transition pédagogique ferme des enfants

L’exemple d’une transition pédagogique (La Ferme des Enfants) : de l’enfant adapté à l’enfant réalisé (des peurs de l’adulte à la confiance en l’enfant)

L’apprentissage obligatoire est-il favorable au développement de l’enfant ?

Oser interroger la sacro-sainte obligation d’instruction soulève bien des questions et… des peurs ! La Ferme aux Enfants a récemment revu son organisation pour répondre au mieux à son objectif : une école à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui, une école qui sert véritablement la vie, et permet aux enfants de rester enthousiastes, d’épanouir leur potentiel, leur force, leur intégrité, leur singularité, leur créativité, leur affectivité.

L’équipe éducative de La Ferme aux Enfants a été conduite à remettre en question son modèle suite à plusieurs rencontres (André Stern, Clara Bellar, l’équipe de l’Ecole Dynamique).

La Ferme aux Enfants accueille des enfants de la maternelle au collège pour construire l’avenir dans le respect de la vie. L’équipe s’est constituée au fil du temps autour de la directrice et fondatrice Sophie Bouquet-Rabhi. L’approche adoptée par l’équipe était jusqu’à récemment orientée vers les pédagogies dites actives (principalement d’inspiration Montessori et Freinet).

transition pédagogique ferme des enfants

Les constats de l’équipe éducative de la Ferme des Enfants

1.Un combat contre l’enfant

De nombreux problèmes rencontrés à La Ferme des Enfants tiennent à l’existence d’un combat contre les énergies naturelles des enfants.

2. Une double injonction inconciliable

Dire à un enfant « Sois libre, sois toi-même, fais tes choix » et en même temps « apprends ce qu’il t’est demandé d’apprendre » n’est pas tenable.

Aucun adulte ne peut se voir obligé d’apprendre le chinois, la trigonométrie ou la physiologie. Dans un état démocratique, on n’obligera jamais un adulte à connaître par coeur la constitution européenne, ou l’histoire complète des religions, comprenant la liste des personnages et dates significatives.

Cette obligation serait vécue comme une forme de maltraitance, d’endoctrinement ou de totalitarisme. Chacun tient à sa liberté, et possède le droit d’avoir les centres d’intérêts qu’il veut.

Comme le châtiment corporel, l’obligation d’apprendre « pour le bien d’autrui » est donc une maltraitance, reconnue dans le monde des adultes mais niée dans celui des enfants.

3. Les apprentissages sont portés par l’adulte

L’enseignant adapte, réadapte et réadapte encore ses propositions, au sacrifice de ses week-ends de repos.

Il se questionne sans cesse. Il brasse des quantités de matériels pédagogiques, innove de septembre à juin et cherche, semaine après semaine, les astuces amusantes qui permettront à l’enfant d’adhérer aussi volontiers que possible aux apprentissages imposés.

Bref : il est dans la stratégie, pour ne plus être dans la violence de l’obligation, des notations, des injonctions, de la discipline,du non-choix, du gavage scolaire insipide…

4. La nature de l’apprentissage

L’enfant vient au monde apprenant.

Lorsque nous nous demandons quelles sont les circonstances dans lesquelles nous apprenons « le mieux », nous constatons que c’est invariablement quand nous sommes intéressés, passionnés, disponibles, quand nous avons un objectif personnel à atteindre ou encore parce que l’apprentissage en question est induit par des circonstances et se fait de manière inconsciente, par immersion.

C’est ce que nous appelons l’apprentissage informel ou l’apprentissage autonome. Comment se fait-il que les écoles démocratiques comme Sudbury ou Summerhill rendent les enfants heureux en même temps qu’elles leur permettent d’accéder aux apprentissages fondamentaux sans souffrance ?

Le cerveau de l’enfant est adapté pour répondre à des besoins et problématiques réelles. Pouvoir lire les informations écrites partout dans notre monde est un besoin réel et sérieux, qu’aucun enfant normalement constitué ne néglige, consciemment ou pas. Quelle importance d’apprendre à 5 ans ou à 13 ans ?

A quoi cela me sert d’apprendre des choses dont je pourrais avoir besoin, par anticipation ? Mon cerveau ne va pas s’évaporer ! Il est disponible, et ses capacités sont là. Le jour où j’ai besoin d’un savoir, je l’apprends, c’est tout. – Lucas (13 ans)

 

Les changements adoptés par la Ferme des Enfants

Honorer vraiment l’apprentissage par la qualité de l’environnement naturel, matériel et humain autour des enfants

  • Le développement d’un espace extérieur libre dans la maternelle
  • Plus de sorties et de découvertes accompagnées hors de l’enceinte de la maternelle.
  • Cours non obligatoires au collège

Au plus les exigences diminuent, au plus les collégiens s’investissent en profondeur et de manière assumée dans ce qu’ils ont choisi de faire. – Sophie Rabhi

 

Organiser l’école et le collège comme une vaste ambiance Montessori

  • Mettre autour de l’enfant un environnement adapté à ses besoins pour qu’il y réponde par lui-même :
    1. L’apprentissage libre dans un environnement préparé
    2. La vie démocratique (dont tous les participants seraient des « membres », comme dans une organisation associative)
    3. L’accueil de membres de plus de 15 ans (dans un premier temps, la possibilité pour les 3èmes de poursuivre à La Ferme des Enfants, ou pour les anciens élèves d’y revenir)

 

  • Un environnement préparé avec des lieux dédiés tous niveaux confondus :
    1. un espace langages (français et langues)
    2. un espace mathématique et scientifique
    3. un lieu multimédia / médiathèque
    4. un espace art et créativité
    5. un atelier de bricolage
    6. un espace musique
    7. un espace calme (détente, relaxation…)
    8. des espaces de convivialité à l’intérieur et à l’extérieur
    9. la ferme et le jardin, à développer toujours plus
    10. l’accès aux activités professionnelles (chèvres, boulangerie, savonnerie,
      chantiers du moment…)
    11. la coopérative d’activités développée par les collégiens (Guinguette,
      élevage, jardin, achat-revente de livres d’occasion et toute autre initiative à venir…)
    12. la multiplication des sorties vers le monde extérieur

 

Une vie démocratique structurée et structurante

  • une Charte Commune (personnalisée) de citoyen, impliquant une formation préalable aux compétences relationnelles et organisationnelles du lieu (langue girafe – communication non violente -, compréhension de la gouvernance en vigueur, connaissance des règles…)
  • un Conseil d’école, organe de gouvernance de l’ensemble de l’organisation et qui rassemble tous les membres
  • un Conseil de Paix pour gérer les différents
  • des Cartes Rôles, correspondant à des compétences et ressources spécifiques avec formation préalable (médiateur, animateur, facilitateur, etc)

 

Un accompagnement bienveillant et consistant

  • Les adultes encadrants s’engagent dans un travail de clarification entre ce qui appartient à leur histoire et ce qui appartient à la réalité d’ici et maintenant (travail sur l’enfant intérieur, sur les blessures émotionnelles du passé)
  • Les adultes assurent un environnement sécurisant, un repère fiable, constant et cohérent, qui ait tout à la fois du répondant et de l’empathie (cadre bienveillant)

Les adultes doivent être d’autant plus solides que la liberté est grande. – Sophie Rabhi

 

La fin des apprentissages obligatoires et systématiques, pour apprendre mieux

  • Renoncer aux attentes à court, moyen ou long terme, la seule vigilance étant de s’assurer que l’enfant est heureux et épanoui dans ce qu’il vit.

Cesser d’attendre des résultats de nos enfants est un véritable changement de paradigme qui nous invite à travailler sur nos peurs, sur notre volonté de maîtriser ou contrôler le vivant, pour nous ouvrir sur la richesse de la confiance. – Sophie Rabhi

Accompagner cette pédagogie scientifiquement

  • Suivi des résultats par un comité scientifique composé de spécialistes en pédagogie, de médecins (neurosciences) et de chercheurs

 

Des pédagogies actives… à pas de pédagogie : la suite logique d’une expérience vivante !

Les évolutions exposées ici ne sont que la suite logique d’une expérience vivante. Si la forme change, le fond de notre intention reste toujours le même : respecter l’enfant dans ce qu’il est afin qu’il s’accomplisse dans toutes ses dimensions, bien au-delà du cadre restrictif de ce que nous pourrions vouloir de mieux pour lui. Notre fil conducteur, la bienveillance, reste au cœur de notre démarche. – Sophie Rabhi

 

Source : La Ferme Des Enfants en transition

 

ces-ecoles-qui-rendent-nos-enfants-heureux

Des écoles qui rendent les enfants heureux ?

Des écoles qui rendent les enfants heureux ?

Antonella Verdiani, docteure en sciences de l’éducation, formatrice et fondatrice du mouvement Printemps de l’Education, partage avec nous sa vision de l’enseignement et de l’éducation.

Cultivez là où c’est déjà fertile !

2 choses fondamentales en chacun 

  • La capacité de rêver
  • La joie de vivre

On inflige une cruauté ordinaire aux enfants en tuant leur capacité à rêver.

Antonella Verdiani part du principe que les méthodes d’enseignement basées sur la liberté, le rythme des enfants et leur capacité à rêver permettent d’apprendre sans fatigue.

Que veut dire éduquer à la joie ?

Éduquer à la joie, c’est permettre aux enfants d’être en contact direct avec le monde, le ciel et la Terre, avec les animaux, avec les gens.

L’étymologie de “joie” en sanskrit est “yuj” : le lien, la connexion, la reliance. Quand les enfants font quelque chose qu’ils aiment, ils oublient le monde autour d’eux et ils apprennent sans fatigue.

L’éducation à la joie permet de réintroduire le bonheur à l’école : une école fondée sur l’épanouissement des enfants, des enseignants et des parents pour que l’enfant exprime “son trésor intérieur”.

Mme Verdiani pense que les notes, les classements, la sur-représentation de l’écrit dans l’évaluation, la prépondérance des diplômes et l’esprit critique français sont les principales causes de la souffrance à l’école. Ils génèrent stress, comparaison et peur de l’échec.

Maria Montessori ou Célestin Freinet avait déjà compris les méfaits d’un système éducatif trop rigide et mis en pratique ces idées. Bien qu’ils n’aient pas été beaucoup écoutés en leurs temps, de plus en plus d’enseignants et d’éducateurs ont repris le flambeau et inventent de nouvelles pratiques pédagogiques. Ces pratiques effectives en classe ont pour point commun : la liberté, le respect du rythme de l’enfant et de sa capacité à rêver.

La joie d’apprendre est autant indispensable à l’intelligence que la respiration au coureur. – Maria Montessori

Antonella Verdiani est l’auteure du libre Ces écoles qui rendent nos enfants heureux : pédagogies et méthodes pour éduquer à la joie (éditions Actes Sud) dans lequel elle cite de nombreux exemples pour éduquer autrement. C’est possible et c’est en cours !

L’une des significations du mot “éduquer” est “tirer hors de”, c’est-à-dire soustraire à l’ombre la partie la plus généreuse et la plus ingénieuse des individus pour les accompagner vers leur épanouissement.

Atteindre ce but par l’éducation et l’école semble le chemin le plus simple pour faire des adultes responsables, autonomes et libres, engagés dans des parcours de vie choisis plutôt que subis.

En France et dans le monde entier, des initiatives éducatives novatrices naissent tous les jours. De plus en plus d’écoles publiques ou privées, à la maison, à la ferme, en communauté, autogérées, démocratiques, ouvertes, libertaires, osent aujourd’hui se détourner d’une conception de l’éducation imposée par les institutions.

Partout, des gens s’organisent pour trouver des alternatives au système éducatif actuel : des enseignants qui aiment leur métier et qui, au sein de l’école publique, tentent des expériences épanouissantes; des parents qui se fédèrent pour créer des écoles dans leur village, des mères qui enseignent leurs savoir-faire traditionnels au sein de l’école de leurs enfants…

Des jeunes aussi, qui inventent de nouvelles façons de s’éduquer par l’autoformation ou l’apprentissage par les pairs, comme à la Brockwood Park School en Angleterre ou à Last School à Auroville, en Inde, où ils décident librement d’étudier les matières qu’ils aiment, sans se préoccuper de notions d’évaluations, d’examens ou de niveau scolaire.

Ainsi, naissent des mouvements et des courants nouveaux, basés sur des pédagogies alternatives. Si certaines d’entre elles – quoique mal connues – sont relativement familières, comme les pédagogies Steiner, Montessori ou encore Freinet, d’autres se développent et sont à découvrir, comme celle de l’éducation lente (la “Slow School” ou la pédagogie de l’escargot), de l’éducation démocratique inspirée par les idéaux libertaires (EUDEC, Aero, etc.), de l’école à la maison ou de l’instruction en famille…

Ce livre, richement documenté, propose un tour d’horizon de toutes ces initiatives éducatives innovantes, en détaillant à la fois la spécificité et l’originalité de chacune d’elles. Conçu de manière pratique, il fournit aux parents, citoyens et enseignants des informations et références pour découvrir des écoles qui replacent l’enfant et son épanouissement au coeur du processus éducatif.

ecole-publique-reinventee

L’exemple d’une école publique réinventée

L’exemple d’une école publique réinventée 

L’école publique d’un petit village de Bretagne s’est réinventée en s’inspirant des pédagogies actives (Freinet, Montessori…) alors qu’elle était menacée de fermeture. Elle a visé à recréer et resserrer des liens d’humanité entre tous les habitants (enfants, parents, seniors).

  • Les parents ont été invités à jouer un rôle actif dans l’école
  • Les enfants ont décidé de l’aménagement de l’école (une école faite par eux et pour eux)
  • Les enseignants ont décidé d’enseigner en mode projet
  • Des conseils d’école et des élèves médiateurs ont été désignés pour régler les conflits sans violence
  • Une pédagogie de la coopération a été mise en place

Une vidéo réalisée par Ashoka :

ecole-publique-reinventee

>>>Des ressources pour cheminer vers cette conception de l’école :

 

 

piliers-pedagogie-freinet

5 piliers de la pédagogie Freinet

5 piliers de la pédagogie Freinet 

Les auteurs du livre La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe proposent de caractériser la pédagogie Freinet à partir de 5 piliers :

1. L’expression libre

La permission est donnée à l’enfant de devenir l’auteur de paroles, de dessins, de textes, de gestes, de musiques, de sculptures… dans un espace qui autorise la création et valorise les productions.

 

2. La coopération

La coopération est l’offre faite aux élèves d’apprendre en interagissant avec leurs pairs, d’un côté en tant que récepteur des informations et surtout d’un autre en adoptant la posture enseignante. Cela peut s’organiser par l’intermédiaire d’un tableau des demandes d’aide.

 

3. La participation démocratique à la vie coopérative de la classe

En pédagogie Freinet, la participation démocratique des enfants est un droit. Freinet remet en cause le principe d’autorité de l’adulte : les règles de vie sont réfléchies et décidées collectivement.

La classe est un espace d’apprentissages de la citoyenneté. Les élèves sont associés aux décisions collectives, par l’intermédiaire d’institutions instituantes et de responsabilités qui leur sont confiées.

Dans les classes Freinet, les élèves gèrent eux-mêmes leurs relations au sein du groupe-classe. L’autorité n’émane pas des enseignants mais des élèves qui décident par eux-mêmes des sanctions en cas de non respect des règles de vie. Bien sûr, l’enseignant Freinet instaure en début d’année quelques lois fondamentales comme l’interdiction de la violence. Mais les règles de vie collective et les sanctions sont décidées par les enfants au sein d’un conseil réunissant toute la classe.

Ce conseil regroupe tous les élèves + l’enseignant et se réunit en général une fois par semaine. L’ordre du jour est établi selon les questions/ remarques postées par les élèves ou l’enseignant dans la boîte aux lettres prévue à cet effet dans la classe. Un élève en est le président : il distribue la parole via un bâton de parole (seul l’élève qui tient le bâton de parole a le droit de s’exprimer) et reformule les différentes idées. Un autre élève en est le secrétaire : il présente l’ordre du jour, rappelle les décisions prises lors du dernier conseil et note les décisions prises par l’assemblée.

Dans les classes Freinet, les sanctions peuvent prendre la forme de réparations (excuses, restauration d’un objet dégradé…) ou d’une perte de droits (se déplacer seul dans les locaux, faire une photocopie, travailler en autonomie sur l’ordinateur…), ces droits pouvant être regagnés ultérieurement.

Aussi bien les règles que les sanctions peuvent être remaniées et peuvent évoluer en fonction des problèmes qui se posent au fur et à mesure de l’année scolaire.

citation freinet

4. Les techniques éducatives

Les outils pédagogiques sont couplés aux valeurs d’éducation ayant déterminé leur création, notamment celles visant le retrait de l’enseignant pour davantage d’engagement des élèves.

Deux outils de la pédagogie Freinet :

  • les brevets de validation des acquis utilisés dans les classes Freinet : chaque élève avance à son rythme, les réussites sont valorisées et ne sont pas notées,
brevet de grammaire freinet
Source : Montessori, Freinet, Steiner… une école différente pour mon enfant ? par Marie-Laure Viaud

 

  • les plans de travail : chaque élève possède son plan de travail personnalisé qui comporte un certain nombres de tâches à réaliser en autonomie.

 

5. Le tâtonnement expérimental

Le tâtonnement expérimental correspond au processus pour apprendre : faire, et en faisant se tromper, réussir pour progressivement construire des connaissances et développer des compétences basées sur l’interaction avec son milieu.

Célestin Freinet pense que la motivation de l’enfant vient de :

  • sa volonté d’agir sur le monde,
  • son envie de répondre aux questions qu’il se pose,
  • ses besoin de communiquer (d’où l’utilisation de la correspondance, de l’imprimerie et du journal scolaire dans la pédagogie Freinet).

Les classes Freinet basent leur travail sur les intérêts de l’enfant et sur la réalisation de projets. L’idée fondatrice est de développer les apprentissages dans des situations « vraies », qui ont un sens dans la vie quotidienne des élèves.

>>>Pour débuter et échanger sur la pédagogie Freinet : le site ICEM pédagogie Freinet

……………………………………………………………………………………………

Source : La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe de Nadine Giauque et Chantal Tièche Christinat (éditions Chronique Sociale).

Commander La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe sur Amazon.

concilier enseignement et bienveillance

Enseignement et bienveillance : comment les concilier ?

Posture, état d’esprit et pédagogie pour concilier enseignement et bienveillance

Chez Carl Rogers : liberté pour apprendre

Dans son livre Liberté pour apprendre, Carl Rogers estime que 3 qualités sont indispensables aux enseignants :

  • L’authenticité

L’authenticité est réelle quand le facilitateur exprime ses sentiments en les prenant en charge, sans accuser autrui, ni chercher à punir ou à culpabiliser. L’enseignant a le droit et la possibilité d’être enthousiaste ou ennuyé, d’être intéressé par ses élèves ou d’être fâché, de manifester sa sympathie ou encore son désaccord, de dire quand ses propres limites sont dépassées ou ses besoins non respectés.

 

  • La considération positive (acceptation de l’autre tel qu’il est et confiance en lui)

Carl Rogers l’appelle aussi acceptation ou confiance. C’est une confiance de base : la foi dans l’autre qui est fondamentalement digne de confiance.

Cette qualité se traduit par un respect, un souci que l’enseignant éprouve pour tous ses élèves. Il s’agit de faire en sorte que chaque élève se sente important, mûr, capable de faire des choses par lui-même, qu’il a le droit d’avoir ses propres sentiments et besoins.

 

  • L’empathie

Les élèves apprécient le fait d’être simplement compris, sans être évalués ou jugés, à partir de leur point de vue.

Plus de détails dans cet article : 3 qualités fondamentales pour faciliter l’apprentissage

 

Chez Maria Montessori : la liberté de l’enfant et l’intérêt collectif

Pour Maria Montessori, l’éducateur/trice apporte plus son aide aux enfants que son autorité. Il/elle apprendra de l’enfant à se perfectionner comme éducateur/trice.

Son rôle principal est de préparer l’environnement pour permettre le libre développement de l’enfant. Il/elle est à la fois un observateur humble et un préparateur de laboratoire.

Maria Montessori écrit que la liberté de l’enfant doit avoir comme limite l’intérêt collectif. L’éducateur/trice doit donc interdire à l’enfant tous gestes grossiers et/ou violents. Un de ses objectifs principaux est de discerner les actes à empêcher de ceux qui sont à observer. C’est avec rigueur mais sans punition que les enseignants doivent empêcher et étouffer peu à peu les gestes indésirables et amener les enfants à discerner clairement le bien du mal (source Pédagogie scientifique, Tome 1).

Selon elle, le but ultime des enseignants est l’émotion de joie sereine et sans borne éprouvée à la simple observation des apprentissages des enfants.

 

Chez Célestin Freinet : la citoyenneté au cœur

Il est possible de caractériser la pédagogie Freinet à partir de 5 piliers :

1. L’expression libre

La permission est donnée à l’enfant de devenir l’auteur de paroles, de dessins, de textes, de gestes, de musiques, de sculptures… dans un espace qui autorise la création et valorise les productions.

 

2. La coopération

La coopération est l’offre faite aux élèves d’apprendre en interagissant avec leurs pairs, d’un côté en tant que récepteur des informations et surtout d’un autre en adoptant la posture enseignante. Cela peut s’organiser par l’intermédiaire d’un tableau des demandes d’aide.

 

3. La participation démocratique à la vie coopérative de la classe

En pédagogie Freinet, la participation démocratique des enfants est un droit.

La classe est un espace d’apprentissages de la citoyenneté. Les élèves sont associés aux décisions collectives, par l’intermédiaire d’institutions instituantes et de responsabilités qui leur sont confiées.

Dans les classes Freinet, les élèves gèrent eux-mêmes leurs relations au sein du groupe-classe. L’autorité n’émane pas des enseignants mais des élèves qui décident par eux-mêmes des sanctions en cas de non respect des règles de vie. Bien sûr, l’enseignant Freinet instaure en début d’année quelques lois fondamentales comme l’interdiction de la violence. Mais les règles de vie collective et les sanctions sont décidées par les enfants au sein d’un conseil réunissant toute la classe.

Ce conseil regroupe tous les élèves + l’enseignant et se réunit en général une fois par semaine. L’ordre du jour est établi selon les questions/ remarques postées par les élèves ou l’enseignant dans la boîte aux lettres prévue à cet effet dans la classe. Un élève en est le président : il distribue la parole via un bâton de parole (seul l’élève qui tient le bâton de parole a le droit de s’exprimer) et reformule les différentes idées. Un autre élève en est le secrétaire : il présente l’ordre du jour, rappelle les décisions prises lors du dernier conseil et note les décisions prises par l’assemblée.

Dans les classes Freinet, les sanctions peuvent prendre la forme de réparations (excuses, restauration d’un objet dégradé…) ou d’une perte de droits (se déplacer seul dans les locaux, faire une photocopie, travailler en autonomie sur l’ordinateur…), ces droits pouvant être regagnés ultérieurement.

Aussi bien les règles que les sanctions peuvent être remaniées et peuvent évoluer en fonction des problèmes qui se posent au fur et à mesure de l’année scolaire.

 

4. Les techniques éducatives

Les outils pédagogiques sont couplés aux valeurs d’éducation ayant déterminé leur création, notamment celles visant le retrait de l’enseignant pour davantage d’engagement des élèves.

 

5. Le tâtonnement expérimental

Le tâtonnement expérimental correspond au processus pour apprendre : faire, et en faisant se tromper, réussir pour progressivement construire des connaissances et développer des compétences basées sur l’interaction avec son milieu.

Source : La pédagogie Freinet : Concepts, valeurs, pratiques de classe (sous la direction de Nadine Giauque et Chantal Tièche Christinat)

 

Dans l’école du 3° type et l’école démocratique : vivre la démocratie à l’école

Bernard Collot, initiateur de l’école du 3° type, explique la différence entre un système fermé et un système ouvert.

Dans un système fermé, des enfants en train de faire une dictée qui remarquent un merle posé sur le rebord de la fenêtre savent qu’ils n’ont pas intérêt à bouger, sous peine de punition. Le système pourra même se protéger en couvrant les carreaux des fenêtres dans les salles de classe ou en construisant des écoles avec des fenêtres surélevées.

Dans un système ouvert, les mêmes enfants dans le même cas vont pouvoir se lever, l’enseignant va interrompre sa dictée. Les enfants vont alors faire des observations et des propositions autour de cet événement : installer un poste d’observation avec des jumelles, construire une mangeoire, apporter des graines, rédiger un rapport d’observation, dessiner le merle… autant d’opportunités d’apprentissages (où installer le poste pour avoir la meilleure vue possible sans effrayer les oiseaux ? comment mettre en place un atelier bois pour construire la mangeoire ? quelles graines mettre dedans ? comment corriger le rapport d’observation pour le rendre lisible aux correspondants ?…). un système ouvert s’auto organise et se complexifie pour s’adapter.

Dans une école du 3° type, les adultes professionnels ont une fonction essentielle : assurer la constitution et le maintien d’une entité vivante. Ils sont d’abord les garants du fonctionnement harmonieux de cette entité. Leur pouvoir est ainsi bien perçu par les enfants ou adolescents qui, au lieu d’avoir à s’y opposer ou à le contester, y ont recours […] les adultes sont alors le plus souvent dans la position d’écoute plutôt que dans celle de se faire écouter. On a constaté que les enseignants avaient beaucoup moins de problèmes d’autorité dans les pédagogies modernes et ils n’en ont plus du tout quand il s’agit d’une école du 3° type. – Bernard Collot (Chroniques d’une école du 3° type)

 

Voir des exemples de gestion des sanctions dans des écoles de type démocratique :

Règles, sanctions, …ou inventer la démocratie ! sur le blog de Bernard Collot

La suspension, sanction suprême ? sur le blog de l’Ecole Dynamique

 

 

Des cas concrets : retour d’expérience d’enseignants bienveillants

Rita Pierson : “les relations humaines, ça compte !”

Rita Pierson était une enseignant américaine qui a milité pour des relations humaines de qualité dans l’enseignement car “les humains, ça compte”. Elle a posté de nombreuses vidéos autour de ce thème en partageant ses bonnes pratiques sur You Tube (en anglais). Dans sa conférence Ted, elle démontre que les enfants n’apprennent rien des personnes qu’elles n’aiment pas et propose des solutions pour que chaque enseignant devienne un “champion”.

les relations humaines dans l'enseignement

Céline Alvarez : neurosciences et bienveillance, deux piliers de l’enseignement

Céline Alvarez est quant à elle une enseignante passée dans l’Éducation Nationale française et qui se consacre désormais à la mise en ligne gratuite de vidéos à destination des enseignants dans laquelle elle propose des activités et principes issus de la pédagogie Montessori et des dernières découvertes en neuropédagogie.

Vous pouvez la retrouver sur le blog qui relate son expérience dans une classe maternelle multi-âge dans une zone prévention violence.

 

Nathalie : la pédagogie du bonheur

Nathalie a décidé d’instaurer « la pédagogie du bonheur » dans sa classe. Convaincue qu’avant d’enseigner des connaissances à un enfant, il est indispensable que celui-ci soit en état de confiance et de bien-être, elle a progressivement modifié ses pratiques et revu complètement l’organisation de sa classe.

 

Caroline Sost : savoir être et éco-citoyenneté

Caroline Sost a fondé la Living School à Paris, une école qui s’articule autour de 2 grands axes : le savoir être et l’éco-citoyenneté.

La lumière est mise non seulement sur l’acquisition des savoirs fondamentaux mais aussi de qualités comme l’empathie, la prise d’initiatives ou la coopération pour une génération de citoyens épanouis, créatifs, conscients des enjeux sociétaux et capables de révéler leur plein potentiel.

 

Joëlle Sam-Caw-Frève : “Les élèves ne sont pas des bocaux à remplir mais des potentiels à révéler.”

Joëlle Sam-Caw-Frève est professeur de mathématiques dans un collège public difficile de La Réunion. Elle partage dans cette vidéo sa vision d’une éducation positive et partage ses outils pour faire entrer la bienveillance à l’école.

 

Mes conseils lecture pour enseigner avec bienveillance

Plusieurs auteurs spécialisés en éducation bienveillante ont dédié des ouvrages à l’enseignement. En voici une sélection :

Parler pour que les enfants apprennent à la maison et à l’école de Faber et Mazlish

Enseigner avec bienveillance : instaurer une entente mutuelle entre élèves et enseignants de Marshall Rosenberg

Enseignants efficaces de Thomas Gordon

Sanctionner sans punir : dire les règles pour vivre ensemble de Elisabeth Maheu

Je crois en toi ! : Pourquoi et comment valoriser les enfants au Souffle d’Or

 

Des liens ressources pour concilier enseignement et bienveillance

Coop’ICEM, site officiel de l’Institut Cooperatif de l’Ecole Moderne (Pedagogie Freinet)

L’Institut Coopératif de l’École Moderne (ICEM-Pédagogie Freinet) est une association créée en 1947 par Célestin Freinet rassemblant autour de lui un certain nombre de pionniers.

Aujourd’hui, agréée par les ministères de l’Éducation nationale et de la jeunesse et de la vie associative, l’ICEM regroupe des enseignants, des formateurs et des éducateurs autour des principes de la pédagogie Freinet.
L’association se donne pour objectifs la recherche et l’innovation pédagogiques, la diffusion de la pédagogie Freinet par l’organisation de stages, par la conception, la mise au point et l’expérimentation d’outils pédagogiques pour la classe, de revues documentaires pour les enfants, les jeunes et les enseignants, et l’édition de publications pédagogiques.

 

Le Printemps de l’éducation, mouvement pour un renouveau de l’éducation

Le Printemps de l’éducation a pour ambition de remettre l’enfant au cœur de l’éducation et de contribuer à rendre les enfants heureux. Sa vision se base sur le constat qu’il est grand temps de permettre aux enfants d’apprendre dans la joie, la créativité, l’autonomie, le respect, la coopération, la paix et en lien avec la nature et le vivant, afin qu’ils deviennent citoyens du monde.

Son ambition est notamment de créer un réseau d’acteurs du renouveau éducatif, de rendre visibles et de partager les pratiques pédagogiques innovantes par l’organisation de rencontres et la mise à disposition de services, et de changer les politiques éducatives. Car construire une société plus humaniste, plus écologique, plus solidaire est un impératif qui commence par l’éducation, tant à l’école qu’en dehors de l’école.

 

Réseau Eudec, Communauté Européenne pour l’éducation démocratique

Le réseau Eudec (Communauté Européenne pour l’éducation démocratique) rassemble les personnes, projets de création et écoles en France qui prônent l’apprentissage libre et autonome, au sein de communautés, d’enfants et d’adultes, basées sur le respect mutuel. Sa mission est de promouvoir une approche permettant aux enfants de faire leurs propres choix concernant leurs apprentissages et tous les autres domaines de la vie.

 

Groupe Facebook Bienveillance et Enseignement

Un groupe privé sur Facebook pour tous ceux et celles qui essayent de mettre de la bienveillance dans leur pédagogie, leur enseignement, leurs rapports aux enfants et leur éducation. Des enseignants de tous niveaux partagent leurs idées, leurs pratiques, leurs découvertes et échangent autour de l’enseignement.

 

Ashoka, Tous acteurs de changement

Depuis 5 ans, Ashoka sélectionne et soutient des écoles qui font émerger la prochaine génération d’acteurs de changement : les Changemaker Schools. Elles mettent au coeur de leur approche pédagogique le développement de qualités comme l’empathie, la coopération, la prise d’initiatives, la créativité, pour que les adultes de demain soient des citoyens épanouis, créatifs, entreprenants, conscients des enjeux sociétaux qui les entourent, confiants dans leur capacité à faire bouger les lignes, et capables de révéler leur plein potentiel et celui de ceux qui les entourent.

Ashoka et son programme “Pionniers de l’éducation” met en lumière et en réseau ces écoles qui cherchent à répondre à la question “A quoi sert l’école ?”.

Enregistrer

Enregistrer