Impuissance apprise ou impuissance enseignée chez les élèves ?

Impuissance apprise ou impuissance enseignée ?

Martin Seligman, psychologue américain, propose dans les années 1970, l’expression « impuissance apprise » pour désigner le découragement engendré par la répétition d’échecs dans une situation donnée malgré les efforts accomplis pour remplir cette tâche. Mais cette impuissance est-elle apprise ou plutôt enseignée ?

Impuissance apprise ou impuissance enseignée

L’impuissance apprise, une perte de sens et de contrôle qui engendre de la souffrance

L’impuissance apprise, c’est ce que l’on ressent quand on pense que, quoi qu’on fasse, cela ne servira à rien. L’impuissance apprise peut concerner les adultes comme les enfants. Lorsque l’élève échoue malgré ses efforts, et que la difficulté responsable de cet échec n’est pas reconnue par l’adulte, l’élève se retrouve dans cette situation « d’impuissance apprise ».

Il n’a plus confiance dans ses capacités à réussir en mobilisant ses efforts, et pire, il perd confiance en la capacité des adultes à repérer ses besoins et à y répondre.

Pour aller plus loin : L’impuissance apprise : quand le découragement entrave la réussite des enfants (et comment le surmonter)

L’impuissance enseignée, une conséquence de l’école comme lieu de captivité ?

Peter Gray, psychologue américain spécialiste de la psychologie de l’enfant, soutient que les écoles ne sont pas seulement des lieux propices à l’impuissance apprise : ce sont des lieux où l’on enseigne l’impuissance. En effet, il reprend les travaux de Cevin Soling, philosophe, et Kathryn Burrows, enseignante, qui comparent l’école à un lieu de captivité.

Soling et Burrows citent des caractéristiques des individus en captivité :

  • Les captifs ne peuvent presque rien faire par eux-mêmes : ils cessent de prendre des initiatives.
  • Les captifs dépendent de leurs surveillants pour subvenir à leurs besoins vitaux.
    • exemples à l’école : le fait d’aller aux toilettes sur autorisation, les emplois du temps empêchent une concentration longue ou à l’inverse obligent à se dépêcher, les programmes imposent un rythme commun à tous les élèves et les professeurs.
  • Les captifs n’ont pas de latitude pour faire face efficacement aux situations de stress.
    • Quand on parle de stress, des stratégies efficaces sont souvent mentionnées : la fuite, l’attaque, l’inhibition, la soumission ou la recherche de soutien affectif. Les élèves ont peu de possibilité de s’enfuir de l’école, de combattre leurs geôliers (personnel éducatif) ou de trouver du réconfort. Les relations chargées affectivement sont mal vues entre élèves et enseignants qui ne sont pas supposées « aimer les élèves ». Les seuls leviers restant à la disposition des élèves en souffrance sont donc l’inhibition et la soumission, terreau fertile à l’impuissance qui apparaît bel et bien enseignée par le système scolaire tel qu’il est conçu.

Dans les écoles, à travers des systèmes de récompenses et de punitions, les autorités répriment activement les tentatives des enfants de prendre des initiatives, d’être créatifs ou de reprendre le contrôle de leur propre vie. Alors que l’autonomie est une valeur positive « dans la nature », elle peut vous attirer des ennuis à l’école. – Peter Gray

Peter Gray propose de redéfinir la scolarité pour surmonter cette contradiction : l’école se veut émancipatrice alors qu’elle limite l’autonomie des élèves et provoquent parfois de l’impuissance enseignée.

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L’éducation autodirigée pour repenser la scolarité obligatoire

Sur le site Self-Directed Education, on peut lire que l’éducation autodirigée est une éducation qui découle des activités choisies par l’apprenant et de ses expériences de vie, que ces activités aient ou non été choisies délibérément dans un but éducatif.

L’éducation autodirigée peut inclure des cours ou des leçons organisés, lorsqu’ils sont librement choisis par l’apprenant. Mais la majeure partie de l’éducation autodirigée est plus informelle et fait partie de la vie quotidienne. Jouer, essayer quelque chose de nouveau, déjeuner avec un ami, lire de la science-fiction dans le métro : il y a de l’apprentissage dans toutes ces activités et, dans l’éducation autodirigée, tant que l’apprenant fait ses propres choix, cet apprentissage bénéficie d’autant de valeur et de place que les activités plus formelles.

Les forces qui poussent les humains à apprendre

Les forces qui nous poussent tous à apprendre sont notamment :

  • la curiosité,
  • l’envie de jouer,
  • la sociabilité.

L’éducation autodirigée conduit nécessairement les individus vers des parcours différents, même si ces parcours peuvent souvent se croiser, puisque les intérêts et les objectifs de chacun dans la vie sont, à certains égards, uniques et, à d’autres, partagés avec d’autres personnes.

La scolarisation obligatoire traditionnelle : coercitive par essence ?

L’éducation autodirigée peut être opposée à la scolarisation coercitive, qui est imposée aux individus, indépendamment de leur désir de la recevoir, et qui repose sur des systèmes de récompenses et de punitions, comme c’est le cas dans les écoles traditionnelles. Les récompenses et punitions visent précisément à contraindre et réprimer (la triche par exemple). Quand on supprime les raisons de tricher, les punitions et récompensent perdent leur utilité.

La scolarisation coercitive vise généralement davantage à favoriser la conformité qu’à développer l’unicité de chacun, et elle fonctionne en réprimant, plutôt qu’en nourrissant, les élans naturels de curiosité, d’envie de jouer et de sociabilité.

L’éducation autodirigée prend diverses formes.

Léducation autodirigée désigne l’approche éducative adoptée par les jeunes et par les personnes qui les accompagnent (leurs parents notamment) lorsqu’ils prennent en charge leur propre éducation. Peut-être que leurs familles les ont inscrits dans des écoles démocratiques qui soutiennent les jeunes dans la poursuite de leurs propres centres d’intérêt et qui n’imposent pas de programme scolaire. Peut-être qu’ils pratiquent l’Instruction en famille (IEF) selon la méthode communément appelée unschooling, dans laquelle les enfants poursuivent leurs propres intérêts plutôt que de suivre un programme imposé. L’éducation autodirigée existe comme une alternative à la scolarisation traditionnelle et constitue parfois même une pratique-refuge pour les jeunes qui se sentent prisonniers de l’école traditionnelle.

Pour aller plus loin : L’école du 3° type : une révolution sans barricade ? (Bernard Collot)

école du troisième type