dan Meyer est un professeur de mathématiques enseignant aux Etats Unis. Dans la vidéo ci dessous, il propose une révolution de l’enseignement des maths : au delà de la résolution des problèmes, apprendre aux enfants à les FORMULER.

5 symptômes de l’inefficacité de l’enseignement classique des mathématiques

Il part d’un constat qu’il a fait au sujet de ses élèves. Il a repéré 5 symptômes de l’inefficacité de l’enseignement classique des mathématiques :

1. Le manque d’initiative

2. Le manque de persévérance

3. Le manque de mémoire

4. L’aversion pour les problèmes et les énoncés écrits

5. La recherche désespérée de la bonne formule à copier coller pour résoudre des problèmes asbtraits et sans sens

 

Dan Meyer propose de réduire les énoncés des problèmes à quelques mots, sans données concrètes. Les enfants devront alors chercher eux-mêmes de quelles informations ils ont besoin pour résoudre le problème qui se pose à eux. Dan Meyer propose également de poser des “vrais problèmes” (et pas seulement des problèmes sur le papier) : manipuler, agir, regarder, donner du sens, faire des hypothèses, discuter, confronter les idées, tester, vérifier.

5 grands piliers pour repenser l’enseignement des mathématiques

Les propositions de Dan Meyer reposent sur 5 grands piliers :

1. Utiliser les médias pour passer de l’abstrait au concret (photos, vidéos, caméra)

Pour des problèmes de remplissage de récipients, il apporte le récipient et le remplit réellement d’eau. Il filme le temps de remplissage, demande aux étudiants d’émettre des hypothèses sur le temps que cela va prendre, puis de vérifier. De quelles informations a-t-on besoin ? Où les trouver ? Comment ?

 

2. Encourager l’intuition des enfants

Cela peut passer par la manipulation, le jeu, le fait de rendre indispensable la résolution du problème pour améliorer le quotidien.

 

3. Poser les questions les plus courtes possibles

Moins les enfants ont d’informations, plus des questions spécifiques et pertinentes peuvent émerger.

 

4. Laisser les enfants construire le problème

Ce sont les enfants qui formulent le problème, ils ne se contentent pas de le résoudre.

 

5. Aider les enfants un peu moins

Laisser les enfants réfléchir, chercher, se tromper, ajuster pour lutter contre ce que Dan Meyer appelle “une impatience face à la complexité”.

 

Les maths donnent du sens au monde. Les maths sont le vocabulaire de l’intuition. Nous avons besoin de gens pour résoudre les problèmes. – Dan Meyer

enseignement-arts-et-sciences

Réflexion sur l’enseignement des arts et de la science : 5 propositions pour enseigner les arts et les sciences comme inséparables

Réflexion l’enseignement des arts et de la science

Mae Jemison, première femme afro- américaine à être allée dans l’espace, insiste sur l’importance de l’enseignement des sciences et des arts comme complémentaires et essentiels pour former des individus complets et audacieux.

Je pense que notre mission est de réconcilier, de réintégrer la science et les arts.

Les arts et la science sont des avatars de la créativité humaine. Nous avons besoin des deux dans la vie.

La science apporte la compréhension d’une expérience universelle, les arts apportent la compréhension universelle d’une expérience individuelle et les deux font partie de nous. 

Notre intelligence c’est notre science, nos arts, nos religions, la façon dont nous voyons l’univers autour de nous, nos ressources, notre argent, notre travail, nos éléments vitaux, tout cet environnement que nous devons prendre en compte. Mais plus important que tout, il y a notre volonté. C’est notre vision, nos aspirations pour le futur, nos espoirs, nos rêves, nos batailles et nos peurs, nos succès et nos échecs, qui influencent ce que nous faisons avec le reste. – Mae Jemison

Où veut-on mener le monde ? 

Qu’est-on en train de faire avec les arts et les sciences ? 

6 raisons qui empêchent d’intégrer arts et sciences

Mae Jemison identifie 6 problèmes qui empêchent d’intégrer sciences et arts comme complémentaires et inséparables :

  • les infrastructures qui soutiennent et permettent les sciences (laboratoires de recherche, matériel scientifique, financement en Recherche et Développement) sont obsolètes
  • les médias qui tournent en boucle sur des faits divers, des célébrités ou des pseudo sciences au lieu de donner des informations utiles sur comment participer à la démocratie et comprendre ce qui se passe dans le monde
  • les politiques d’entreprises qui raisonnent en termes de profits et dividendes à court terme plutôt qu’à long terme et ne consacrent donc pas assez d’argent à la Recherche et Développement
  • un système éducatif qui ne soutient pas assez la vitalité et la curiosité intellectuelle qui va de pair avec les sciences et les arts et qui n’offre pas assez d’opportunités de manipuler, de développer les langages scientifiques et artistiques
  • le financement de productions artistiques par des grosses entreprises qui influencent les scénario et qui imposent des produits placés ou des pubs
  • des bugets consacrés à l’art et à la culture en baisse

5 propositions pour enseigner les arts et les sciences comme complémentaires et inséparables

Mae Jemison propose des solutions pour enseigner les arts et les sciences comme complémentaires et essentiels :

  • 1. Ne plus séparer le corps et l’esprit mais apprendre aux enfants à observer ce qui se passe dans leur corps et dans leur tête
    • Cela peut passer par l’introduction de la pleine conscience à l’école (un exemple ici)
  • 4. Intégrer intuition et analyse, sciences et arts comme complémentaires et conciliables en paroles et en actes
    • Ne plus tenir de discours du type : « Les scientifiques et la science, ce n’est pas créatif.», « Les scientifiques sont peut-être ingénieux, mais ils ne sont pas créatifs. », « Les artistes ne sont pas analytiques. Ils sont peut-être ingénieux, mais pas analytiques. »
    • Tenir des discours du type : « Tu peux être à la fois créatif et logique. », « Tu as le potentiel en toi pour créer.»

Vidéo en anglais, sous titrée en français

taddei-education

Besoin d’un nouveau modèle d’éducation dans un monde où les robots et l’intelligence artificielle s’améliorent de jour en jour ?

Besoin d’un nouveau modèle d’éducation dans un monde où les robots et l’intelligence artificielle s’améliorent de jour en jour ?

Une conférence qui a déjà 6 ans mais qui est toujours d’actualité en cette année où un ordinateur a vaincu le meilleur joueur de Go du monde.

Quelles sont les vertus humaines qu’un robot ne saurait posséder ou acquérir ? Qu’est-ce qui nous reste ? 

Où courons-nous ? Dans quelle direction courons-nous ? Peut-on changer cette direction ? 

François Taddei, biologiste et militant pour l’innovation dans l’éducation, estime que la maîtrise de compétences clés permettra aux prochaines générations de faire face aux défis du futur :

  • apprendre à apprendre pour créer et s’adapter

La créativité reste l’élément essentiel à consolider chez les jeunes et les moins jeunes. François Taddei fait référence au paradoxe de la Reine Rouge, personnage créé par Lewis Caroll dans Alice au pays des merveilles.

La Reine Rouge et Alice se lancent dans une course effrénée. Alice demande alors : « Mais, Reine Rouge, c’est étrange, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ? » Et la reine répondit : « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit. »

L’américain Leigh Van Valen en a déduit une théorie : Toutes les espèces courent pour rester à la même place.

Comme notre environnement change sans cesse, notre capacité d’adaptation est à renouveler jour après jour.  Les espèces sont obligées d’évoluer pour ne pas être dépassées, voire détruites, par les espèces et les organismes avec lesquels elles cohabitent et sont en compétition.

  • coopérer

  • échanger des informations pour créer de la connaissance

Il est important de faire comprendre aux enfants qu’ils peuvent construire leurs propres connaissances tout en aidant les autres à construire les leurs. C’est ensemble qu’ils pourront progresser.

François Taddei insiste sur la notion d’intelligence collective : ensemble et avec l’aide de matériel extérieur (comme des logiciels, des ordinateurs), les humains peuvent réaliser des choses qu’aucun homme ne serait capable de réaliser seul. Il mentionne l’exemple de Wikipedia.

  • savoir partager les ressources

Maintenir les équilibres dans tous les écosystèmes pour assurer la survie de toutes les espèces.

  • propager les idées nouvelles et les innovations

Moderniser le système éducatif ne signifie pas seulement apporter des tablettes et les nouvelles technologies en classe mais avant tout se traduit dans une recherche continuelle d’amélioration.

  • instaurer une confiance en soi inébranlable

François Taddei voir dans la confiance en eux des enfants une pierre angulaire de l’éducation : développer chez les enfants la capacité à croire en leurs capacités devient alors une priorité de l’éducation.

Du côté de l’enseignant et des parents, « Tu peux le faire ! » 

Du côté de l’enfant, « Je peux le faire ! »

 

Des initiatives inspirantes pour commencer

François Taddei fait référence à plusieurs initiatives qui ne demandent qu’à être connues et propagées :

  • Redonner du pouvoir et de la liberté aux enfants 

Un exemple dans la vidéo de Kiran Bir Sethi infectée par le virus “I can” à ce lien : La vidéo la plus inspirante que j’aie jamais vue sur l’éducation

 

  • L’enseignement par les pairs 

Une des six conditions pour des apprentissages efficaces selon Peter Gray et appliquées dans les écoles d’inspiration Sudbury.

conditions de l'apprentissage

 

  • Le modèle du Nord de l’Europe

 

  • Transformer le monde en un campus global

Voir l’essor des cours en ligne (Mooc, Khan Academy)

 

  • Mobiliser l’énergie de tous les jeunes sans exclusion 

La musique contre l’illetrisme et pour l’expression de tous les enfants, quel que soit leur milieu

L’expérience du trou dans le mur en Inde : ou comment TOUS les enfants apprennent par eux-mêmes quand on leur en donne les moyens 

 

  • L’éducation à la non violence

9 principes pour apprendre à communiquer sans violence à l’école et à la maison

Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur (par Edgar Morin)

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Apprendre sans l’école ?

 Apprendre sans l’école, déjà une réalité !

André Stern : jouer et apprendre sont synonymes

André Stern n’a jamais été scolarisé et raconte son expérience de « grand enfant de 43 ans qui n’a jamais cessé de jouer » à travers des livres et des conférences. Il estime que les enfants sont tous nés avec 2 dispositions naturelles dont la nature les a dotés pour apprendre.

1. Le jeu

Il n’existe pas de dispositif plus adapté pour l’apprentissage que le jeu.

Il n’y a rien de mieux pour apprendre que le jeu. – André Stern

2. L’enthousiasme

Le cerveau se développe là où on l’utilise avec enthousiasme. Le cerveau est capable de produire son propre engrais. Or les enfants sont des sources inépuisables d’enthousiasme. A chaque fois qu’on s’enthousiasme pour quelque chose, des transmetteurs neuroplastiques se déversent et agissent comme un engrais pour le cerveau. Ils ne se déversent que lorsque les centres émotionnels sont activés dans le cerveau, lorsque quelque chose nous prend aux tripes, lorsque quelque chose est vraiment important pour nous.

A chaque fois qu’on s’enthousiasme, et quel que soit notre âge, un arrosoir déverse dans le cerveau un engrais qui fait grandir les connexions neuronales.

L’enthousiasme est nécessaire pour qu’il y ait des changements dans le cerveau. Mais on ne peut pas l’avoir sur ordonnance. Il faut que les gens soient émus, touchés dans leur cœur, « empoignés au cœur ». – Prof. Dr. Gerald Hüther

 

Jean-Pierre Lepri : la fin de l’éducation

la fin de l'éducationJean-Pierre Lepri est un ancien enseignant français très critique vis-à-vis du système éducatif : pour  lui, les êtres humains n’ont pas besoin d’éducation car le seul fait que quelqu’un décide pour un autre pose problème. Il estime que l’éducation n’est pas autre chose que préparer systématiquement les nouvelles générations à une relation dominant-soumis.

Pour lui, l’école a tellement imprégnée la société et nos mentalités que nous avons du mal à admettre qu’apprendre est distinct d’enseigner et n’a pas de relation directe avec éduquer/ enseigner/ former. L’alternative à l’éducation, c’est l’apprendre. Apprendre est centré sur l’apprenant. On apprend bien des choses qui ne nous ont pas été enseignées. C’est parce qu’il est privé de son apprendre naturel (par l’éducation) que l’être humain croit qu’il a besoin d’éducation pour apprendre.

Jean-Pierre Lepri apporte des réflexions issues de l’expérience d’apprendre :

  • apprendre est un acte distinct de celui d’enseigner
  • apprendre est indépendant de l’enseignement
  • j’apprends ce qui a du sens pour moi
  • les résultats de l’enseignement sont souvent ou insignifiants ou nuisibles car l’enseignement peut être un obstacle à l’apprendre
  • apprendre est un instinct, permanent, lié à la vie même
  • apprendre est inévitable et gratuit
  • apprendre est illimité
  • apprendre, c’est incorporer (je ne fais qu’un avec mon savoir)
  • j’apprends seul, mais des autres et du monde
  • apprendre, c’est faire mal ce que je ne sais pas encore faire
  • apprendre est invisible
  • j’apprends lorsque ce que j’apprends entre dans ma zone prochaine de développement
  • la conscience (même diffuse) que j’ai quelque chose à apprendre est la clé de mon apprendre
  • apprendre, c’est voir ce qui était déjà là et que je ne voyais pas encore

Pour Jean-Pierre Lepri, l’éducation ne fait rien en propre. Ce qui est déterminant n’est ni la nature de l’éducation, ni l’absence d’éducation mais le milieu qui m’entoure. Ce qui joue n’est pas tant telle ou telle éducation mais quel milieu accueille l’apprenant, le nouvel arrivant. Car nous apprenons par imitation (par le jeu des neurones miroirs principalement) et donc par l’observation de ce que nous allons imiter

Ainsi, la société pourrait se passer d’éducation : les nouveaux arrivants continueraient à s’y intégrer et à acquérir ce qui leur permet de survivre dans cette culture propre.

 

John Holt : les apprentissages autonomes sans école obligatoire

John Holt affirme que les enfants s’instruisent eux-mêmes sans enseignement.

On peut facilement observer que les enfants sont passionnément désireux de comprendre le plus possible le monde qui les entoure, qu’ils sont très doués pour cela et qu’ils le font à la manière de scientifiques, en créant de la connaissance à partir de l’expérience. Les enfants observent, s’interrogent, découvrent, élaborent et ensuite ils testent les réponses aux questions qu’ils se posent. Quand on ne les empêche pas de faire toutes ces choses, ils continuent à les faire et ils deviennent de plus en plus compétents. – John Holt

apprentissages autonomes holt
Dans son livre Les apprentissages autonomes, il écrit : Que fait-on quand on est en train d’apprendre, quand on crée de l’apprentissage ? Eh bien, on observe, on regarde, on écoute. On touche, goûte, sent, manipule et parfois on mesure et calcule. Et on s’interroge, on se dit : “Pourquoi cela ?” ou “Pourquoi est-ce comme ça ?” ou “Est-ce que cette chose produit cet effet ?” ou “Qu’est-ce qui fait que cette chose arrive ?” ou “Est-ce qu’on peut la faire arriver différemment ou mieux ?”; ou encore “Est-ce qu’on peut faire disparaître la larve de hanneton des plants de salade ?” ou “Peut-on produire plus de fruits ?” ou “Peut-on réparer la machine à laver ?” ou que sais-je. Et nous inventons des théories, ce que les scientifiques nomment des hypothèses; nous avons des intuitions, nous nous disons : “Peut-être est-ce dû à ceci” ou “est-ce que cela ne pourrait pas être à cause de cela ?” ou “Peut-être que si je fais ceci, cela va se produire.” Et ensuite nous testons ces théories ou ces hypothèses.

Nous pouvons les tester simplement en posant des questions à des personnes dont nous pensons  qu’elles en savent plus que nous, ou nous pouvons les tester par une observation plus approfondie. Nous pouvons nous dire : “Je ne sais pas trop ce qu’est cette chose, mais peut-être que si je la regarde encore je vais trouver.” Ou bien peut-être allons nous planifier des expériences : ” Je vais essayer de mettre ça sur les plants de salade et voir ce que ça fait sur les larves de hanneton” ou “Je vais essayer autre chose”. Et, à partir de tout cela, de différentes manières, nous découvrons que notre intuition n’était pas si bonne, ou au contraire, qu’elle était excellente, et nous continuons, nous observons encore, nous spéculons encore. Nous posons plus de questions, nous élaborons plus de théories et nous les testons.

Ce processus crée de l’apprentissage et nous le faisons tous. […] Et c’est exactement ce que font les enfants. Ils travaillent d’arrache pied à ce processus à chaque instant de la journée. Quand ils ne sont pas en train de manger ou de dormir (et encore), ils créent du savoir. Ils observent, pensent, spéculent, théorisent, testent et expérimente en permanence et ils sont bien meilleurs que nous, adultes, à ces tâches. L’idée même que nous pourrions enseigner à des enfants comment apprendre a fini par m’apparaître totalement absurde.

Or l’un des principaux problème de l’école est qu’on demande souvent aux enfants de répéter comme quelque chose de logique quelque chose qui ne leur semble pas du tout (ou pas encore) logique. Ils finissent par accepter comme une vérité tout ce que l’autorité dit et ils n’essaient plus de tester ou de vérifier. Après plusieurs années sur les bancs de l’école, ils oublient même comment tester.

John Holt a consacré beaucoup de son temps à proposer des alternatives à l’école (plutôt que des écoles alternatives). Dans son ouvrage Apprendre sans l’école, il cite plusieurs de ces alternatives :

  • l’instruction en famille (unschooling ou apprentissage autonome sans enseignement)
  • la fin de l’instruction obligatoire : des écoles fréquentées par choix, des professeurs choisis par des apprenants volontaires
  • les réseaux d’échange de savoirs
  • les médiathèques
  • la presse
  • les vidéos ou tutoriels sur Internet
  • la méthode Suzuki pour la musique
  • se filmer, s’enregistrer, se regarder dans un miroir pour la pratique d’un sport ou de la musique (pour avoir un feedback et s’auto corriger)
  • contacter des personnes ressources
  • des instruments de musique en prêt dans les ludothèques ou médiathèques…

apprendre sans l'écolePour autant, le rôle des adultes est prépondérant : ils doivent être attentifs et suffisamment présents pour mettre à disposition des ressources qui pourront aider les enfants, tout en restant vigilants à ne pas chercher à faire aller les enfants là où ils n’ont pas le projet d’aller.

John Holt distingue le P-rofesseur du p-rofesseur. Un P-rofesseur croit (et arrive à convaincre ses élèves) que tout ce qu’ils apprennent doit être enseigné. Un p-rofesseur est un guide : il soutient l’apprenant en étant présent, en posant des questions, en disant à l’enfant qu’il est sur le bon chemin quand c’est le cas, en répondant aux questions qui lui sont posées. Le p-rofesseur augmente progressivement la difficulté des exercices, donne des feedbacks, encourage l’apprenant à s’auto corriger et à développer ses propres critères de réussite. La tâche primordiale de tout p-rofesseur est d’aider l’apprenant à ne plus dépendre de lui, de lui apprendre à être son propre professeur.

Le vrai professeur doit toujours être en train de travailler à sa mise au chômage. – John Holt

 

Léandre Bergeron : l’instruction en famille et l’art de ne pas enseigner

comme des invitées de marqueLéandre Bergeron était enseignant et a fait le choix de vivre des produits de sa ferme dans la campagne canadienne. Il raconte dans son livre les motivations de ses choix et décrit l’enfance de ses 3 filles non scolarisées (aujourd’hui trentenaires). On y apprend que ses filles sont nées à la maison, que lui-même et sa femme ne les ont jamais laissées pleurer, qu’ils n’ont jamais cherché à les « enseigner » ou à les « éduquer ».

Voici son approche de l’apprendre :

J’ai toujours envisagé toute question de leur part comme d’une importance capitale pour elles et qui, de ce fait, méritait toute mon attention. Si je ne pouvais pas répondre à l’instant, je m’assurais de le faire à leur convenance plus tard. Mais, surtout ne pas étirer la réponse, pêché capital des enseignants et des parents scolarisés bien attentionnés. Savoir s’arrêter quand l’intérêt de l’enfant n’y est plus. Et ça se voir facilement dans le regard de l’enfant qui quitte le vôtre.

Apprendre à ne pas enseigner, c’est-à-dire à ne pas transmettre des connaissances à tout prix, à ne pas forcer la dose, à ne pas être obsédé par l’accumulation de connaissance chez notre enfant comme s’il devait subir un examen dans l’heure qui suit.

Il n’y avait rien à faire qu’à les laisser jouer à leur guise, tant qu’elles voulaient, pour qu’elles apprennent ce qu’elles avaient besoin de savoir à leur âge. Pourquoi est-ce qu’elles devraient savoir lire et écrire avant d’avoir besoin de lire et écrire ? Pourquoi faire du plaisir d’apprendre une torture en l’imposant prématurément ?

Quel besoin mes filles avaient-elles de lire à sept, huit ou dix ans ? Aucun. Quel besoin avaient-elles de compter, additionner, soustraire ? Aucun. Jusqu’à ce que dans leurs jeux à elles, elles sentent un manque et cherchent à le combler.

Moi, je ne suis qu’un assistant disponible.

L’important, ce n’est peut-être pas d’arriver au but que l’on peut se fixer mais le processus dans lequel on s’engage.

Pas d’obligation, pas de stress, pas de tests, pas de tension, pas d’autorité. Le seul désir d’apprendre les pousse à faire accorder les adjectifs avec les noms, les participes passés avec le sujet s’ils sont conjugués avec « être ».

Comment oser dire que les enfants qui ne fréquentent pas l’école ne vont pas développer leur sociabilité ? C’est tout le contraire que je contaste. Car la socialisation forcée des écoles ressemble à la socialisation des prisons plutôt qu’à l’épanouissement des relations humaines chaleureuses.7

Un enfant qui doit faire une tâche pour « apprendre à travailler » n’apprend rien de plus que l’obéissance.

Un être soumis est une bombe à retardement.

Ce qui m’amène à parler de la facilité avec laquelle les enfants s’intègrent à la vie active des adultes quand ils en ont la chance. On dirait même que c’est naturellement ce qu’ils veulent faire alors que l’école s’entête à l’interdire systématiquement.

 

Peter Gray : l’importance du jeu libre

free to learn peter grayPeter Gray est un psychologue américain, qui s’est spécialisé dans l’étude du jeu chez les enfants. Il est l’auteur du livre Free to Learn dans lequel il expose sa théorie : quand on laisse les enfants poursuivre leurs propres intérêts à travers le jeu, ils apprendront non seulement tout ce dont ils ont besoin pour mener la vie qui leur correspond mais ils le feront également avec énergie et passion, contribuant à leur bonheur. 

Les enfants viennent au monde désireux d’apprendre et équipés avec les meilleurs outils pour parvenir à cette fin : la curiosité, le jeu et la sociabilité.

Les enfants sont biologiquement programmés pour s’éduquer eux-mêmes et apprennent naturellement de manière joyeuse, à travers le jeu, le questionnement et l’exploration.

Si on fournit aux enfants les conditions pour qu’ils s’éduquent eux mêmes, on peut se passer des écoles telles qu’on les connaît aujourd’hui. Peter Gray regrette que nous enlevions aux enfants toutes les choses dont ils ont besoin pour s’épanouir en cherchant à les faire rentrer dans un moule, dans un système qui a montré ses trop nombreuses limites.

Est-ce qu’on force les enfants à respirer ? Pourquoi alors forcerait-on les enfants à apprendre alors qu’on sait qu’ils le font naturellement ?

Pourquoi les enfants devraient-ils tous apprendre la même chose, au même moment, au même âge et de la même manière alors que chaque vie est unique et organique (le contraire même de linéaire…) ?

Il propose de passer à une éducation sans coercition, non standardisée, plus conforme à la vie, c’est-à-dire qui prenne en compte l’imprévu, la richesse de la diversité des opinions, des intérêts, des passions, des talents, qui reconnaisse la valeur et le potentiel de chaque enfant.

Les enfants sont conçus pour apprendre dans la joie et de manière auto dirigée. C’est cruel de les priver de ces mécanismes naturels et parfaitement adaptés, au risque de créer des dysfonctionnements que nous corrigerons avec encore plus de souffrance et/ou d’inefficacité.

Pour Peter Gray, les écoles démocratiques sur le modèle de Sudbury School remplissent les 6 conditions qu’il estime essentielles à l’éducation des enfants. Pour autant, peut-on encore parler d’école ou faut-il revoir la définition que nous donnons à ce mot ?

conditions de l'apprentissage

 

Des exemples de l’acquisition de compétences dans un cadre auto dirigé, tel que préconisé par Peter Gray (sur le blog de l’Ecole Autonome, une école de type Sudbury en Belgique) :

 

Ivan Illich : le projet d’une société sans école

une société sans écolePour Ivan Illich, l’école est l’agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est et que seule la scolarité est capable de préparer à l’entrée dans la société.

Il en résulte que ce qui n’est pas enseigné à l’école n’a aucune valeur et, du même coup, ce que l’on apprend en dehors d’elle (et non sanctionné par des diplômes) ne vaut pas la peine d’être connu.

L’enseignement fondé sur des programmes en vue de l’obtention d’un diplôme est nocif pour Ivan Illich. Il appelle à une révolution éducative fondée sur :

  • le libre accès aux choses (en abolissant le contrôle que des personnes privées et des institutions exercent sur leur valeur éducative)
  • le libre partage des compétences (en garantissant le droit d’enseigner ou de démontrer ces compétences à la demande)
  • la facilitation et l’encouragement du droit à tenir des réunions par des personnes individuelles (pouvoir de plus en plus détenu par des institutions qui prétendent parler au nom du peuple)
  • la libération des individus de l’obligation de modeler leurs espérances conformément aux services que peuvent leur offrir les professions établies (en leur permettant de disposer de l’aide de leurs pairs, de profiter de leur expérience et de se confier à l’enseignant, au guide, au conseiller, au guérisseur de leurs choix).

Au delà d’une abolition de l’école obligatoire, Ivan Illich prône une déscolarisation de la société toute entière : il estime que non seulement l’éducation mais aussi la réalité sociale se sont scolarisées. On en vient à considérer aussi irresponsables les personnes qui se soignent seules que les personnes qui acquièrent seules leur instruction. La scolarisation de la société nous conduit à penser que seules les institutions étatiques peuvent entreprendre un traitement de qualité (soit fourni directement par l’État, soit validé et contrôlé par lui). Par conséquent, tout accomplissement personnel en marge des institutions est matière à suspicion. Le seul but qu’il faudrait poursuivre est d’assurer à tous des possibilités éducatives égales : le droit à l’éducation ne devrait pas être confondu avec l’obligation de scolarité.

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Ainsi, on le voit, apprendre ne se résume pas à aller à l’école. Apprendre, c’est vivre et vivre, c’est apprendre. Bernard Collot affirme même qu’un jour, nous balayerons le mot apprentissage de notre vocabulaire !

Les questions sur l’apprendre deviennent alors philosophiques :

  • quelqu’un a-t-il le droit de décider de ce que je dois apprendre (c’est le cas à l’école obligatoire) et quand je dois l’apprendre ?
  • peut-on obliger quelqu’un à apprendre quelque chose qu’il ne veut ou ne peut pas apprendre ?
  • quelqu’un a-t-il le droit de hiérarchiser les savoirs et les contenus des apprentissages ?
  • tous les apprentissages se valent-ils ?
  • y a-t-il des apprentissages indispensables à la vie en société ? est-ce que ce caractère indispensable donne le droit d’en imposer la maîtrise à un âge précis ?
  • peut-on envisager une société où chacun apprendrait ce qu’il veut, abandonnant l’idée même de programmes scolaires (c’est le modèle des écoles démocratiques ou Sudbury) ?
  • est-on toujours dans une société qui prône l’égalité et la liberté quand une partie de sa population (les enfants de 6 à 16 ans en France) sont soumis à des programmes d’apprentissages obligatoires et à une hiérarchie des filières, des diplômes ?
  • l’école obligatoire est-elle une chance, un mal nécessaire ou peut-on envisager une société sans école ?
  • un trouble de l’apprentissage n’est-il pas plutôt un trouble de l’apprentissage à l’école, voire un trouble de l’enseignement ?
  • est-ce que l’enseignement peut empêcher d’apprendre ?
  • les troubles de l’apprentissage demeureront-ils toujours des troubles dans le cadre d’apprentissages autonomes et informels ou deviendraient-ils invisibles ?
  • faut-il souffrir pour apprendre ?
  • quelle est la meilleure manière d’évaluer un système d’enseignement : le niveau de compétences des enfants et/ou le niveau de bonheur ?

Mon propos est d’éveiller des questionnements, je suis moi-même en cheminement sur ces questions-là. Par exemple, j’ai besoin de me savoir entre les mains d’un chirurgien dont les compétences ont été validées par un doctorat avant d’être opérée.

Je ne prétends pas à l’exhaustivité du sujet et je n’ai pas de réponses claires et tranchées à proposer, chacun cheminant à son rythme sur ces questions en fonction de son niveau de conscience et de sa volonté.

En revanche, les quelques éléments que j’ai mentionnés peuvent apporter un éclairage sur les raisons qui conduisent à la multiplication des écoles alternatives, à la croissance du nombre d’enfants instruits en famille ou encore à la mode du “hacking de l’éducation”.

Pour aller plus loin : Les apprentissages autonomes et Apprendre sans école de John Holt (éditions L’instant présent)

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Enseignants efficaces (Thomas Gordon) : enseigner et résoudre les conflits avec bienveillance

Enseignants efficaces (Thomas Gordon) : enseigner et résoudre les conflits avec bienveillance

Présentation

enseignants-efficaces-gordonL’auteur Thomas Gordon expose ici sa célèbre méthode fondée sur une relation satisfaisante entre l’enseignant et ses élèves. Il montre comment l’enseignant peut éviter les messages dévalorisants, obtenir la coopération de chacun, surmonter les pièges de l’autoritarisme et de la permissivité, et prendre des décisions qui respectent les besoins de tous.

Les sempiternels conflits de discipline se résolvent ici par la philosophie, sans perdants.
On trouve dans ce livre plusieurs exemples de cas vécus par des enseignants ainsi que des descriptions et des explications détaillées concernant les attitudes à privilégier.

De la maternelle à l’université, des milliers d’éducateurs appliquent les principes de Gordon. Ils en retirent plusieurs bénéfices, dont une diminution du stress et une plus grande satisfaction à enseigner.

Nommé pour le prix Nobel de la paix en 1997, 1998 et 1999.

 

J’ai aimé

La démarche est non culpabilisante, ne juge ni les enseignants ni les élèves mais propose plutôt des solutions concrètes, testées et éprouvées sur le terrain.

enseignants efficaces

Enseignants efficaces est un ouvrage très riche, ainsi bien en théorie qu’en pratique, et aborde de nombreux points auxquels les enseignants sont confrontés au quotidien : conflits, manquements aux règles, travail…

 

Gordon propose une démarche en plusieurs étapes :

  • définir à qui appartient le problème (est-ce que l’enseignant a un problème ? est-ce que l’élève a un problème ? est-ce que le problème est dans la relation enseignant/ élève ?)
  • des réponses sont apportées en fonction :
    • si le problème appartient à l’élève, une réponse efficace et adaptée passe par l’écoute active et empathique
    • si le problème appartient à l’enseignant, les messages-je (sans critiquer, juger, culpabiliser ou menacer) seront plus adaptés et éviteront la colère
    • si le problème émerge dans la relation, une résolution de conflit gagnant-gagnant sera plus efficace pour que les besoins des uns et des autres soient satisfaits

livre enseigner bienveillance

Les enseignants comme les élèves sont présentés sous un angle positif, avec chacun leurs émotions, leurs besoins et leurs limites :

  • une démonstration des mythes qui définissent l’enseignant idéal et qui diminuent à la fois leur efficacité et leur capacité d’empathie pour les élèves,
  • un exposé sur les réactions négatives des enfants et adolescents face à la méthode autoritaire,
  • les obstacles à la communication.

relation enseignants élèves

Gordon accorde une grande importance à l’influence de l’environnement et des circonstances. Il propose des pistes pratiques pour (ré)aménager une classe/ une école afin de diminuer les conflits et les tensions (entre enseignants, entre élèves, entre élèves et enseignants). En modifiant le milieu physique et l’ambiance de la classe, les enseignants peuvent assez facilement limiter un certain nombres des comportements inacceptables.

 

Les nombreux exemples et cas concrets issus de son expérience montrent à quel point sa méthode est applicable et efficace. Les enseignants y trouveront des clés pour des situations auxquelles ils sont confrontés dans leur pratique quotidienne. On peut y lire des dizaines de dialogues relatés entre enseignants et élèves pour illustrer les démarches proposées par Gordon, des exemples d’application de la résolution de conflits gagnant-gagnant y sont proposés.

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Gordon donne également des pistes pour aborder les réunions avec les parents ou les collègues, toujours basées sur une écoute des émotions et des besoins (les siennes propres et celles des interlocuteurs).

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Enseignants efficaces : un ouvrage pour tous les enseignants, de la maternelle aux études supérieures.

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Enseignants efficaces de Thomas Gordon (Les Editions de l’Homme) est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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rituels-bienveillants-en-classe

6 rituels pour créer un environnement sécurisant et bienveillant en classe (par un enseignant)

6 rituels pour créer un environnement sécurisant et bienveillant en classe (par un enseignant)

Bob Cantin, enseignant québécois au secondaire, présente six rituels qu’il utilise dans sa classe pour créer un environnement sécurisant, bienveillant, stimulant et valorisant, propice aux apprentissages et à une bonne cohésion de groupe.

1.Un accueil personnalisé et spécial

Chaque enfant est accueilli avec un petit mot et un signe de reconnaissance pour qu’il se sente “spécial”, reconnu et bienvenu.

2. Des consignes positives

Les consignes données en classe évitent la négation : “marche” (plutôt que “ne cours pas”), “chuchote” (plutôt que “ne crie pas”…)

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3.La communication non verbale

Des signes non verbaux sont efficaces pour passer des messages et créer un lien, une connexion (par exemple, un “check”, une tape dans le dos…).

Certains enfants peuvent ne pas être à l’aise avec le fait d’être touchés : ceci est à respecter. On pourrait même demander à l’enfant avant de le toucher : “serais-tu d’accord pour que je… ?”. On peut très bien envisager des signes non verbaux qui ne passent pas par le toucher (pouce en l’air, clin d’oeil, sourire…).

4.L’accompagnement dans le cheminement vers la réponse

Quand un jeune ne sait pas répondre à une question, plutôt que demander la réponse à un autre élève ou de la lui donner, accueillir toutes ses réponses et l’accompagner dans son cheminement avec des questions ouvertes (comment… ? où… ? qui… ?) et une foi dans sa capacité à trouver la réponse (“tu vas y arriver”).

5.Les choix

Proposer des choix aux élèves : “est-ce que tu préfères poursuivre ou recommencer ?”

6.Le coffre à outils

Bob Cantin conseille de faire davantage ce qui fonctionne : qu’est-ce qui contribue à créer un cadre sécurisant ? bienveillant ? à ramener le calme ? l’intérêt ? On pourrait faire une liste de ces moments (ex : lire une histoire, proposer une séance de pleine conscience, colorier un mandala…) et se doter d’une boîte à outils des bonnes pratiques.

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Pour aller plus loin : Des conseils pour instaurer un cadre valorisant en classe par 4 professeurs des écoles

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3 caractéristiques de l’intelligence humaine pour guider la refondation de l’école

3 caractéristiques de l’intelligence humaine pour guider la refondation de l’école

Nous sommes sûrs de 3 choses à propos de l’intelligence humaine :

1. La diversité

Comment sommes-nous intelligents ? est la vraie question à se poser et à poser aux enfants. Et non pas, quel est votre niveau d’intelligence ?

L’intelligence logico-mathématiques n’est qu’une forme d’intelligence, de même que la capacité à produire des dissertations. Ken Robinson écrit dans son livre L’Elément :

Si l’intelligence verbale et l’intelligence mathématiques étaient les seules à exister, la danse classique n’aurait jamais été inventée.


Chacun d’entre nous appréhende, capte et réfléchit le monde de différentes manières.

Ainsi, les danseurs expriment des idées par la danse et recourent dans ce but à de multiples formes d’intelligence  : corporelle, rythmique, musicale et même mathématiques pour répartir leurs mouvements afin d’occuper tout l’espace, pour calculer des vitesses de rotation ou les angles de certains mouvements (si je me penche trop, je tombe, quel est le degré idéal ?).

 

2. Le dynamisme

C’est en établissant de nouvelles relations entre les choses que surviennent les véritables découvertes. Faire une analogie, c’est percevoir le même au delà des différences , c’est mettre mentalement en relation deux situations fondées sur des ressemblances perçues entre elles (Sander/Hofstadter).

La révélation survient par le biais de l’analogie, en observant comment les choses se relient et non en quoi elles se distinguent.

Le moment où tout s’éclaire survient lorsqu’on découvre de nouvelles relations entre les événements, les idées et les situations. – Ken Robinson

 

3. La spécificité

Les manières dont nous ressentons le monde nous sont propres. Chaque personne possède un profil constitué d’une certaine combinaison d’intelligences dominantes et latentes unique au monde.

 

3 points à réformer dans l’enseignement en s’appuyant sur cette vision de l’intelligence

Reconnaître ces 3  caractéristiques de l’intelligence humaine peut guider la refondation de l’école pour se rapprocher de la manière dont fonctionne l’intelligence humaine et permettre une meilleure éclosion des potentiels.

1. Supprimer la hiérarchie actuelle des matières

Estimer que les élèves les plus intelligents sont les plus doués en maths va à l’encontre du principe de diversité.

Les arts, les sciences, les lettres, l’éducation physique, les langues et les mathématiques contribuent tous à part égale à l’éducation d’un enfant. – Ken Robinson

Lire aussi : Quand on confond apprendre et matières académiques traditionnelles

 

2. Redéfinir la notion de matières

Toutes les matières enseignées ont des points communs. Le fait de cloisonner les matières et de ne pas jouer sur les liens qui existent entre elles est contraire au principe de dynamisme de l’intelligence.

En facilitant les analogies d’une matière à une autre, on facilitera aussi les catégories mentales, les classements, l’imagination, les inventions et l’adaptation aux nouvelles situations.

 

3. Personnaliser l’enseignement

En éducation, on ne peut faire que du sur mesure. – Charlotte Mason

L’intelligence étant spécifique, tout apprentissage est un processus individuel. Le système éducatif gagnerait donc à prendre encore plus en compte les styles d’apprentissage et les talents de chacun et à encourager les passions de chaque enfant, quelle qu’elle soit.

Ken Robinson propose d’observer comment sont évalués les grands restaurants par le guide Michelin : ce dernier établit des critères d’excellence sans imposer la manière de les atteindre. Ken Robinson y voit un sacré avantage : tous les établissements mentionnés par le guide Michelin sont excellents mais chacun est unique. Le seul bémol qu’il passe sous silence est la compétition et la pression que les restaurateurs se mettent afin de satisfaire aux exigences du guide. Donc oui sur le principe de la liberté d’agir mais non sur celui de la compétition à outrance.

L'avenir de l'enseignement consiste à cultiver des talents de toutes sortes - Ken Robinson

 

En tant qu’être humain, le plus sûr moyen de nous épanouir à titre individuel consiste à trouver et à nourrir nos aptitudes naturelles et nos passions personnelles. Nous avons donc besoin de conditions propices à leur développement à l’école mais aussi plus tard dans la société, dans les entreprises et dans nos vies personnelles.

Pour aller plus loin, je vous propose de poursuivre avec cet article : Comment aider les enfants à trouver leur Élément : la meilleure façon de les motiver et d’assurer leur réussite

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Source : L’Elément : quand trouver sa voie peut tout changer ! de Ken Robinson (éditions PlayBac).

Commander L’Élément : Quand trouver sa voie peut tout changer ! sur Amazon.

concilier enseignement et bienveillance

Enseignement et bienveillance : comment les concilier ?

Posture, état d’esprit et pédagogie pour concilier enseignement et bienveillance

Chez Carl Rogers : liberté pour apprendre

Dans son livre Liberté pour apprendre, Carl Rogers estime que 3 qualités sont indispensables aux enseignants :

  • L’authenticité

L’authenticité est réelle quand le facilitateur exprime ses sentiments en les prenant en charge, sans accuser autrui, ni chercher à punir ou à culpabiliser. L’enseignant a le droit et la possibilité d’être enthousiaste ou ennuyé, d’être intéressé par ses élèves ou d’être fâché, de manifester sa sympathie ou encore son désaccord, de dire quand ses propres limites sont dépassées ou ses besoins non respectés.

 

  • La considération positive (acceptation de l’autre tel qu’il est et confiance en lui)

Carl Rogers l’appelle aussi acceptation ou confiance. C’est une confiance de base : la foi dans l’autre qui est fondamentalement digne de confiance.

Cette qualité se traduit par un respect, un souci que l’enseignant éprouve pour tous ses élèves. Il s’agit de faire en sorte que chaque élève se sente important, mûr, capable de faire des choses par lui-même, qu’il a le droit d’avoir ses propres sentiments et besoins.

 

  • L’empathie

Les élèves apprécient le fait d’être simplement compris, sans être évalués ou jugés, à partir de leur point de vue.

Plus de détails dans cet article : 3 qualités fondamentales pour faciliter l’apprentissage

 

Chez Maria Montessori : la liberté de l’enfant et l’intérêt collectif

Pour Maria Montessori, l’éducateur/trice apporte plus son aide aux enfants que son autorité. Il/elle apprendra de l’enfant à se perfectionner comme éducateur/trice.

Son rôle principal est de préparer l’environnement pour permettre le libre développement de l’enfant. Il/elle est à la fois un observateur humble et un préparateur de laboratoire.

Maria Montessori écrit que la liberté de l’enfant doit avoir comme limite l’intérêt collectif. L’éducateur/trice doit donc interdire à l’enfant tous gestes grossiers et/ou violents. Un de ses objectifs principaux est de discerner les actes à empêcher de ceux qui sont à observer. C’est avec rigueur mais sans punition que les enseignants doivent empêcher et étouffer peu à peu les gestes indésirables et amener les enfants à discerner clairement le bien du mal (source Pédagogie scientifique, Tome 1).

Selon elle, le but ultime des enseignants est l’émotion de joie sereine et sans borne éprouvée à la simple observation des apprentissages des enfants.

 

Chez Célestin Freinet : la citoyenneté au cœur

Il est possible de caractériser la pédagogie Freinet à partir de 5 piliers :

1. L’expression libre

La permission est donnée à l’enfant de devenir l’auteur de paroles, de dessins, de textes, de gestes, de musiques, de sculptures… dans un espace qui autorise la création et valorise les productions.

 

2. La coopération

La coopération est l’offre faite aux élèves d’apprendre en interagissant avec leurs pairs, d’un côté en tant que récepteur des informations et surtout d’un autre en adoptant la posture enseignante. Cela peut s’organiser par l’intermédiaire d’un tableau des demandes d’aide.

 

3. La participation démocratique à la vie coopérative de la classe

En pédagogie Freinet, la participation démocratique des enfants est un droit.

La classe est un espace d’apprentissages de la citoyenneté. Les élèves sont associés aux décisions collectives, par l’intermédiaire d’institutions instituantes et de responsabilités qui leur sont confiées.

Dans les classes Freinet, les élèves gèrent eux-mêmes leurs relations au sein du groupe-classe. L’autorité n’émane pas des enseignants mais des élèves qui décident par eux-mêmes des sanctions en cas de non respect des règles de vie. Bien sûr, l’enseignant Freinet instaure en début d’année quelques lois fondamentales comme l’interdiction de la violence. Mais les règles de vie collective et les sanctions sont décidées par les enfants au sein d’un conseil réunissant toute la classe.

Ce conseil regroupe tous les élèves + l’enseignant et se réunit en général une fois par semaine. L’ordre du jour est établi selon les questions/ remarques postées par les élèves ou l’enseignant dans la boîte aux lettres prévue à cet effet dans la classe. Un élève en est le président : il distribue la parole via un bâton de parole (seul l’élève qui tient le bâton de parole a le droit de s’exprimer) et reformule les différentes idées. Un autre élève en est le secrétaire : il présente l’ordre du jour, rappelle les décisions prises lors du dernier conseil et note les décisions prises par l’assemblée.

Dans les classes Freinet, les sanctions peuvent prendre la forme de réparations (excuses, restauration d’un objet dégradé…) ou d’une perte de droits (se déplacer seul dans les locaux, faire une photocopie, travailler en autonomie sur l’ordinateur…), ces droits pouvant être regagnés ultérieurement.

Aussi bien les règles que les sanctions peuvent être remaniées et peuvent évoluer en fonction des problèmes qui se posent au fur et à mesure de l’année scolaire.

 

4. Les techniques éducatives

Les outils pédagogiques sont couplés aux valeurs d’éducation ayant déterminé leur création, notamment celles visant le retrait de l’enseignant pour davantage d’engagement des élèves.

 

5. Le tâtonnement expérimental

Le tâtonnement expérimental correspond au processus pour apprendre : faire, et en faisant se tromper, réussir pour progressivement construire des connaissances et développer des compétences basées sur l’interaction avec son milieu.

Source : La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe (sous la direction de Nadine Giauque et Chantal Tièche Christinat)

 

Dans l’école du 3° type et l’école démocratique : vivre la démocratie à l’école

Bernard Collot, initiateur de l’école du 3° type, explique la différence entre un système fermé et un système ouvert.

Dans un système fermé, des enfants en train de faire une dictée qui remarquent un merle posé sur le rebord de la fenêtre savent qu’ils n’ont pas intérêt à bouger, sous peine de punition. Le système pourra même se protéger en couvrant les carreaux des fenêtres dans les salles de classe ou en construisant des écoles avec des fenêtres surélevées.

Dans un système ouvert, les mêmes enfants dans le même cas vont pouvoir se lever, l’enseignant va interrompre sa dictée. Les enfants vont alors faire des observations et des propositions autour de cet événement : installer un poste d’observation avec des jumelles, construire une mangeoire, apporter des graines, rédiger un rapport d’observation, dessiner le merle… autant d’opportunités d’apprentissages (où installer le poste pour avoir la meilleure vue possible sans effrayer les oiseaux ? comment mettre en place un atelier bois pour construire la mangeoire ? quelles graines mettre dedans ? comment corriger le rapport d’observation pour le rendre lisible aux correspondants ?…). un système ouvert s’auto organise et se complexifie pour s’adapter.

Dans une école du 3° type, les adultes professionnels ont une fonction essentielle : assurer la constitution et le maintien d’une entité vivante. Ils sont d’abord les garants du fonctionnement harmonieux de cette entité. Leur pouvoir est ainsi bien perçu par les enfants ou adolescents qui, au lieu d’avoir à s’y opposer ou à le contester, y ont recours […] les adultes sont alors le plus souvent dans la position d’écoute plutôt que dans celle de se faire écouter. On a constaté que les enseignants avaient beaucoup moins de problèmes d’autorité dans les pédagogies modernes et ils n’en ont plus du tout quand il s’agit d’une école du 3° type. – Bernard Collot (Chroniques d’une école du 3° type)

 

Voir des exemples de gestion des sanctions dans des écoles de type démocratique :

Règles, sanctions, …ou inventer la démocratie ! sur le blog de Bernard Collot

La suspension, sanction suprême ? sur le blog de l’Ecole Dynamique

 

 

Des cas concrets : retour d’expérience d’enseignants bienveillants

Rita Pierson : “les relations humaines, ça compte !”

Rita Pierson était une enseignant américaine qui a milité pour des relations humaines de qualité dans l’enseignement car “les humains, ça compte”. Elle a posté de nombreuses vidéos autour de ce thème en partageant ses bonnes pratiques sur You Tube (en anglais). Dans sa conférence Ted, elle démontre que les enfants n’apprennent rien des personnes qu’elles n’aiment pas et propose des solutions pour que chaque enseignant devienne un “champion”.

les relations humaines dans l'enseignement

Céline Alvarez : neurosciences et bienveillance, deux piliers de l’enseignement

Céline Alvarez est quant à elle une enseignante passée dans l’Éducation Nationale française et qui se consacre désormais à la mise en ligne gratuite de vidéos à destination des enseignants dans laquelle elle propose des activités et principes issus de la pédagogie Montessori et des dernières découvertes en neuropédagogie.

Vous pouvez la retrouver sur le blog qui relate son expérience dans une classe maternelle multi-âge dans une zone prévention violence.

 

Nathalie : la pédagogie du bonheur

Nathalie a décidé d’instaurer « la pédagogie du bonheur » dans sa classe. Convaincue qu’avant d’enseigner des connaissances à un enfant, il est indispensable que celui-ci soit en état de confiance et de bien-être, elle a progressivement modifié ses pratiques et revu complètement l’organisation de sa classe.

 

Caroline Sost : savoir être et éco-citoyenneté

Caroline Sost a fondé la Living School à Paris, une école qui s’articule autour de 2 grands axes : le savoir être et l’éco-citoyenneté.

La lumière est mise non seulement sur l’acquisition des savoirs fondamentaux mais aussi de qualités comme l’empathie, la prise d’initiatives ou la coopération pour une génération de citoyens épanouis, créatifs, conscients des enjeux sociétaux et capables de révéler leur plein potentiel.

 

Joëlle Sam-Caw-Frève : “Les élèves ne sont pas des bocaux à remplir mais des potentiels à révéler.”

Joëlle Sam-Caw-Frève est professeur de mathématiques dans un collège public difficile de La Réunion. Elle partage dans cette vidéo sa vision d’une éducation positive et partage ses outils pour faire entrer la bienveillance à l’école.

 

Mes conseils lecture pour enseigner avec bienveillance

Plusieurs auteurs spécialisés en éducation bienveillante ont dédié des ouvrages à l’enseignement. En voici une sélection :

Parler pour que les enfants apprennent à la maison et à l’école de Faber et Mazlish

Enseigner avec bienveillance : instaurer une entente mutuelle entre élèves et enseignants de Marshall Rosenberg

Enseignants efficaces de Thomas Gordon

Sanctionner sans punir : dire les règles pour vivre ensemble de Elisabeth Maheu

Je crois en toi ! : Pourquoi et comment valoriser les enfants au Souffle d’Or

 

Des liens ressources pour concilier enseignement et bienveillance

Coop’ICEM, site officiel de l’Institut Cooperatif de l’Ecole Moderne (Pedagogie Freinet)

L’Institut Coopératif de l’École Moderne (ICEM-Pédagogie Freinet) est une association créée en 1947 par Célestin Freinet rassemblant autour de lui un certain nombre de pionniers.

Aujourd’hui, agréée par les ministères de l’Éducation nationale et de la jeunesse et de la vie associative, l’ICEM regroupe des enseignants, des formateurs et des éducateurs autour des principes de la pédagogie Freinet.
L’association se donne pour objectifs la recherche et l’innovation pédagogiques, la diffusion de la pédagogie Freinet par l’organisation de stages, par la conception, la mise au point et l’expérimentation d’outils pédagogiques pour la classe, de revues documentaires pour les enfants, les jeunes et les enseignants, et l’édition de publications pédagogiques.

 

Le Printemps de l’éducation, mouvement pour un renouveau de l’éducation

Le Printemps de l’éducation a pour ambition de remettre l’enfant au cœur de l’éducation et de contribuer à rendre les enfants heureux. Sa vision se base sur le constat qu’il est grand temps de permettre aux enfants d’apprendre dans la joie, la créativité, l’autonomie, le respect, la coopération, la paix et en lien avec la nature et le vivant, afin qu’ils deviennent citoyens du monde.

Son ambition est notamment de créer un réseau d’acteurs du renouveau éducatif, de rendre visibles et de partager les pratiques pédagogiques innovantes par l’organisation de rencontres et la mise à disposition de services, et de changer les politiques éducatives. Car construire une société plus humaniste, plus écologique, plus solidaire est un impératif qui commence par l’éducation, tant à l’école qu’en dehors de l’école.

 

Réseau Eudec, Communauté Européenne pour l’éducation démocratique

Le réseau Eudec (Communauté Européenne pour l’éducation démocratique) rassemble les personnes, projets de création et écoles en France qui prônent l’apprentissage libre et autonome, au sein de communautés, d’enfants et d’adultes, basées sur le respect mutuel. Sa mission est de promouvoir une approche permettant aux enfants de faire leurs propres choix concernant leurs apprentissages et tous les autres domaines de la vie.

 

Groupe Facebook Bienveillance et Enseignement

Un groupe privé sur Facebook pour tous ceux et celles qui essayent de mettre de la bienveillance dans leur pédagogie, leur enseignement, leurs rapports aux enfants et leur éducation. Des enseignants de tous niveaux partagent leurs idées, leurs pratiques, leurs découvertes et échangent autour de l’enseignement.

 

Ashoka, Tous acteurs de changement

Depuis 5 ans, Ashoka sélectionne et soutient des écoles qui font émerger la prochaine génération d’acteurs de changement : les Changemaker Schools. Elles mettent au coeur de leur approche pédagogique le développement de qualités comme l’empathie, la coopération, la prise d’initiatives, la créativité, pour que les adultes de demain soient des citoyens épanouis, créatifs, entreprenants, conscients des enjeux sociétaux qui les entourent, confiants dans leur capacité à faire bouger les lignes, et capables de révéler leur plein potentiel et celui de ceux qui les entourent.

Ashoka et son programme “Pionniers de l’éducation” met en lumière et en réseau ces écoles qui cherchent à répondre à la question “A quoi sert l’école ?”.

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cadre valorisant en classe

6 conseils pour mettre en place un cadre valorisant en classe

6 conseils pour mettre en place un cadre valorisant en classe

Dans le livre “Je crois en toi”, Ostiane Mathon, ex enseignante et consultante en pédagogie, propose des outils pour instaurer un cadre valorisant en classe.

Valoriser n’est pas tromper, flatter ou être gentil. Il s’agit plutôt de faire transpirer cette intime conviction que chaque enfant porte en lui un trésor et qu’il nous revient de le lui révéler.

 

1. Les trois tamis de la communication

Les trois tamis de la communication sont attribués à Socrate. Passer nos remarques, nos demandes ou nos conseils au travers de ces tamis peut nous aider à adopter un langage valorisant et non violent. Les enfants pourront également adopter ces trois tamis afin d’assurer des échanges constructifs entre eux et avec les adultes.

Ce que je vais dire est-il vrai, bon et utile ?

  • Le tamis de la vérité : est-ce que je suis sûr(e) que ce que j’ai à dire est vrai ? mes remarques s’appuient-elles sur des faits observables, objectifs ? ces faits correspondent-ils à quelque chose qui pourrait être filmé par une caméra ?
  • Le tamis de la bonté : est-ce que ce que je vais dire est bon ?est-ce que mes paroles vont juger la personne ?
  • Le tamis de l’utilité : est-ce que je propose des pistes d’amélioration concrères et réalistes ?

Pour aborder le principe des trois tamis de la communication, j’utilise cette histoire extraite du livre “Histoires pour vivre heureux”.

trois tamis de la communication
Extrait : Histoires pour vivre heureux

2. L’auto-louange

Ostiane Mathon écrit : “‘l’enjeu de l’auto-louange est de célébrer haut et fort, dans un style résolument empathique, poétique et symbolique, ce que chacun porte de merveilleux en lui afin de l’offrir en partage au reste de la communauté, non pas dans l’esprit d’une autopromotion de soi mais dans l’idée de s’envisager comme un trésor de plus offert à l’humanité”.

L’auto louange est une tradition orale venue d’Afrique qui invite à parler de soi de manière vraie en utilisant “je” : c’est l’expression authentique de qui je suis.

auto louanges enfants
Extrait : Je crois en toi – Editions Le Souffle d’Or

3. Le mur des citations inspirantes

Ostiane Mathon parle de “mur des adages” comme espace de pensée et de parole. Elle donne quelques exemples qu’elle a utilisés avec ses classes :

Un homme vraiment sage est celui qui sait jouir de tous les petits bonheurs qu’il rencontre. – Alphonse Karr

Ne dites pas que le problème est difficile. S’il n’était pas difficile, ce ne serait pas un problème. – Marcel Proust

Si tu aimes la vie, elle t’aimera en retour.

J’aime également les citations autour de l’échec ou de la créativité. Je vous en propose quelques unes :

20 phrases pour surmonter la peur de l'échec

créativité citations

On pourrait également envisager de demander aux élèves de rechercher et partager leurs citations préférées. Ces citations pourraient être affichées en classe et peut-être même s’inscrire dans un projet artistique : les mettre en forme et en valeur avant de les exposer.

 

4. Le jeu du veilleur bienfaisant invisible

Au début d’une période déterminée (semaine par exemple), tous les enfants reçoivent une enveloppe mystère différente qui contient le nom d’un autre enfant sur lequel ils sont chargés de veiller. Ce jeu part du principe que tous les enfants sont capables de faire preuve d’altruisme et d’empathie à partir du moment où l’environnement le leur permet.

Le but du jeu est d’être à la fois suffisamment discret dans les bonnes actions, dans les encouragements, dans les sollicitudes pour ne pas être démasqué et suffisamment présent pour être un ange gardien efficace.

Ostiane Mathon conseille de débriefer en fin de période pour connaître le retour des enfants :

  • Selon toi, qui était ton veilleur bienfaisant ?
  • Comment vous y êtes vous pris pour rester invisible ?
  • Qu’avez-vous ressenti au cours de cette période ?

 

5. Les piliers du vivre ensemble

Ostiane Mathon propose de construire collectivement et démocratiquement les 7 sept piliers du vivre ensemble qui définiront les valeurs du groupe.

Ces 7 piliers peuvent prendre la forme de 7 mots clés qui fonderont la charte et le cadre de la vie collective, assurant la protection et l’inclusion de chacun des membres.

Un travail philosophique et artistique pourra être réalisé autour des ces 7 piliers afin de les comprendre, de les intégrer et de les incarner. Ostiane Mathon donne l’exemple d’acrostiches qu’elle a réalisés avec ses classes, exposés sur les murs de l’école :

piliers vivre ensemble
Extrait : Je crois en toi – Editions Le Souffle d’Or

 

 6. La chaise aux mots cadeaux (ou douche chaude)

Un enfant est invité à se retourner ou à s’asseoir sur une chaise au centre de la pièce. C’est “l’enfant cadeau” qui s’assoit sur la “chaise aux mots doux” et qui ferme les yeux.

Le groupe d’enfants est invité à faire le silence et, à un signal gestuel, chaque enfant dépose anonymement un message positif au creux de l’oreille de “l’enfant cadeau”. Les messages positifs peuvent être un mot gentil, une qualité, un encouragement, un remerciement…

Une fois que “l’enfant cadeau” a reçu tous les messages positifs, il est invité à garder tous ces mots doux dans son coeur avant d’ouvrir les yeux.

Ostiane Mathon écrit :

Ces mots-doux offerts dans le plus grand secret présentent le double avantage de faire autant de bien à celui qui les prononce qu’à celui qui les reçoit.

 

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Source : Je crois en toi ! : pourquoi et comment valoriser les enfants (Maria Basque, Karine Le Goaziou, Isabelle de Lisle, Ostiane Mathon)

Un condensé de réflexions bienveillantes, d’idées et d’outils pratiques, proposées par des enseignantes expérimentées. Un ouvrage que je recommande à tous les parents, les enseignants et les éducateurs pour mettre en place un cadre valorisant et bienveillant.
Commander Je crois en toi ! : Pourquoi et comment valoriser les enfants sur Amazon.

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En quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ?

En quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ?

Steeve Masson, chercheur canadien en neuroéducation, propose de répondre dans la vidéo ci-dessous à la question : en quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ?

Cette vidéo dure 1 heure et 15 minutes et je vous en résume les grandes lignes.

Quelles sont les dernières découvertes en neuroéducation les plus pertinentes pour l’enseignement ?

La plasticité du cerveau

Dire que le cerveau est plastique signifie que le fait d’apprendre modifie la structure du cerveau. Il existe un mouvement physique dans le cerveau d’un enfant qui apprend car les connexions entre les neurones sont modifiées. Les connexions synaptiques se modifient de plusieurs manières :

  • en formant de nouvelles synapses (c’est-à-dire des connexions physiques entre différents neurones par l’axone et les dendrites)
  • en renforçant ou affaiblissant certaines synapses existantes (en fonction de la régularité de l’utilisation des connaissances)
  • en supprimant des synapses existantes (c’est l’effet d’élagage)
le neurone neuroséducation
Extrait de la conférence de Steeve Masson – Comprendre le fonctionnement du cerveau pour mieux enseigner

neurones neuroéducation

L’apprentissage est donc un mode dynamique.

 

Architecture et localisation fonctionnelle

L’architecture du cerveau est la manière dont les neurones sont interconnectés pour créer des sortes de “voies de communication” cérébrales. La manière dont le cerveau est structuré influence les apprentissages.

Les neuroscientifiques ont découvert que les neurones qui s’agitent ensemble se connectent ensemble. Si deux neurones sont assez près l’un de l’autre et s’activent de manière simultanée et répétée, ils vont finir par se connecter et de manière forte.

La localisation fonctionnelle est le fait que différentes régions du cerveau sont spécialisées pour différentes fonctions.

Ainsi, mieux connaître l’architecture et la configuration du cerveau, c’est mieux connaître la manière dont un élève apprend et c’est aussi pouvoir l’aider dans ces processus d’apprentissage.

 

Influence de l’enseignant sur le développement du cerveau

Les choix pédagogiques effectués par les enseignants peuvent avoir un impact sur les modifications structurelles du cerveau.

Du fait de la plasticité, le cerveau change au cours de l’apprentissage et l’enseignant peut influencer les effets de l’apprentissage sur l’architecture du cerveau.

Ainsi, Steeve Masson fait référence à une étude qui a démontré que l’apprentissage de la lecture avec une méthode globale n’active pas les mêmes zones du cerveau qu’une approche syllabique. La méthode globale entraîne une activité cérébrale dans l’hémisphère droit alors que l’approche syllabique entraîne une activité dans l’hémisphère gauche. Or il a été démontré que les neurones activés par le processus de lecture experte (et donc automatisée) se trouvent à gauche dans le cerveau. Ainsi, l’approche syllabique semble plus compatible avec le fonctionnement du cerveau.

 

Comment utiliser la neuroplasticité pour enseigner efficacement ?

Le cerveau est comme une forêt

Pour créer de nouvelles connexions dans le cerveau, les axones doivent être prolongées pour aller toucher les dendrites d’un autre neurone. Les protéines sont le matériel de prolongation des axones et c’est grâce au déplacement de protéines à l’intérieur du cerveau que les connexions neuronales changent au cours de l’apprentissage.

neuroplasticité neuroéducation.jpg

Les neurones qui s’activent ensemble suite des réactions biochimiques internes (protéines) finissent par se connecter à la suite des apprentissages mais ce sont les actions répétées qui renforcera leur connexion.

Steeve Masson explique que le cerveau est comme une forêt : si on marche plusieurs fois dans le même sentier, un chemin va progressivement se créer. Dans le cerveau, il y a création de sentiers de communication entre les neurones. Ces sentiers (connexions neuronales) deviennent de plus en plus efficaces et mènent à l’automatisation des processus liés à une certaine tâche et donc à la résolution plus faciles de certains problèmes.

Mai si on ne marche pas pendant un bon bout de temps dans les sentiers créés par la forêt, la végétation reprend sa place. Les réseaux de neurones non utilisés finissent par se déconnecter progressivement.

cerveau comme une forêt

3 recommandations pédagogiques

Steeve Masson en déduit que les enseignants peuvent prendre appui sur les caractéristiques de la neuroplasticité en classe.

  • Favoriser la réactivation neuronale

Les neurones doivent s’activer à de nombreuses reprises pour se connecter et renforcer leur connexion. La répétition est nécessaire, pas seulement au moment de l’apprentissage en question mais tout au long de l’année. Le cerveau oublie vite les éléments appris s’ils ne sont pas remobilisés régulièrement. Si les neurones s’activent à plusieurs reprises, ils peuvent consolider leurs inter-relations et favoriser l’acquisition de l’apprentissage.

Le fait d’évaluer les élèves pourra servir la réactivation neuronale : l’évaluation devient un moyen de consolider et de réactiver, pas un outil de contrôle.

  • Être actif dans les apprentissages

Selon Steeve Masson, les stratégies les plus efficaces d’apprentissage et de révision consiste à poser et répondre à des questions, à placer l’élève en situation d’enseignement et d’interaction (c’est lui qui explique une notion à d’autres élèves qui lui posent des questions en retour).

La manière la plus efficace de récupérer des informations en mémoire serait de se poser des questions à soi-même.

  • Espacer les périodes allouées à un apprentissage

Il serait plus efficace de répartir les temps d’enseignement sur plusieurs courtes périodes réparties elles-mêmes sur plusieurs jours, plutôt que les concentrer sur une demie-journée voire une journée.

Lors des périodes de sommeil, les neurones liés aux apprentissages dans la journée se réactivent. La nécessité d’avoir un temps de sommeil entre deux phases d’un même apprentissage découle du fait que les mêmes réseaux de neurones sont réactivés pendant l’apprentissage et pendant le sommeil qui est à considérer comme une période de consolidation des apprentissages.

Avec l’effet d’espacement, les apprentissages sont plus efficaces pour un même temps alloué mais répartir différemment et les effets d’apprentissage durent plus longtemps.

Il serait alors judicieux d’apprendre aux enfants à espacer les périodes de révisions car le fait de réviser seulement la veille ne respecte pas le fonctionnement du cerveau.

recommandations pédagogiques selon les neurosciences

 

5 neuromythes invalidés par les neurosciences

Steeve Masson explique qu’il existe beaucoup de fausses croyances sur le cerveau qui sont en fait des neuromythes.

neuromythes

1. Les styles d’apprentissage

Les recherche en neurosciences n’ont pas encore réussi à démontrer qu’il existe des styles d’apprentissage propres à chaque individu (auditif, visuel, kinésthésique). Aucun neuroscientifique ne peut affirmer que les apprentissages seront plus profonds et plus durables si un enseignant enseigne exclusivement en fonction du style d’apprentissage.

Il serait alors plus judicieux d’inciter les apprenants à combiner plusieurs manières d’apprendre .

Nous n’avons pas un seul et unique mode d’évocation. En fonction de la tâche que nous effectuons, nous mixons parfois plusieurs modes d’évocation. Les élèves qui réussissent brillamment sont d’ailleurs ceux qui parviennent à “jouer” sur plusieurs gammes d’évocation en fonction de l’objectif.

L’idée essentielle est de pouvoir augmenter la palette de tout ce qui se passe dans la tête. – Pailleau et Akoun

2. Le cerveau gauche et le cerveau droit

Les chercheurs en neurosciences n’ont jamais réussi à démontrer qu’une personne pourrait être “plutôt cerveau gauche ou plutôt cerveau droit”. Une personne n’est jamais totalement logique et analytique OU totalement créative et divergente.

L’ensemble des tâches gérées par le cerveau est effectué de façon bilatérale (par les 2 hémisphères en même temps) et les 2 hémisphères travaillent bien ensemble même s’il existe des asymétries fonctionnelles, c’est-à-dire des aires cérébrales spécialisées dans une tâche précise seulement présentes dans un hémisphère et pas dans l’autre.

3. La Brain Gym

La Brain Gym consiste en des exercices de coordination pour optimiser le développement du cerveau. Selon Steeve Masson, il n’existe pas de données empiriques solides qui démontreraient les effets de ses mouvements sur la reconnexion des deux hémisphères. Les principes à la base de la Brain Gym ont été invalidés par la science.

Pour autant, la Brain Gym reste de l’exercice physique et l’exercice physique est recommandé pour la santé. Les neurosciences sont par ailleurs d’accord avec le fait que l’exercice physique contribue à l’activation de régions cérébrales liées à l’attention et à la concentration.

4. Les élèves utilisent seulement 10% de leur cerveau

L’idée selon laquelle nous n’utilisons que 10% est une légende urbaine. Nous utilisons tous pleinement les capacités de notre cerveau.

Le neurologue Barry Beyerstein en a d’ailleurs apporté la preuve en vérifiant que chaque zone cérébrale était indispensable puisque les lésions qui les touchaient étaient toutes incapacitantes.

Je vous invite à lire cet article dont les lignes ci dessus sont extraites : Non, nous n’utilisons pas que 10% des capacités de notre cerveau

5. Les périodes sensibles sont des périodes critiques

Il existe bel et bien des périodes sensibles qui sont des périodes de la vie particulièrement propices à certains apprentissages. Maria Montessori avait eu l’intuition de ces périodes sensibles il y a plus d’un siècle maintenant.

Dans Les étapes de l’éducation, elle écrit qu’il y a dans les périodes sensibles des possibilités que l’adulte a perdues. La période sensible correspond au moment où l’enfant s’enthousiasme et montre un intérêt supérieur.

En raison de cette notion de périodes sensibles dans la pédagogie Montessori, la liberté dans les activités a une grande importance. La liberté pour l’enfant de choisir son travail lui permet d’explorer au moment opportun pour lui-même ses possibilités.

Par exemple, selon les neurosciences, il existe une période sensible des phonèmes, c’est-à-dire ses sons entendus : les nouveaux nés sont capables de reconnaître et de différencier tous les phonèmes de toutes les langues puis il y a élagage des connexions synaptiques. Plus tard, l’enfant n’est plus capable de différencier certains sons qui ne sont pas propres à sa langue maternelle.

Pour autant, les périodes sensibles ne sont pas des périodes critiques, entendues au sens où il faut absolument stimuler un enfant avant tel âge parce qu’il ne sera plus capable d’apprendre plus tard.

Une fois la période sensible passée, les apprentissages seront plus difficiles mais pas impossibles. Les neuroscientifiques s’accordent d’ailleurs pour dire que l’enthousiasme est de l’engrais pour le cerveau. Une fois la période sensible passée, le meilleur moyen de faciliter un apprentissage est de créer de l’enthousiasme et des émotions positives ! Je vous recommande cette vidéo : L’enthousiasme, de l’engrais pour le cerveau.

Le cerveau se développe comme un muscle là où l’enfant l’utilise avec enthousiasme. – André Stern

 

 

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Pour compléter :

Des recommandations pour la lecture : L’apprentissage de la lecture vue par les neurosciences

Des recommandations pour les sciences : Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner – L’inhibition dans l’apprentissage des sciences et de la logique

 

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