Les philo-complexes : ces personnes qui semblent avoir la science infuse et abandonnent des lubies au risque de paraître manquer de persévérance

Les philo-complexes : ces personnes qui semblent avoir la science infuse et abandonnent des lubies au risque de paraître manquer de persévérance

Fanny Nusbaum, Olivier Revol et Dominic Sappey-Marinier ont créé le concept de “philo-cognitifs” pour rendre compte du fonctionnement cognitif des personnes (adultes et enfants) usuellement appelées “surdouées”, “précoces, “à haut potentiel intellectuel” ou encore “zèbres”.

L’expression “philo-cognitifs” désigne d’abord un intérêt prononcé (voire un besoin profond) et une capacité supérieure pour la mobilisation massive de la pensée au travers de trois processus principaux :

  • un raisonnement actif et compulsif (hyperspéculation),
  • une sensibilité et une alerte exacerbées (hyperacuité)
  • une pensée automatique et analogique surdéveloppée (hyperlatence).

Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier divisent les philo-cognitifs en deux sous- catégories :

  • les philo complexes (caractéristiques principales : créativité, magnétisme, perception aiguisée, émotions à fleur de peau, pensée visionnaire, motivation forte dans les registres qui sont dignes d’intérêt à ses yeux, surcharge cognitive mal maîtrisée);
  • les philo laminaires (caractéristiques principales : ouverture d’esprit, pondération, recherche perpétuelle de consensus, maîtrise et utilisation de l’implicite et de la suggestion, conscience très développée pour l’intérêt collectif, fait parfois l’impasse sur une analyse complète, besoin de maîtrise de lui-même et de son environnement).

 

6 particularités des philo-complexes

1.Une compréhension verbale élevée

Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier ont remarqué que les enfants philo-complexes présentent une connectivité cérébrale supérieure à celle des enfants au développement cognitif standard, avec une prépondérance de cette supériorité dans l’hémisphère gauche (environ 60 % à gauche vs. 40 % à droite).

Or l’hémisphère gauche est spécialisé dans le traitement du langage, ce qui explique probablement que l’indice de compréhension verbale soit souvent très supérieurement élevé chez les philo-complexes par rapport aux autres indices du test du QI (échelle de Wechsler).

2.Une boucle permanente de la pensée

Cette boucle permanente de la pensée suscite un foisonnement intellectuel tel que c’est comme une seconde nature chez un philo-complexe de réfléchir par associations d’idées intégrées au modèle interne.

3.Un passage rapide d’une réflexion laborieuse vers une pensée automatique : la “science infuse”

Les neurosciences ont montré que, lors d’un apprentissage, le cerveau procède en deux phases.

La première phase est celle des efforts conscients : le cerveau doit fournir des efforts, planifier, focaliser son attention sur la tâche à accomplir. Son activité se centralise alors sur sa partie avant, le cortex préfrontal, et utilise principalement la mémoire de travail (ou mémoire à court terme).

La seconde phase est celle de l’automatisation : l’apprentissage est intégré et devient un réflexe pour lequel le cerveau ne dépense presque plus d’énergie. Quand une stimulation mobilise la connaissance ou le savoir-faire acquis lors de cet apprentissage, la réponse arrive automatiquement à la conscience, sans avoir à passer à nouveau par une analyse en profondeur, le cerveau dépensant ainsi considérablement moins d’énergie.

Il semble que les philo-complexes passent globalement peu de temps dans l’apprentissage laborieux et conscient. Après avoir rapidement fait le tour d’un sujet, ils en comprennent généralement vite la problématique, ce qui les amène à un passage plus rapide que la norme en mode automatique. Ce mécanisme peut expliquer l’impression qu’ils ont la « science infuse », qu’ils n’ont pas besoin de réfléchir pour donner une réponse, et le fait qu’ils n’arrivent pas toujours à expliciter leur raisonnement.

Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier estiment que ce fonctionnement cognitif général apporte ainsi de nombreux avantages aux personnes philo-complexes :

  • une grande autonomie de la pensée,
  • une bonne connexion avec lui-même,
  • une grande richesse des représentations,
  • de fréquentes fulgurances intellectuelles,
  • un côté visionnaire nourri par une bonne sélection des informations de l’extérieur pour alimenter un modèle intérieur déjà atypique.

4.Une motivation sans égale couplée à un intérêt vif pour certaines activités… parfois abandonnées au risque de paraître manquer de persévérance

Cet intérêt pour une activité peut se présenter comme une lubie ou comme un attachement profond. Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier parlent de mouvement perpétuel, dans une motivation qui se génère de l’intérieur et qui se révèle totalement imperméable aux pressions extérieures.

C’est la raison pour laquelle un intérêt compulsif majeur et envahissant pour une activité peut se développer chez les philo-complexes (musique, informatique, loisir créatif, sport, jeu vidéo ou jeu de réflexion).

Mais il arrive qu’après une période intense d’obsession pour la maîtrise de cette activité, ils s’en désintéressent soudainement (au risque de paraître manquer de persévérance). C’est remarquable de voir à quel point un philo-complexe peut tourner cette page du jour au lendemain et ne plus y revenir (ou seulement ponctuellement)… pour s’adonner corps et âme dans une nouvelle activité.

Cette obsession fulgurante prendra, suivant la temporalité et la nature de l’intérêt, tantôt la forme d’une lubie (compulsion) ou celle d’un intérêt profond (passion durable). Une lubie peut s’avérer éloignée de la personnalité ou des goûts habituels d’un philo-complexe et ne durer que le temps de décharger un surplus d’énergie mentale qui, dans le cas contraire, aurait tendance à « virer » en ruminations et en pensées toxiques. La lubie est alors comme un simple réceptacle des résidus de pensée, réceptacle dont la forme peut changer à l’infini (activités « piano », « jeux vidéo », « broderie », « sculpture », « lecture », « course à pied », « relation amoureuse »…). En revanche, une activité liée à un intérêt profond va correspondre à la personnalité, aux valeurs et à l’environnement social dans lequel évolue le complexe. L’intérêt profond peut alors durer une vie entière, car il est aussi essentiel que de se nourrir ou respirer. Mais, bien sûr, le complexe ayant tendance à l’excès, la passion peut, par phases alternatives, se révéler particulièrement épanouissante et structurante ou étouffante et destructrice. – Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier

5.Une forte sensibilité aux mots ou à la parole donnée

Aux yeux des philo-complexes, les mots sont porteurs de sens et d’engagement. Les mots revêtent dès lors une fonction prioritaire et hautement engageante.

6.Un besoin d’esthétisme

La quête, sémantique et symbolique, des philo-complexes leur confère un besoin esthétique important dans les domaines qui les intéressent. Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier affirment qu’un philo-complexe informaticien accordera ainsi un grand crédit à la beauté d’un code, un complexe sportif à la beauté du geste et presque tous à la beauté d’un mot, au fait qu’il sonne juste et bien. Ainsi, leur idée profonde de « changer le monde » se voit directement reliée à leur besoin d’esthétisme.

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Source : Les Philo-cognitifs : ils n’aiment que penser et penser autrement de Fanny Nusbaum, Olivier Revol et Dominic Sappey-Marinier (éditions Odile Jacob). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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