Les écrans rendent les enfants moins intelligents : un mythe tenace
Les écrans rendent les enfants moins intelligents : un mythe tenace
Les écrans rendent-ils les enfants moins intelligents ? L’intelligence ne s’effondre pas en France. En moyenne, les scores aux tests de raisonnement logique augmentent légèrement ou sont stables sur les dernières décennies. Les effets du numérique sur l’intelligence sont proches de zéro. Si de graves effets délétères du numérique devaient exister, ils seraient déjà apparus de façon nette et massive.
L’idée que les écrans font diminuer l’intelligence s’appuie seulement sur une poignée d’études peu qualitatives, qui montrent des effets faibles et biaisés par les différences d’usage de la télévision en fonction du milieu socioculturel. On peut même trouver de très petits effets positifs du numérique, en particulier des jeux vidéo. Quant au déclin de l’intelligence moyenne en Occident, cité comme une conséquence possible de l’usage croissant du numérique, il n’existe tout simplement pas. Dans l’ensemble, les écrans ont un impact négligeable sur le fonctionnement intellectuel. – Anne Cordier et Séverine Erhel
Télévision : l’exposition n’a jamais montré d’effets délétères à grande échelle.
La télévision entraînerait des déficits attentionnels, mais cette association disparait quand d’autres facteurs relatifs à l’environnement familial. Les études scientifiques ne tranchent pas la question de savoir si l’exposition à la télévision produit les troubles attentionnels ou si ce sont les enfants qui ont des troubles attentionnels qui regardent plus la télévision. Des programmes bien pensées comme “Dora l’Exploratrice” sont liés à un meilleur niveau de vocabulaire et de capacités numériques chez des enfants de 2 à 5 ans.
Les enfants qui négligent leur travail scolaire pour regarder la télévision le négligeraient pour d’autres activités si la télévision ne leur était pas accessible (Ridder, 1963). Par ailleurs, les écrans peuvent offrir une ouverture culturelle, une ouverture sur le monde extérieur et l’accès à des contenus comparables à d’autres activités culturelles comme la lecture.
Les corrélations entre le temps passé devant la télévision et les mesures psychométriques de l’intelligence sont négligeables. Il n’est pas possible de savoir si la télévision affecte l’intelligence ou si une faible intelligence conduit à regarder la télévision, ou si d’autres variables (comme le niveau de diplôme des parents ou bien leurs revenus) affectent à la fois le temps passé devant la télévision et les scores aux tests d’intelligence.
Jeux vidéo : des liens entre jeu vidéo et intelligence globalement positifs, mais très faibles.
Les méta analyses révèlent que les jeux vidéo pourraient avoir un effet positif sur les capacités attentionnelles (capacité à focaliser l’attention sur des informations pertinentes dans une scène visuelle), la vitesse de traitement des informations et les capacités de raisonnement visuospatial (manipuler mentalement des objets en 3 dimensions). Ces effets sont toutefois dépendants du type de jeux vidéo (jeux d’action en particulier). Certains jeux vidéo peuvent accompagner et compléter les apprentissages en lecture, écriture et mathématiques (sans toutefois remplacer ni les livres papiers ni la feuille et le crayon), en particulier chez les élèves porteurs de troubles de l’apprentissage.
En moyenne, une pratique importante des jeux vidéo va de pair avec des scores tendanciellement plus élevés sur des tests de raisonnement. Mais cette effet positif est vraiment faible.
Recommandations pour un usage bénéfique des écrans sans céder à la panique
Les supports numériques (émission télé, dessins animés, films, jeux vidéo, vidéos, stories ou posts sur les réseaux sociaux..) représentent tous des voies d’accès possibles au monde et à la culture potentiellement favorables au développement de l’intelligence. Ces effets sont d’autant plus bénéfiques que l’usage des écrans par les enfants est accompagné par les parents.

- À chaque âge son jeu (respecter la signalétique PEGI qui informe les consommateurs sur les contenus sensibles des jeux vidéo et l’âge approprié pour y jouer)
- Placer les écrans dans le salon plutôt que dans la chambre
- Expliquer et co-construire des règles d’utilisation (exemple : calendrier de temps numérique pour la semaine avec une répartition des temps dédiés à chaque type d’écran)
- Laisser l’enfant progressivement couper les écrans de manière autonome pour développer l’auto contrôle
- Jouer avec les enfants, les regarder jouer, discuter du contenu, demander à l’enfant quelles stratégies il déploie, quel niveau il a atteint, ce qu’il aime dans le jeu/ le programme
- Varier les supports et les contenus
- Permettre à l’enfant d’être acteur (interaction avec le support)
- Questionner, faire du lien, mettre en perspective les contenus
- Pas de smartphone à table (enfants autant qu’adultes), éviter de manger devant la télé (surtout sans échanger sur ce qui est regardé ensemble)
- Éviter de laisser la télé allumée en fond (Il y a plus d’interactions entre parents et enfants quand la télévision est éteinte et elles sont de meilleure qualité.)
- Ne pas dire “arrête tout de suite”, ne pas couper l’écran brutalement, mais privilégier
- les règles explicites redites en amont,
- le rappel des règles en amont sans menace ni leçon de morale,
- des mots chaleureux comme “on te laisse le temps de finir ta partie, et après…” ou “dans 10 minutes, on passe à table”
- l’écoute empathique : « Oui, c’est vrai, tu aurais préféré continuer à jouer. » ; « C’est difficile quand quelque chose qu’on aime prend fin. »
Du bon sens, du dialogue et de la curiosité sont les clés pour accompagner les activités numériques des enfants et des adolescents. – Anne Cordier et Séverine Erhel
……………………….
Source : Les enfants et les écrans : mythes et réalités coordonné par Anne Cordier et Séverine Erhel (éditions Retz). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur les sites de ecommerce.
Commander Les enfants et les écrans sur Amazon, sur Decitre ou sur la Fnac




