Les philo-cognitifs : un terme pour repenser le haut potentiel intellectuel

Les philo-cognitifs : définition

Les philo-cognitifs

Dans leur livre Les philo-Cognitifs, Fanny Nusbaum, Olivier Revol et Dominic Sappey-Marinier proposent cette expression de “philo-cognitifs” pour rendre compte du fonctionnement cognitif des personnes usuellement appelées “surdouées”, “précoces, “à haut potentiel intellectuel” ou encore “zèbres”.

L’expression “philo-cognitifs” désigne d’abord un intérêt prononcé (voire un besoin profond) et une capacité supérieure pour la mobilisation massive de la pensée au travers de trois processus principaux :

  • un raisonnement actif et compulsif (hyperspéculation),
  • une sensibilité et une alerte exacerbées (hyperacuité)
  • une pensée automatique et analogique surdéveloppée (hyperlatence).

Les auteurs ont choisi le préfixe « philo » parce qu’il se réfère à une nécessité permanente de réflexion philosophique, c’est-à-dire de questionnements des grands principes existentiels pour l’homme dans son environnement, dans ses relations avec autrui, de sa place dans l’univers, avec une approche métaphysique ou spirituelle.

Un philo-cognitif est donc cet individu, enfant ou adulte, doté d’une grande réceptivité globale et ainsi capable de détecter et collecter tout stimulus pertinent plus rapidement et/ou plus intensément pour l’intégrer à un système de raisonnement perfectionné. Dans ce sens, il fait appel à des qualités supérieures dans l’élaboration d’une réflexion, allant jusqu’à extrapoler, questionner, trouver des idées alternatives par des associations d’idées de haut niveau, mettant même en jeu son radar sensitif pointu qui lui permet de nourrir ses raisonnements.- Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier

Pour autant, les philo-cognitifs ne sont pas forcément des génies ni des personnes exceptionnellement douées dans un domaine spécifique. Elles ne sont pas non plus plus compétentes que les autres, étant donné qu’elles sont douées pour penser, mais pas forcément pour agir.

 

3 caractéristiques des philo-cognitifs

Fanny Nusbaum, Olivier Revol et Dominic Sappey-Marinier proposent trois caractéristiques majeures communes aux philo-cognitifs décrivant leur façon de penser singulière.

1.L’hyperspéculation (je suis, donc je pense)

Les philo-cognitifs sont marqués par un investissement presque « vital » de la pensée, que les auteurs nomment “hyperspéculation”. Ils écrivent que penser est pour les philo-cognitifs un besoin, voire une compulsion.

L’hyperspéculation se traduit par :

  • un besoin viscéral de réflexion;
  • une avidité à élaborer des conclusions sur la base d’idées nouvelles, à extrapoler à partir de celles-ci.

Ces personnes ne se satisfont pas d’un « c’est comme ça » mais cherchent toujours une explication cohérente, selon leurs propres filtres, même si ceux-là semblent évidents à la communauté. C’est ainsi qu’on observe chez elles un esprit critique aiguisé et des questionnements philosophiques récurrents – nous entendons par « philosophique » tout questionnement personnel sur les lois générales du monde environnant et sur son positionnement dans cet environnement. Ce besoin de philosopher, de penser et d’interroger le monde est à comprendre au sens large. .- Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier

2.L’hyperacuité (intuition et instinct)

Les philo-cognitifs sont caractérisés par une hyperacuité au niveau de :

  • l’émotion (discernement accru dans la détection de marques émotionnelles chez les autres et ressenti émotionnel personnel amplifié);
  • la motricité (proprioception très développée, c’est-à-dire une capacité à percevoir avec une extrême sensibilité les données externes et internes relatives au positionnement, à la coordination, au maintien et à l’équilibre dans l’espace);
  • des perceptions sensorielles (perception fine de l’environnement sensoriel).

Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier notent principalement un seuil de sensibilité de haut niveau dans les domaines des émotions, de la motricité et des cinq sens qui peut se révéler comme une force quand il s’agit de détecter et d’analyser les données internes et externes (être plus à l’écoute de ses sensations, mieux percevoir les bruits, les odeurs ou les émotions…), mais également comme une faiblesse.

Ces dimensions combinées de l’hypersensibilité émotionnelle, de l’hypersensorialité et de l’hyperproprioception confèrent à ces sujets dans leur ensemble des pressentiments assez puissants – bien qu’ils ne soient pas toujours aptes à y prêter attention ou à en faire une bonne interprétation – ainsi qu’une conscience très précoce et fine de la mort et de ses enjeux.- Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier

3.L’hyperlatence (un réassemblage permanent des idées)

Le cerveau des philo-cognitifs est marquée par une hyperlatence, c’est-à-dire qu’il réassemble en permanence les dernières expériences vécues et les compare avec des expériences antérieures de même ordre pour se créer un modèle de compréhension et d’interprétation de la réalité, modèle qu’il va être en mesure de projeter sur des situations ou des idées nouvelles et sur différentes simulations du futur.

L’hyperlatence se fonde notamment sur la récupération de souvenirs en mémoire pour les comparer à la situation actuelle. Le cerveau assemble alors le passé et le présent. Il élabore un modèle intégratif en extrayant et rapprochant les régularités trouvées dans les situations de même ordre pour être en mesure d’apporter ultérieurement une meilleure réponse possible à ce genre de situation. Si ce phénomène de latence constitue un des socles de tout apprentissage, il est omniprésent dans le groupe ici étudié. Plus fréquents et plus intenses que dans la population standard, ce surinvestissement de la pensée, cette méta-analyse perpétuelle donnent lieu à une compréhension/intégration supérieure et à des apprentissages généralement facilités. Cependant, cette population se montre également plus vulnérable à la rumination mentale. – Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier

Ainsi, Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier remarquent que la rumination mentale semble plus fréquente chez les philo-cognitifs parce qu’ils montrent une tendance naturelle à se poser des questions sur tout ce qui leur arrive et à répondre à ces questions en passant notamment par la pensée diffuse quand l’esprit est apparemment au repos.

 

Ces trois caractéristiques psycho-comportementales, associées aux trois réseaux anatomo-fonctionnels qui les sous-tendent, montrent un dispositif cognitif global de haut niveau, comme un moteur ou un processeur plus puissant, qui permet davantage de rapidité et de qualité de traitement des stimuli externes ou des informations internes mémorisées.- Nusbaum, Revol et Sappey-Marinier

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Source : Les Philo-cognitifs : ils n’aiment que penser et penser autrement de Fanny Nusbaum, Olivier Revol et Dominic Sappey-Marinier (éditions Odile Jacob). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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