Crèche et école maternelle : la vie en collectivité est réellement difficile pour les jeunes enfants.

Crèche et école maternelle : la vie en collectivité est réellement difficile pour les jeunes enfants.

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Petite enfance : épanouissement personnel ou conditionnement collectif ?

Dans son livre A qui appartiennent les enfants ? – Réflexions sur la petite enfance, Jesper Juul s’interroge sur les raisons qui poussent les parents de très jeunes enfants à laisser d’autres personnes s’occuper de leurs enfants.

Bien qu’il existe des familles dysfonctionnelles dont les enfants sont préservés du fait de cet accueil dans des structures collectives, la place des jeunes enfants est auprès de leurs parents, au sein d’une communauté qui s’élargit à mesure que l’enfant grandit. Jesper Juul regrette que le placement des jeunes enfants en structures collectives (crèche et école maternelle) soit motivé en réalité par l’intérêt économique (même s’il est parfois enrobé dans des discours qui valorisent les bienfaits de la socialisation et la stimulation dès le plus jeune page).

Les crèches et écoles maternelles ne sont pas des dons divins faits aux enfants mais ne sont que l’offre que propose une société aux parents qui ont besoin de moyens de garde pour pouvoir s’intégrer dans le marché du travail et une manière de conditionner les enfants à une vie professionnelle la plus productive possible.

Jesper Juul ne se situe pas dans un jugement critique et culpabilisant des parents qui laissent leurs enfants en crèche ou des professionnels de la petite enfance. Il nous invite plutôt à faire des choix éclairés et conscients en matière d’éducation sur la base d’informations les plus objectives possibles.

Est-ce que l’adaptation à un milieu institutionnel qui prend peu en compte les besoins des enfants et des adultes est une qualité en soi ?

Ainsi, il se demande si cela a réellement du sens de dire : “Les enfants qui sont allés en crèche s’adaptent mieux à l’école que ceux qui sont restés avec leurs mères“. Est-ce que l’adaptation à un milieu institutionnel qui prend peu en compte les besoins des enfants et des adultes est une qualité en soi ?

Être conditionné à la vie en société telle qu’elle pourrait être quinze ans plus tard n’a jamais été bon pour les enfants – tant en ce qui concerne leur santé émotionnelle, sociale, physique et spirituelle que leur bien-être. Les enfants naissent avec des compétences sociales et le désir profond d’être en lien aux autres, et le besoin d’appartenance comme le besoin de se sentir comme ayant de la valeur sont pour eux parmi les besoins les plus primaires et les plus importants. Être amené quotidiennement, pendant six à huit heures, à participer sans déroger et à coopérer dans un environnement institutionnalisé est une tâche de travail bien plus qu’exigeante pour des petits enfants. Il n’y a pas besoin d’ajouter à cela d’autres exigences dans le but de “faire s’épanouir” la majorité des enfants qui se développeront de toute façon de manière autonome, à leur propre rythme et en fonction de leurs propres choix individuels. – Jesper Juul

Jesper Juul estime qu’il est important pour les parents de garder en tête que la vie en collectivité est réellement difficile pour les enfants, en particulier les plus jeunes. Cela n’a donc rien d’anormal que certains enfants ne veulent pas aller au jardin d’enfants ou réclament de rester à la maison pour profiter des parents et pouvoir vivre à leur propre rythme. Cela peut aider les parents à trouver une réponse empathique à ce type de demande de la part des enfants, même si les premiers ne sont pas en mesure de donner aux seconds ce qu’ils veulent (passer plus de temps en famille, vivre à un rythme plus adapté).

4 suggestions pour créer des liens pour grandir (petite enfance)

Pour Jesper Juul, les enfants sont des personnes compétentes dès la naissance. C’est la qualité de l’encadrement adulte à la fois dans les familles et dans les institutions qui permet le développement chez les enfants de leur plein potentiel d’interaction sociale, de l’empathie et de la coopération. Un encadrement inadapté va à l’inverser détruire ce potentiel (non respect du rythme physiologique des enfants, violences physiques comme les fessées ou les tirages d’oreille, maltraitance verbale comme le chantage, les menaces ou l’humiliation ou encore le système punition/ récompense).

Pour assurer un cadre bienveillant de qualité et créer des liens, Jesper Juul formule quelques suggestions :

  • Honorer les réussites des enfants et leurs contributions au fonctionnement global du groupe (classe ou famille).

Cela peut prendre la forme de remerciement pour les petits et grands services des enfants même si nous les considérons comme allant de soi (ex : mettre la table) ou de petits plaisirs occasionnels (un cadeau symbolique, un plat apprécié même s’il n’est pas équilibré).

Non seulement votre enfant se sentira d’une valeur inestimable, mais il pourra aussi être en mesure de relâcher ses épaules, de se détendre et de se préparer pour la semaine de labeur à venir. – Jesper Juul

  • Prendre quotidiennement un temps de calme et de solitude.

Nous avons beaucoup à gagner à réduire les activités de tous les membres de la famille, à supprimer toutes ces choses qu’on fait constamment pour “éduquer les enfants” en endossant un rôle de parents (ex : inscrire les enfants de maternelle à un cours d’anglais). Tout ce qui est stressant et qu’on ressent comme un fardeau mérite d’être questionné et (peut-être) d’être abandonné.

Si cela vous stresse, cela stresse également vos enfants, de sorte qu’il vaut mieux l’abandonner.- Jesper Juul

  • Développer des compétences interpersonnelles fortes de manière à ne plus avoir besoin de techniques de manipulation même douces (du type récompenses).

Le développement de compétence émotionnelles et relationnelles à l’âge adulte est tout l’enjeu de l’éducation non violente et consciente. Jesper Juul adopte une approche basée sur des valeurs et nous invite à repenser la parentalité pour faire preuve d’une autorité personnelle. Il cite 5 valeurs fondamentales sur lesquelles nous pouvons nous appuyer :

    • L’authenticité

Une autorité basée sur qui nous sommes et pas sur les rôles que nous croyons devoir jouer.

Être des parents authentique implique que nous soyons capables d’exprimer nos besoins, nos sentiments authentiques, nos valeurs et également nos limites.L’authenticité passe par le fait de dire quelque chose sur nous-mêmes. Le langage personnel de l’autorité personnelle s’exprime par le JE (je suis fatiguée plutôt que tu me fatigues, je suis à bout plutôt que tu me pousses à bout, je te demande/ je veux plutôt que fais ci/ dépêche toi de… ). Le langage personnel est l’essentiel du message. Prendre en charge nos besoins et fixer nos limites personnelles peut se faire sans agresser les enfants.

    • L’équidignité

Jesper Juul définit l’équidignité comme le fait de tenir compte à la fois des besoins des enfants et de ceux des adultes sans porter atteinte à l’intégrité physique et psychologique des enfants.

Ce point est très important et peut être mal interprété : il s’agit d’affirmer nos propres limites tout en entendant et prenant au sérieux les besoins et les sentiments de l’enfant.

Les parents reconnaissent les sentiments et points de vue des enfants, voient et acceptent les enfants tels qu’ils sont. C’est un pré requis pour impliquer et inclure les enfants dans la prise de décision.

Cette notion d’équidignité va à l’encontre de la vision traditionnelle de la famille vue comme un système hiérarchique : les adultes sont omnipotents et les résistances sont combattues par la violence physique (fessée, tape) ou par la restriction de liberté (coin, punition, isolement, privation).

    • La responsabilité personnelle

Les parents font preuve de responsabilité personnelle quand ils sont prêts à porter la responsabilité de la qualité de l’interaction familiale au lieu d’en rejeter la faute sur les enfants ou de se la rejeter d’un parent à l’autre. Les enfants sont amenés à faire preuve d’une responsabilité personnelle. Ils sont capable de choisir librement quand et à qui obéir. Ils se conforment à une règle parce qu’elle est bonne, juste, ne porte pas atteinte à la dignité humaine mais sert l’intérêt collectif.

Jesper Juul insiste sur le fait que ce sont toujours les parents qui sont responsables de la qualité de l’interaction entre les membres de la famille.

    • L’empathie

Les émotions ont un pouvoir guérissant. Elles sont normales. Adopter une attitude empathique, c’est reconnaître les émotions qui traversent les enfants et les prendre au sérieux; comprendre quelles sont les besoins qui motivent leurs actions et les estimer légitimes.

Cela ne signifie pas pour autant accéder à toutes les demandes mais les entendre et faire preuve d’une réelle compassion pour les difficultés de l’enfant, sans les minimiser ou les nier.

    • La volonté d’apprendre et de grandir en même temps que les enfants

Nos enfants nous élèvent en même temps que nous les élevons. Cette volonté d’apprendre se traduit par le fait d’accepter de tromper, de s’excuser et de réfléchir à des alternatives pour les prochaines situations semblables

  • Choisir avec précaution l’institution qui sera en charge de la co-éducation de l’enfant

Jesper Juul conseille de ne pas se contenter de visiter mais de passer du temps (demie-journée ou même journée complète) dans l’institution (en insistant si ce n’est pas proposé d’office). Si, en tant que parents, nous nous sentons accueillis et acceptés et que nous nous y sentons bien, il y a des chances pour que l’enfant ressente la même chose.

Ne faites pas trop attention à leurs brochures, à leur philosophie ou à leur projet pédagogique – faites l’expérience, ressentez, goûtez à l’atmosphère qui y règne. Si votre enfant n’a pas été capable de s’y intégrer en un mois ou deux, c’est peut-être que cette institution n’est pas une bonne option. Et si les parents n’ont pas le choix en lien avec leurs obligations professionnelles ou financières ? C’est aussi le cas de l’enfant… – Jesper Juul

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Source : A qui appartiennent les enfants ? – Réflexions sur la petite enfance de Jesper Juul (éditions Fabert). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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