Pourquoi les enfants ont-ils besoin d’art et de culture ?

Pourquoi les enfants ont-ils besoin d’art et de culture ?

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Les enfants ont autant besoin d’art, de belles histoires, de poèmes et de musique que d’amour, de nourriture, de plein air et de jeu !

Philip Pullman, écrivain anglais, l’affirme haut et fort : les enfants ont autant besoin d’art, de belles histoires, de poèmes et de musique que d’amour, de nourriture, de plein air et de jeu !

Il rappelle que, si on ne donne pas de nourriture à un enfant, les effets en seront visibles rapidement. Si on prive les enfants de jeux libres et de nature, les effets en seront tout aussi néfastes, bien qu’ils ne soient pas remarquables à court terme. Il en est de même pour les enfants qui ne reçoivent pas d’amour (encore que certains bébés privés de soins chaleureux décèdent en quelques mois, comme l’a montré Spitz sous le nom d’hospitalisme).

Mais, si on ne nourrit pas l’esprit d’un enfant avec de l’art, des belles histoires, des poèmes et de la musique, les dommages ne sont pas faciles à observer. Pourtant, ils sont bel et bien là.

Charlotte Mason, pédagogue anglaise, l’écrivait déjà au XIX° siècle : les enfants ont autant besoin de nourriture pour l’esprit que de nourriture pour le corps.

Seule une pédagogie vivante, plaçant les idées et la culture au centre des apprentissages, permet aux enfants de s’élever. 

Un enfant n’est pas un robot à programmer pour une tâche spécifique, il a faim de savoir et de comprendre, de beauté et de vérité. Il a besoin d’entendre des récits héroïques.

Bien sûr que les enfants qui n’ont pas accès à ce nourrissage culturel peuvent être en bonne santé physique : ils peuvent courir, sauter, nager et avoir de l’appétit… mais quelque chose leur manque.

Ainsi, déjà au début des années 1920, Charlotte Mason mettait en garde contre le choix de l’Allemagne de centrer son système éducatif sur un apprentissage utilitaire. L’idée allemande était de donner à chaque enfant des compétences utiles dans leurs futures professions, au mépris du développement spirituel et culturel. Pour la pédagogue anglaise, une telle philosophie éducative, niant le désir naturel de tous les enfants pour la connaissance vivante, ne peut conduire qu’à une banqueroute morale et idéologique. Elle affirme que la culture est un droit et qu’un être humain ne se résume pas à une profession. Malheureusement, l’Histoire lui a donné raison (mais Charlotte Mason n’a pas vécu assez longtemps pour assister à la montée du nazisme dans les années 1930).

Charlotte Mason écrivait déjà à l’époque des propos qui paraissent encore aujourd’hui presque révolutionnaires :

L’éducation ne devrait jamais être le privilège d’une élite : tous les hommes aspirent à autre chose derrière leur bulletin de salaire. Priver le peuple de valeurs et de culture revient à l’empêcher de penser et de rêver; la poudre aux yeux que sont les jeux idiots et les résultats sportifs ne dure qu’un temps.

Il arrive fréquemment que des personnes (enfants, adolescents, adultes, et même personnes âgées) qui n’ont pas eu accès à la culture dans leur enfance (peinture, musique, poésie, littérature, sculpture, opéra…) pour une raison ou une autre soient frappées par une oeuvre d’une manière qu’elles n’auraient jamais cru possible. Un jour, ces personnes entendent une voix à la télé, lisent un poème, tombent sur un morceau de piano à la radio, voient une reproduction d’une peinture et se sentent comme transpercées, transportées, transcendées par la beauté de ce qu’elles viennent de découvrir. Rien ne les avait pourtant préparées à une telle expérience et cette expérience leur ouvre des portes vers un horizon inconnu jusque-là.

L’art a cette capacité de percer les cœurs, de déclencher des émotions contradictoires et de donner une nouvelle dimension à la vie humaine.

On ne peut pas savoir à l’avance ce qui va inspirer, toucher, nourrir, transcender l’esprit d’un enfant (comme on ne connaît pas à l’avance ses goûts alimentaires). D’où l’importance de proposer une diversité de matériel, d’œuvres et de ressources artistiques aux enfants dès le plus jeune âge pour nourrir leur âme et leur permettre de trouver un moyen d’expression adéquat.

En éducation, on ne peut faire que du sur-mesure. – Charlotte Mason

L’art au sens large nourrit l’âme des enfants comme aucune connaissance sèche, aucun manuel détaillé au possible, aucun livre grotesque ou simplifié à l’extrême ne pourrait le faire.

Philip Pullman évoque même la possibilité d’inscrire un nouveau droit dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant : le droit à la culture. L’âme des enfants peut réellement dépérir quand elle est privée d’art, de belles histoires, de peintures, de poèmes ou de musique.

Là encore, Charlotte Mason l’avait formalisé il y a un siècle en insistant sur une nourriture spirituelle riche :

Comme l’air, la liberté ou encore la justice, chaque enfant qui vient au monde a le droit inaliénable de recevoir une éducation libérale. Toute sa vie en dépend.

Une telle éducation met l’accent sur l’étude des hommes : leurs idées, leur histoire, leurs arts et leur littérature, leurs inventions et découvertes ainsi que leurs valeurs.

Philippe Boimare, psychopédagogue, affirme quant à lui que la lecture de textes fondamentaux et culturels permet de “relancer la machine à penser des enfants”.

Serge Boimare écrit :

Les récits proposés dans la mythologie et les contes ne redoutent pas d’aller chercher les enfants là où ils en sont restés, sans cultiver pour autant la complaisance avec l’émotionnel. Tout en mobilisant leur intérêt par l’affect pulsionnel, ces récits en profitent pour dégager une règle de vie, pour faire une leçon de morale, pour fournir une suggestion sur la façon dont pourrait être réglé un problème… La lecture de contes et de mythes favorise le passage d’une pensée soumise aux sensations et aux émotions, à une pensée qui s’intéresse aux liens et aux règles organisant les savoirs. Elle retient leur attention car elle met du mouvement, de la forme et du scénario sur leurs préoccupations. Cette mise en mots et en récit de leurs inquiétudes ou de leurs préoccupations nous amène à la seconde étape apportée par la lecture : permettre de sécuriser et d’enrichir le monde interne

La lecture, en apportant des images et en mettant des mots sur les préoccupations, permet enfin de côtoyer et de supporter les inquiétudes et les contradictions qui, jusque-là, se transformaient trop vite en agitation ou en blocages divers. Ce nourrissage va donner aux élèves la possibilité d’un retour à eux-mêmes, pour une élaboration plus sereine..

Pour aller plus loin : Comment utiliser les contes, la mythologie et les textes fondamentaux pour lutter contre l’échec scolaire ?

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Pour découvrir les fondamentaux de la pédagogie Charlotte Mason :

La pédagogie Charlotte Mason tome 1

La pédagogie Charlotte Mason tome 2

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2 Responses

  1. 9 April 2017

    […] littérature et le cinéma aident à saisir la complexité de la nature humaine : c’est dans l’art que nous pourrons apprendre les plus grandes leçons de […]

  2. 20 May 2017

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