Aider utilement les enfants dans leurs apprentissages (ni trop ni trop peu)

Aider et faire à la place : synonymes ?

Aider utilement les enfants dans leurs apprentissages

On considère qu’il est normal d’aider un enfant, dans le sens de faire à sa place. On a tendance à faire à la place de l’enfant sans même se poser la question (parce que l’enfant est trop petit, trop maladroit, trop lent, trop fragile…).

Or c’est dans la nature de l’enfant de ne pas aimer être aidé. L’enfant aime faire tout seul pour apprendre et se construire. Laisser l’enfant faire tout seul, c’est l’aider dans son processus d’apprentissage par l’expérience : il a l’opportunité d’apprendre à faire, de pratiquer, de se tromper et de recommencer pour se perfectionner.

Une aide utile n’est donc pas synonyme de “faire à la place”. Quand nous faisons quelque chose que notre enfant sait déjà faire à sa place ou quand nous empêchons notre enfant d’apprendre à faire tout seul, nous entravons son développement naturel. Aider utilement l’enfant, c’est le faire seulement quand il est en difficulté, s’il est d’accord pour être aidé et en montrant plutôt qu’en faisant à la place.

Si l’enfant se débrouille seul, aidons-le en le laissant faire tout seul.– Emanuelle Opezzo

Un enfant interrompu est un enfant atteint dans son amour-propre et dans son élan vital. Avec le temps, c’est la confiance en soi, l’estime de soi, mais aussi la volonté, la persévérance et la prise d’initiatives qui seront affectées.

Pour autant, limiter nos interventions ne veut pas dire laisser l’enfant faire tout et n’importe quoi. Quand l’enfant se met en danger, s’excite au point de s’énerver, manque de respect (aux autres, au matériel, aux règles de vie) ou montre de la peur, notre intervention est justifiée.

 

3 (mauvaises) raisons qui nous poussent à faire à la place de l’enfant

  • Nous sommes pressés.

En tant qu’adultes, nous faisons plus vite (et mieux). Et nous voulons que les enfants apprennent vite, que les programmes scolaires soient respectés, qu’ils fassent mieux et plus tôt que les autres.

  • Nous nous focalisons sur le résultat (plutôt que sur le processus).

Nous voulons des choses bien faites (ou mieux faites que ce que l’enfant a lui-même réalisé). C’est alors un perfectionnisme mal placé, la honte ou la peur du jugement d’autrui qui nous pousse à une aide inutile, voire humiliante.

  • Nous avons peur.

Selon le type d’activités, il peut y avoir plusieurs types de peurs :

  • activités motrices et sportives

Avoir peur pour la sécurité des enfants peut être justifié mais on pourra très bien communiquer sur cette peur et rappeler les règles de sécurité plutôt qu’empêcher un enfant d’entreprendre une action. Rien n’empêche de se placer près de l’enfant en parade pour le rattraper.

  • activités cognitives

Nous pouvons avoir peur pour l’avenir de l’enfant et faire le “forcing” pour qu’il comprenne et y arrive par crainte qu’il redouble, qu’il rate ses études… quitte à produire l’effet inverse de ce que nous voulions à la base. La peur peut également porter sur les difficultés de l’enfant : nous le secourons pour qu’il ne se sente pas trop découragé, pour lui éviter des difficultés. Nous pouvons aussi avoir tendance à faire à la place pour éviter qu’il soit dans les derniers de la classe (et là entrent en jeu des émotions de honte du côté de l’enfant mais aussi – et surtout – du côté des parents vis-à-vis du regard des autres parents).

Chez les enseignants, la peur peut être motivée par le besoin de boucler les programmes, de faire bonne impression à la hiérarchie, de répondre aux demandes de certains parents.

 

11 propositions pour aider utilement les enfants

1. Interrogeons-nous non pas sur ce que nous devons faire , mais sur ce que nous devons cesser de faire.

2. Commençons par montrer, avant de demander de coopérer : “D’abord, je te montre, ensuite c’est toi qui fais”.

3. Apprenons-lui que chaque chose a un début, un déroulement et une fin pour l’inciter à entreprendre jusqu’au bout et ne pas abandonner en chemin.

4. Exerçons-nous à limiter nos interventions verbales et physiques.

5. Le langage corporel est un excellent moyen de limiter nos interventions. Un simple regard ou un simple geste peut conforter l’enfant, le soutenir dans son activité (ou le décourager s’il y lit de la désapprobation). Un sourire chaleureux peut alors remplacer toutes les interventions !

6. Observons notre enfant sans parler avant d’intervenir. Peut-être est-il en train de détourner l’usage d’un matériel et va-t-il nous surprendre. On gagnera toujours à ne pas intervenir trop rapidement (sauf en cas de danger bien sûr).

7. S’il nous est trop difficile de nous taire, tâchons de nous limiter à décrire ce que nous voyons, sans chercher à évaluer, juger ou interpréter.

8. Apprenons à notre enfant à demander de l’aide en lui rappelant que nous répondrons toujours à sa demande en cas de besoin.

9. Si nous constatons que notre enfant est en difficulté et qu’il ne demande pas d’aide, nous pouvons lui dire que nous observons ses efforts, lui proposer de lui remontrer comment faire pour qu’il essaye à nouveau.

10. Demander à l’enfant s’il est d’accord pour que nous l’aidions (il a le droit de refuser) et lui décrire ce que nous allons faire.

11. Encourager sans juger

Nous sommes habitués à ponctuer les actions de nos enfants de jugements :

  • positifs (c’est bien, bravo, super, c’est beau….)
  • négatifs (attention, c’est mal, c’est trop, non pas comme ça…)

Plutôt que des des jugements sur les résultats, nous pourrons alors porter notre attention sur :

  • le processus (c’est beaucoup d’efforts et de travail, tu y as mis beaucoup de détermination, tu as essayé tout seul., tu as fait ça et puis ça et ça a marché..)
  • la description de ce que l’enfant a fait (je vois telle et telle couleur/ telle et telle forme…)
  • les sentiments de l’enfant (ça a l’air difficile et tu as toutes les ressources en toi pour y arriver/ avec du temps et de l’entraînement, tu vas réussir/ c’est vrai que ça peut être dur et j’ai confiance en ton intelligence…), ce qu’il pense de son action (tu es content de toi ?/ fier de toi ?/ tu as l’air déçu…)
  • les encouragements en rapport avec un état d’esprit de développement (apprendre, c’est comprendre tes erreurs/ tu peux développer ton intelligence avec des efforts et de l’entraînement)
  • du matériel (fiches auto correctives, dictionnaires en gestion libre…) et des questions qui guident vers l’auto correction (je ne trouve pas le même résultat que toi : comment t’y es-tu pris ? / te rappelles-tu telle règle de grammaire ? comment l’appliquer dans ce texte ?/ tu as remarqué cette erreur grâce à l’auto correction : as-tu compris pourquoi tu t’étais trompé ? comment vas-tu faire la prochaine fois pour ne pas refaire cette erreur ?)

Les commentaires seront plus efficaces une fois que l’enfant a terminé son action afin de ne pas l’interrompre, de ne pas le déconcentrer ni le décourager à cause d’un jugement négatif (“pas la peine que je finisse si c’est moche/ nul/ trop difficile” ou “pas la peine de finir si c’est déjà parfait/ beau/ si ça plait déjà à tout le monde”).

 

Le principal prérequis à ce changement est la confiance dans les capacités des enfants et leur volonté de progresser.

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Source : Appliquer la pensée Montessori chez soi(éditions Poche Marabout). Disponible chez votre libraire, dans votre bibliothèque ou sur Internet.

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