Décrochage scolaire : un livre pour anticiper les facteurs de décrochage et réagir face aux décrocheurs

Décrochage scolaire : un livre pour anticiper les facteurs de décrochage et réagir face aux décrocheurs

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Frédérique Weixler, Inspectrice Générale de l’Education Nationale, et Christian Enault, professeur en microlycée, sont les auteurs d’un livre sur le décrochage scolaire. Ils envisagent le décrochage scolaire comme un phénomène plurifactoriel. Ils reprennent à leur compte la définition de Saintignon pour rappeler que le décrochage scolaire se distingue de l’échec scolaire : « Tout échec scolaire ne se traduit pas par un décrochage et tout décrochage n’est pas lié à un échec scolaire. […] L’échec scolaire pose la question de l’apprentissage, le décrochage pose la question plus large du rapport de l’individu à l’institution scolaire. »

Frédérique Weixler et Christian Enault décrivent la mesure du décrochage en France. Il s’effectue essentiellement de deux façons : en « flux » annuel de sortants de plus de 16 ans et en « stock » de jeunes de 18 à 24 ans sortis sans qualification et qui n’ont pas suivi de formation au cours des quatre dernières semaines. Sur le plan opérationnel, l’Éducation nationale mesure le nombre de jeunes de plus de 16 qui, étant scolarisés plus de 15 jours dans un établissement l’année précédente ou l’année en cours, n’ont pas obtenu un niveau de diplôme fixé par décret et ne sont pas scolarisés au moment du traitement de leur situation.

Les auteurs ont organisé leur livre autour de trois grandes parties :

  • 1. Comprendre une réalité complexe
    • L’émergence d’une politique publique
    • Un symptôme d’un processus pluriel et systémique
    • Une réalité singulière et douloureuse
  • 2. Agir pour mieux accompagner
    • Les facteurs de protection dans et hors la classe
    • Un corps à corps exigeant
  • 3. S’interroger et anticiper
    • L’école, le monde, l’époque… ce que nous a appris la crise sanitaire
    • Des questions qui restent ouvertes
    • Une école pour tous et pour chacun

Frédérique Weixler et Christian Enault insistent sur l’idée que, dans chaque parcours de décrochage, facteurs individuels et dysfonctionnements institutionnels sont imbriqués. Ainsi 50 % des élèves qui décrochent au-delà de 16 ans obtenaient des résultats corrects en 6e, ce qui incite à la prudence dans la mise en évidence des causes (Afsa, 2013). Il existe des facteurs de fragilité, mais aucun n’est déterminant à lui seul. Cela signifie deux choses essentielles. Premièrement, le décrochage ne relève pas que de l’élève (sous-entendu de sa volonté). Deuxièmement, les enseignants au niveau de la classe et les équipes éducatives au niveau de l’établissement ont de la marge de manoeuvre, mais ne sont ni entièrement responsables ni tout-puissants pour prévenir et empêcher le décrochage.

Par exemple, le lien entre absentéisme et décrochage scolaire n’est pas univoque. Dans cet ouvrage sont rappelées les causes diverses et variées de l’absentéisme : « Certains (ou plutôt certaines) prennent en charge, dès leur retour du lycée, leurs jeunes frères et sœurs, secondant, voire remplaçant leur mère absente du foyer pour des raisons professionnelles… D’autres accomplissent des tâches en soutien de parents défaillants ou absents. D’autres encore travaillent le soir dans des restaurants, font des ménages, livrent des pizzas (Esterle-Hédibel, 2008) » Frédérique Weixler et Christian Enault soulignent également que « le décrochage scolaire n’est pas l’apanage du pauvre » (Blaya & Hayden, 2003). De même, l’hypothèse d’une « démission parentale » a été démentie par de nombreux travaux scientifiques.

Les auteurs rappellent quelques facteurs qui augmentent les risques de décrochage (sans qu’il existe de déterminisme pour autant) : le sexe masculin, la difficulté scolaire, le climat scolaire, le redoublement, les exclusions temporaires ou définitives, la catégorie sociale, le diplôme des parents, le niveau de revenus, et l’orientation. Ces facteurs apparaissent souvent cumulatifs, en interaction, et il est important de ne pas attribuer le processus de décrochage essentiellement à des facteurs individuels ou externes.

Frédérique Weixler et Christian Enault invitent les professionnels de l’éducation à identifier ce qui dépend d’eux, notamment dans les interactions entre l’école, l’élève et sa famille.

Repérer ces facteurs de risque, c’est aussi repérer en creux ce qui, à l’inverse, constitue des facteurs de protection : ​

–​installer un climat de classe harmonieux ; ​

–​favoriser l’engagement des parents ; ​

–​développer le sentiment d’appartenance à l’école ; ​

–​fixer des objectifs atteignables ; ​

–​être convaincu de l’éducabilité et de la capacité de chaque élève à progresser. – Frédérique Weixler et Christian Enault

Ces facteurs de protection ne dépendent pas d’un seul enseignant, d’autant plus que les professeurs sont perçus par les décrocheurs comme appartenant à « un autre monde », étrangers et parfois même ennemis, coupables d’abandon et incapables (ou, pire, non désireux) de les aider.

La souffrance des professeurs est également abordée : les professeurs peuvent ainsi se trouver déstabilisés, mis en cause dans la place qu’ils tentent d’occuper. Il peut y avoir souffrance en miroir; un sentiment de culpabilité peut grandir tant chez celui qui ne parvient pas à raccrocher que chez celui qui tente de l’aider. Frédérique Weixler et Christian Enault rappellent l’importance de s’entourer et de dialoguer avec les collègues. L’enseignant doit s’arrêter à ce qu’il pense pouvoir résoudre et des professionnels en dehors de l’Education Nationale peuvent être mobilisés dans les domaines psychologiques, médicaux, sociaux ou familiaux.

Frédérique Weixler et Christian Enault formulent un grand nombre de pistes concrètes, au-delà du simple descriptif théorique et quantitatif du décrochage scolaire. Lors d’une reprise de scolarité, il peut être proposé, par exemple, de laisser de côté autant que possible la demande de justificatifs, pour faire place au « croire sur parole ». De même, pour donner toute la place nécessaire à la parole, il est utile de faire vivre des espaces collectifs, des conseils ou des assemblées, dans lesquels il est possible d’évoquer des problèmes, de rechercher des solutions, d’entendre ce que chacun peut avoir à dire.

Par ailleurs, le sentiment d’appartenance à l’école constitue un facteur de protection contre le décrochage scolaire et contribue à l’engagement dans les études et la réussite des élèves fragiles. Les enseignants jouent un rôle important dans le développement du sentiment d’appartenance des jeunes. En voici quelques exemples :

  • choisir les règles de classe démocratiquement ;
  • offrir des choix ;
  • débattre et discuter ;
  • considérer le point de vue de tous ;
  • favoriser l’autonomie des élèves ;
  • offrir une variété d’activités ;
  • lier le contenu de la classe à la vie des élèves ;
  • avoir des attentes élevées ;
  • susciter une atmosphère de respect mutuel en classe ;
  • mettre l’accent sur l’effort et l’amélioration (les progrès plutôt que les résultats et les notes en soi).

Les auteurs conseillent de ne pas lâcher sur les exigences .

Lorsqu’un jeune se trouve en situation de décrochage, l’exigence de ceux qui accompagnent est ce qui donne à l’effort du sens et de la valeur, ce qui permet d’être fier des petites batailles qui sont gagnées et qui nourrit l’image de soi reconstruite petit à petit dans le rapport à l’activité scolaire. Sans la confiance de ceux qui accompagnent, le coût de l’effort pour raccrocher est exorbitant et le risque est trop grand. Sans l’exigence de ceux qui accompagnent, le bénéfice de l’effort à fournir est trop faible et le raccrochage ne « vaut pas la peine ». – Frédérique Weixler et Christian Enault

J’ai apprécié la mise en perspective historique des plans d’action déjà menés, les exemples concrets de solutions et le rappel récurrent de la dimension polycausale. Les auteurs écrivent notamment que le désintérêt progressif pour l’école est parfois précoce, fruit d’une accumulation de facteurs internes et externes au système scolaire. Pour y faire face, les auteurs développent des pistes, des outils applicables et des ressources concrètes (voir ici pour une réflexion sur les notes et les évaluations). L’accent est mis sur tous les dispositifs réfléchis pour créer au sein et hors de la classe un climat bienveillant, pour rendre les camarades solidaires, pour former les adultes à l’écoute, pour réorganiser des espaces et repenser le temps. Les microlycées, comparés à de la “conduite accompagnée”, et les SRE (Structures de Retour à l’Ecole) sont décrits en détail pour inspirer des adaptations et des changements dans l’accompagnement des élèves décrocheurs.

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Décrochage scolaire : Anticiper et franchir les obstacles de Frédérique Weixler et Christian Enault (éditions Réseau Canopé) est disponible en médiathèque, en librairie ou en ecommerce.

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