architecture école maternelle

L’architecture d’une école maternelle repensée pour répondre aux dispositions naturelles des enfants

L’architecture d’une école maternelle repensée pour répondre aux dispositions naturelles des enfants

Les idéaux qui ont guidé la conception de cette école :

  • Les enfants ont besoin de mouvement

Cette maternelle de Tokyo a été conçue pour laisser les enfants libres de leurs mouvements et de leurs expériences. Les enfants parcourent en moyenne 4 000 mètres par jour, à force de courir sur le toit ou dans la cour.

architecture école maternelle

Un enfant a même parcouru 6 000 mètre en moins d’une demie heure dans cette école !

L’architecte de cette maternelle ovale avait cette idée en tête : l’architecture est capable de changer le monde et la vie des gens. Cette maternelle est une tentative de changer la vie des enfants.

  • Les enfants sont supposés être dehors

Le toit est ovale et aussi bas que possible pour que tout le monde puisse se voir et communiquer, qu’ils soient dans la cour en bas ou sur le toit en haut.

Chaque classe a une lucarne qui fait office de puits de lumière, un lavabo à hauteur des enfants, des endroits où se cacher et grimper, un arbre qui pousse et étend ses branches à travers le toit.

découvrir école maternelle

 

Les arbres traversent le toit et les enfants peuvent escalader les branches quand ils sont sur le toit. arbre dans école maternelle

Il n’y a aucune frontière entre les différentes classes ni entre le dedans et le dehors. architecture maternelle

  • Les enfants ont besoin d’une dose de prise de risque

Une annexe de l’école a été conçue de manière à laisser les enfants prendre des risques. Cette annexe comprend 7 étages sur 5 mètres de hauteur : les plafonds sont très bas et il y a peu de gardes fous.

L’architecte estime que les enfants ont besoin de faire des expériences motrices, de tomber, de se faire mal. Face aux difficultés, les enfants apprennent à s’entre aider.

s'entre aider école maternelle

 

enfants apprennent mieux après une pause

Les enfants apprennent mieux après une pause au cours de laquelle ils ont pu bouger et jouer librement (l’exemple d’une école américaine)

Comment les enfants améliorent leurs compétences avec 4 récréations par jour dans cette école américaine

A l’école élémentaire Eagle Mountain (à Fort Worth, Texas), les enfants de maternelle et de CP bénéficient de 4 récréations de 15 minutes par jour. Le temps de récréation global est passé de 20 minutes à 1 heure par jour. Cette mesure s’accompagne d’activités qui favorisent le développement de qualités telles que l’empathie ou l’optimisme.

Cette école des Etats-Unis s’inspire du modèle finlandais. Les enfants finlandais profitent de beaucoup plus de temps de jeux libres au cours de récréation que les enfants américains (et français).

Les enseignants témoignent d’une évolution positive chez les élèves : les enfants sont moins distraits, plus attentifs et discutent moins en classe. Ils remarquent même un effet étonnant sur les crayons : les enfants avaient pris l’habitude de les broyer, de les casser, de les mâchouiller mais, depuis que l’école a introduit 4 récréations par jour,  les enfants ont perdu cette habitude.

Bien que les enseignants étaient nerveux à l’idée de laisser les enfants sortir 4 fois par jour en récréation (et de prendre du retard sur le programme), ils se sont rendus compte qu’ils avaient au contraire pris de l’avance sur les programmes dès le milieu de l’année.

Si vous voulez qu’un enfant soit attentif et reste concentré sur une tâche, si vous voulez qu’il retienne une information, vous devez leur fournir des pauses régulières. –  Bob Murray, pédiatre (chercheur à l’Ohio State University)

Bob Murray a compilé des études qui appuient les observations des enseignants de l’école Eagle Mountain. Les imageries cérébrales ont montré que les enfants apprennent mieux après une pause au cours desquelles ils ont pu bouger et jouer librement.

Les enfants qui ont plus de récréations à l’école se comportent mieux, sont en meilleure santé physique et démontrent un meilleur développement social et émotionnel.

Pourtant, les autorités tendent à vouloir plus de temps académique, elles veulent plus de temps pour traiter les matières fondamentales.

On continue de penser en tant qu’adultes qu’on doit contrôler ce que font et apprennent les enfants et comment ils le font. Or les enfants savent comment jouer, ils savent structurer leurs propres jeux, ils ont surtout besoin de temps pour grandir de manière responsable et éthique.

Quand on demande aux enfants ce qu’ils préfèrent à l’école, la plupart répond les récréations ! Les récréations ont plusieurs avantages :

  • une soupape physique et émotionnelle car c’est le seul moment où les enfants peuvent agir sans devoir obéir ou suivre une contrainte (de temps, d’espace…),
  • un rôle dans le combat contre l’obésité,
  • une meilleure concentration,
  • une amélioration des compétences académiques.

 

Les récréations ne devraient jamais être supprimées, ni utilisées comme punition ou remplacées par des cours de gym structurés. La récréation n’est pas un luxe à l’école : c’est une nécessité pour satisfaire les besoins des enfants et un catalyseur des apprentissages scolaires !

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Sources en anglais 1 et 2

 

 

aménager espace auto discipline enfants

Comment (et pourquoi) agir sur la périphérie de l’enfant plutôt que sur l’enfant (aménager l’espace en classe ou à la maison pour favoriser l’auto discipline) ?

Comment (et pourquoi) agir sur la périphérie de l’enfant plutôt que sur l’enfant (aménager l’espace en classe ou à la maison pour favoriser l’auto discipline) ?

L’autodiscipline, un principe fondamental dans la pédagogie Montessori

Pour Maria Montessori, la discipline doit venir de l’intérieur. Voici ce qu’on peut lire dans le livre “Apprends moi à faire tout seul” de Charlotte Poussin (éducatrice Montessori) à ce sujet :

Le contrôle de l’erreur qui vient de l’extérieur engendre la passivité et crée une dépendance. Il vaut mieux que l’enfant ne prenne pas l’habitude d’être corrigé par un autre. Cela risque de le rendre passif. On voit si souvent, dans des classes traditionnelles, des enfants attendre, voir faire la queue en file indienne, pour être corrigés. Cela leur fait perdre du temps et rompt leur cycle d’activités. Alors qu’une autocorrection les garderait actifs et stimulerait leur travail.

D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’avoir juste ou faux. Il s’agit de s’exercer, de se perfectionner. L’exercice est un essai, un entraînement, pas une finalité en soi. Mieux la correction est vécue, plus elle suscite le travail personnel et motive le redoublement de l’effort.

L’être humain a besoin de se sentir en sécurité pour apprendre. S’il se sent humilié ou découragé, cela peut le bloquer et freiner sa confiance et son estime.

L’essentiel est de valoriser les erreurs. Cette phrase peut sembler paradoxale mais le secret de la réussite, c’est de considérer les échecs comme des tremplins vers le succès !  Il faut valoriser le travail indépendamment des résultats. Le vrai but, c’est le travail intérieur ! 

Si on laisse l’enfant repérer son erreur, alors sa prise de conscience est réelle et bénéfique.

 

Favoriser l’autocorrection en pratique 

Du matériel auto correctif

C’est pour cette raison que le  matériel dans la pédagogie Montessori offre à l’enfant la possibilité d’avoir le contrôle de l’erreur.

Source : blog l'école des amours
Source : blog l’école des amours

Des attentes sur le tâtonnement, pas sur le résultat immédiat

Les éducateurs Montessori n’attendent pas des enfants qu’ils réussissent tout de suite une activité. Ce qui est important est la manipulation et la pratique (pas le résultat ni la perfection).

 

Des précautions avec les encouragements

Une fois le succès atteint, mieux vaut inciter l’enfant à se féliciter et à être content de lui même (plutôt que le complimenter ou le flatter à outrance).

Le problème avec les compliments extérieurs est qu’ils peuvent créer une dépendance à l’approbation extérieure qui pousserait l’enfant à travailler pour les félicitations et la reconnaissance extérieure et qu’il pourrait souffrir de leur absence qui sonnerait comme un reproche ou une preuve de son incompétence.

Un encouragement efficace passe par  :

  • la description objective de ce que nous voyons (je vois…, je remarque.., tu as fait...)
  • la description objective du processus, du travail, des efforts (Cela t’a demandé beaucoup d’efforts et de travail et tu as réussi à…,  C’était difficile et tu as atteint ton objectif., Ce succès représente des mois/jours/heures passés à…)
  • l’expression de ce que nous ressentons (Je suis ému(e) quand…, J’aime particulièrement… parce-que…, Ça me rend joyeux(se) de voir que…, Je me sens…)
  • l’incitation à l’auto motivation (Tu dois être content.e de toi, Tu dois éprouver de la satisfaction...)

 

L’environnement parle souvent de lui même

On a plus d’influence sur le comportement des enfants, et de façon plus positive, en agissant sur la périphérie de l’enfant plutôt que sur l’enfant de façon directe. – Charlotte Poussin

Le message passe mieux lorsqu’il est suggéré ou proposé que lorsqu’il est imposé. Quand un enfant se sent respecté dans sa dignité et son intégrité, il cherche pas ou peu à dévier d’une consigne. Quand on propose un environnement adapté, stimulant, favorisant l’autonomie, l’enfant peut se centrer et se concentrer. Le calme découle de la concentration.

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Une école réaménagée aux Etats Unis

Quelques exemples

Si l’on souhaite que les enfants parlent moins fort, on peut leur parler tout bas en se mettant à leur hauteur. Le ton des enfants va alors baisser par absorption de l’ambiance calme.

Si l’on souhaite que les enfants rangent (par exemple leurs chaussures en rentrant dans la maison), mieux vaut installer du mobilier à leur hauteur, accessible, pratique et prévu à cet effet. C’est l’aménagement de l’espace qui incite à agir de telle ou telle façon.

S’il y a du désordre dans une classe, c’est sûrement qu’il y a du désintérêt ou que aménagement de la classe ne permet pas une circulation ou un rangement facile, autogéré. Une solution est d’agir sur l’environnement de la classe pour qu’il invite à plus d’activités qui suscitent l’intérêt des enfants , et par là leur concentration, les mettant en état de “flow“.

Un exemple d’école dans laquelle sont aménagés des espaces de retour au calme :

exemple école 3° type
Une école du 3° type en France

Avec des enfants plus grands/ adolescents

Dans son livre Enseignants efficaces, Thomas Gordon propose des pistes pour améliorer l’environnement scolaire en incluant les élèves dans le changement à travers une séance de “brainstorming”:

Identifier le problème sous forme de question (par exemple : Comment pouvons-nous améliorer la manipulation et le rangement du matériel utilisé en classe ?)

Fixer une limite de temps pour la séance de remue-méninges.

Énoncer toutes les idées possibles (ne pas se limiter aux idées pratiques : rechercher des idées originales).

Lister toutes les idées émises (sans jugement ni tri à cette étape, les idées seront évaluées après que toutes les idées auront été exprimées).

Examiner le problème sous diverses angles (ex : du point de vue d’un élève d’une autre école, d’un décorateur d’intérieur, d’un parent d’élève…).

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Source : Apprends moi à faire tout seul : la pédagogie Montessori expliquée aux enfants de Charlotte Poussin (éditions Eyrolles). Disponible en médiathèque en librairie ou sur internet.

Commander Apprends moi à faire tout seul sur Amazon. 

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Un concept pour la classe : l’heure des génies (cultiver la curiosité et stimuler l’esprit d’initiative à l’école)

Un concept pour la classe : l’heure des génies (cultiver la curiosité et stimuler l’esprit d’initiative à l’école)

L’heure des génies est un temps réservé en classe chaque semaine pour réaliser un projet sur un sujet qui passionne les élèves. Ce type d’initiative a de nombreux atouts :

  • inviter les enfants à réfléchir à leurs passions, à leurs intérêts (on est à la confluence de la philosophie, de la science, des arts, du sport, de la technologie…)
  • se questionner et mieux se connaître :
    • qu’est-ce que j’aime ?
    • qu’est-ce qui m’intéresse ?
    • sur quels sujets j’ai envie d’en savoir plus ?
    • qu’est-ce que je veux apprendre ?
  • s’investir complètement, donner du sens et (re)trouver de la motivation
  • raisonner en mode projet (s’organiser, trouver des ressources, demander de l’aide appropriée, trier des informations, les mettre en forme, choisir le support le mieux adapté, créer des questionnaires et les administrer…)
  • travailler les compétences “fondamentales” de manière transversale (lire, écrire, résoudre des problèmes…)
  • réinvestir les apprentissages dans un projet plus global

Les ressources sur cette initiative sont nombreuses en anglais (par exemple ici ou ici). Les enfants qui ont pu bénéficier de cette “heure du génie” ont réalisé des projets aussi variés qu’un mini film en stop motion avec des Lego, l’écriture et la mise en page d’un livre, la réalisation d’un vêtement en tricot, une recette difficile ou encore le démontage d’un ordinateur pour comprendre le fonctionnement des micro-processeurs.

l'heure du génie en classe

L’heure des génie ne consiste pas à “juste” surfer sur internet, cliquer, discuter et jouer. C’est beaucoup plus que cela : inventer, concevoir, créer, construire, partager.

Ce concept a été pensé pour une application en classe mais je trouve qu’on peut tout à fait le transposer de manière moins formelle à la maison ou dans le cadre de l’Instruction en Famille.

Une enseignante canadienne (Brigitte Léonard) a décidé de mettre en place cette “heure du génie” dans sa classe et en décrit le processus de manière détaillée dans cet article :

Libérer les esprits avec L’heure des Génies

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pedagogie-3eme-type

La pédagogie du 3ème type en vidéo : l’école autrement (démocratie, nature, apprentissages autonomes, jeu…)

La pédagogie du 3ème type en vidéo : l’école autrement (démocratie, nature, apprentissages autonomes, jeu…)

 

Une vision renversante de l’école sans cours, sans devoirs, sans cahiers, sans notes, sans programme (à travers le modèle de l’école “La lueur des champs” dans le Morbihan).ecole 3° type

Le rôle de l’adulte”facilitateur”

Les enfants vivent des apprentissages informels, autonomes sans programme pré-établi. Les “facilitateurs d’apprentissage” adultes suivent l’enthousiasme naturel de l’enfant pour apprendre. Le rôle des adultes est de se rendre disponibles pour faciliter les apprentissages.

Lire aussi : Les apprentissages autonomes (ou comment les enfants s’instruisent sans enseignement)

Un fonctionnement démocratique

Les règles de vie commune se décident ensemble sur un mode démocratique, notamment à travers le conseil de paix.

conseil école démocratique

Les enfants ont appris à pratiquer la Communication Non Violente et à raisonner en termes de besoins non satisfaits.

Les règles et le cadre sont importants pour permettre la vie en collectivité : “la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres”.

Le multi-niveau

Une communauté intergénérationnelle prend vie dans une classe unique pour permettre à chacun de trouver sa place et recréer un espace de vie naturel.

Des apprentissages informels et autonomes

C’est à travers leurs activités que les enfants apprennent (écrire des lettres, cuisiner, jardiner, correspondre avec des personnes dans des pays étrangers…). Les enfants vont souvent plus loin que ce nous, pédagogues, aurions imaginé pour eux.

une école du 3° type

 

Un accompagnement des talents et de “l’élément” (selon la formule de Ken Robinson)

Toutes les intelligences sont mises au même niveau. formes d'intelligence

Les enfants connaissent la place qu’ils ont envie de prendre dans la société et le métier (ou les métiers) qu’ils auront envie de pratiquer plus tard.

Lire aussi : Aider les enfants (et les ados) à trouver leur voie, la meilleure façon de les motiver : le concept d’Elément selon Ken Robinson

Une école ouverte sur le monde

L’école est ouverte sur l’extérieur : les voisins, les agriculteurs du coin, les parents, les professionnels, les retraités sont invités à mettre un pied dans l’école pour partager leurs expériences, leurs connaissances et leurs passions.

L’autonomie des enfants

L’ambiance et l’environnement sont aménagés de telle manière à favoriser l’autonomie de tous les enfants, quel que soit leur âge.

Chaque enfant a son espace personnel que personne d’autre ne touche.

Toute sorte de matériel est mis à disposition des enfants : du matériel issu des pédagogies Montessori, Steiner ou Freinet, des microscopes, des ordinateurs en libre service, des livres, des jeux de société, du matériel artistique, des jeux en matière naturelle, des instruments de musique, des appareils numériques…

art à l'école

Un espace cocoon de retour au calme est à disposition des enfants (avec des coussins, des peluches, des hamacs…). exemple école 3° type

 

Les apprentissages joyeux sont les plus puissants.

L’espace extérieur est également aménagé de manière à permettre des apprentissages informels, avec la présence d’animaux, d’un potager, d’un établi de bricolage, d’une aire de jeux en plein air…

espace extérieurs école

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Pour en savoir plus :

Le livre de Bernard Collot pour comprendre l’essence et le fonctionnement des écoles du 3ème type :

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Des écoles qui rendent les enfants heureux ?

Des écoles qui rendent les enfants heureux ?

Antonella Verdiani, docteure en sciences de l’éducation, formatrice et fondatrice du mouvement Printemps de l’Education, partage avec nous sa vision de l’enseignement et de l’éducation.

Cultivez là où c’est déjà fertile !

2 choses fondamentales en chacun 

  • La capacité de rêver
  • La joie de vivre

On inflige une cruauté ordinaire aux enfants en tuant leur capacité à rêver.

Antonella Verdiani part du principe que les méthodes d’enseignement basées sur la liberté, le rythme des enfants et leur capacité à rêver permettent d’apprendre sans fatigue.

Que veut dire éduquer à la joie ?

Éduquer à la joie, c’est permettre aux enfants d’être en contact direct avec le monde, le ciel et la Terre, avec les animaux, avec les gens.

L’étymologie de “joie” en sanskrit est “yuj” : le lien, la connexion, la reliance. Quand les enfants font quelque chose qu’ils aiment, ils oublient le monde autour d’eux et ils apprennent sans fatigue.

L’éducation à la joie permet de réintroduire le bonheur à l’école : une école fondée sur l’épanouissement des enfants, des enseignants et des parents pour que l’enfant exprime “son trésor intérieur”.

Mme Verdiani pense que les notes, les classements, la sur-représentation de l’écrit dans l’évaluation, la prépondérance des diplômes et l’esprit critique français sont les principales causes de la souffrance à l’école. Ils génèrent stress, comparaison et peur de l’échec.

Maria Montessori ou Célestin Freinet avait déjà compris les méfaits d’un système éducatif trop rigide et mis en pratique ces idées. Bien qu’ils n’aient pas été beaucoup écoutés en leurs temps, de plus en plus d’enseignants et d’éducateurs ont repris le flambeau et inventent de nouvelles pratiques pédagogiques. Ces pratiques effectives en classe ont pour point commun : la liberté, le respect du rythme de l’enfant et de sa capacité à rêver.

La joie d’apprendre est autant indispensable à l’intelligence que la respiration au coureur. – Maria Montessori

Antonella Verdiani est l’auteure du libre Ces écoles qui rendent nos enfants heureux : pédagogies et méthodes pour éduquer à la joie (éditions Actes Sud) dans lequel elle cite de nombreux exemples pour éduquer autrement. C’est possible et c’est en cours !

L’une des significations du mot “éduquer” est “tirer hors de”, c’est-à-dire soustraire à l’ombre la partie la plus généreuse et la plus ingénieuse des individus pour les accompagner vers leur épanouissement.

Atteindre ce but par l’éducation et l’école semble le chemin le plus simple pour faire des adultes responsables, autonomes et libres, engagés dans des parcours de vie choisis plutôt que subis.

En France et dans le monde entier, des initiatives éducatives novatrices naissent tous les jours. De plus en plus d’écoles publiques ou privées, à la maison, à la ferme, en communauté, autogérées, démocratiques, ouvertes, libertaires, osent aujourd’hui se détourner d’une conception de l’éducation imposée par les institutions.

Partout, des gens s’organisent pour trouver des alternatives au système éducatif actuel : des enseignants qui aiment leur métier et qui, au sein de l’école publique, tentent des expériences épanouissantes; des parents qui se fédèrent pour créer des écoles dans leur village, des mères qui enseignent leurs savoir-faire traditionnels au sein de l’école de leurs enfants…

Des jeunes aussi, qui inventent de nouvelles façons de s’éduquer par l’autoformation ou l’apprentissage par les pairs, comme à la Brockwood Park School en Angleterre ou à Last School à Auroville, en Inde, où ils décident librement d’étudier les matières qu’ils aiment, sans se préoccuper de notions d’évaluations, d’examens ou de niveau scolaire.

Ainsi, naissent des mouvements et des courants nouveaux, basés sur des pédagogies alternatives. Si certaines d’entre elles – quoique mal connues – sont relativement familières, comme les pédagogies Steiner, Montessori ou encore Freinet, d’autres se développent et sont à découvrir, comme celle de l’éducation lente (la “Slow School” ou la pédagogie de l’escargot), de l’éducation démocratique inspirée par les idéaux libertaires (EUDEC, Aero, etc.), de l’école à la maison ou de l’instruction en famille…

Ce livre, richement documenté, propose un tour d’horizon de toutes ces initiatives éducatives innovantes, en détaillant à la fois la spécificité et l’originalité de chacune d’elles. Conçu de manière pratique, il fournit aux parents, citoyens et enseignants des informations et références pour découvrir des écoles qui replacent l’enfant et son épanouissement au coeur du processus éducatif.

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Se passer des écoles telles qu’on les connaît aujourd’hui : utopie, folie ou urgence ?

Le jeu et le libre choix, une pédagogie naturelle ?

Des enfants biologiquement programmés pour apprendre ?

Peter Gray est un psychologue américain, qui s’est spécialisé dans l’étude du jeu chez les enfants. Il est l’auteur du livre Free to Learn dans lequel il expose sa théorie : quand on laisse les enfants poursuivre leurs propres intérêts à travers le jeu, ils apprendront non seulement tout ce dont ils ont besoin pour mener la vie qui leur correspond mais ils le feront également avec énergie et passion, contribuant à leur bonheur. 

Les enfants viennent au monde désireux d’apprendre et équipés avec les meilleurs outils pour parvenir à cette fin : la curiosité, le jeu et la sociabilité.

Les enfants sont biologiquement programmés pour s’éduquer eux-mêmes et apprennent naturellement de manière joyeuse, à travers le jeu, le questionnement et l’exploration.

 

sudbury school français

Les conditions d’un apprentissage autonome, informel et efficace

1.Des opportunités

Par conséquent, ils ont besoin d’opportunités, pas de coercition, pas d’obligation ou encore moins de programmes imposés. Peter Gray affirme qu’il est possible d’imaginer une société sans l’école telle que nous la connaissons aujourd’hui. Il se défend d’une vision folle, romantique ou irréaliste. Il s’agit plutôt d’une idée qui a germé après des années de recherches et d’observations scientifiques.

2.De la liberté pour apprendre

Peter Gray fait référence à des études anthropologiques et ethnologiques menées sur des tribus qui vivent à l’écart de la société occidentale moderne. Dans ces tribus, les enfants sont libres de jouer et d’explorer, de manipuler la poussière, la boue ou encore l’eau à toute heure de la journée, sans être interrompus. Ils jouent à des jeux qui participent à développer les compétences dont ils ont besoin pour vivre et s’intégrer dans leur culture. En d’autres termes, ils s’éduquent eux-mêmes.

3.Une mixité d’âge

Ces enfants jouent dans des groupes d’âges mixtes (de 4 à 18 ans) et une grande partie de leurs apprentissages se fait dans l’interaction avec les pairs.

L’acquisition des connaissances et des compétences nécessaires à la vie en société dans une culture donnée se fait par l’observation des pairs et des adultes, par le jeu et par des activités auto décidées, auto contrôlées et auto dirigées (non imposées de l’extérieur).

Les enfants dans ces groupes sociaux ont plus confiance en eux et sont plus résilients que la plupart des enfants de nos sociétés.

 

La fin de l’éducation ?

La grande question que Peter Gray se pose est de savoir si une telle organisation et une telle liberté des enfants, qui sont finalement synonymes d’une fin de l’éducation telle que nous l’envisageons aujourd’hui, serait possible dans nos sociétés occidentales.

Il y répond par l’affirmative. Plusieurs penseurs se sont penchés sur la question avant lui et de nombreux professionnels de l’éducation sont encore aujourd’hui en train d’élaborer des solutions.

Parmi eux, j’ai envie de citer :

  • A.S. Neill, fondateur de Summerhill School en Angleterre dont les principes reposent sur le libre choix et la démocratie (reportage en français sur cette école ici)
  • Ken Robinson, chercheur en éducation et favorable à une révolution du système éducatif. Il est l’auteur de plusieurs livres dont Trouver son élément et donne de nombreuses conférences inspirantes.
  • Léandre Bergeron, ancien professeur canadien, a écrit le livre Comme des invitées de marque pour témoigner de la vie sans école de ses filles (maintenant âgées de plus de 30 ans)

 

Un modèle d’école compatible avec cette vision de l’apprentissage ?

L’école libre et démocratique existe déjà

Peter Gray  mentionne la Sudbury School comme un modèle compatible avec nos sociétés et proches de la manière dont les enfants apprennent naturellement.

La Sudbury School est une école fondée en 1968 aux Etats Unis et reposant sur un modèle démocratique. Dans cette école, plus d’une centaine d’enfants entre 4 et 18 ans y sont accueillis, pour une dizaine d’adultes encadrants. Les règles de l’école sont décidées de manière collégiale au cours de conseils démocratiques. Les problèmes sont résolus ensemble. Enfants et adultes y ont le même pouvoir : la voix des enfants vaut celle des adultes. Les élèves et le personnel ont les même droits et les mêmes devoirs.

Cette école fonctionne avec un budget moitié moins élevé que celui d’une école publique américaine traditionnelle. Les enfants y prennent véritablement en charge leur propre éducation. Il n’y a pas de note, pas de programme, pas d’examen ni de contrôle. Le libre choix et la souveraineté de chacun y priment.

Le modèle de l’école Sudbury est réplicable et viable. Plus de 30 écoles de ce type existent à travers les Etats Unis et le monde (dont une à Paris et plusieurs autres en projet en France). Voici une présentation en français du fonctionnement de cette école :

L’école libre et démocratique a démontré sa légitimité et son adéquation avec la société contemporaine

Selon des études sur les anciens élèves, la réussite des enfants ne dépend pas de l’origine socio-économique ou de la personnalité des enfants qui y sont scolarisés. Une des principales caractéristiques des anciens élèves de la Sudbury School est qu’ils poursuivent des études et des carrières en lien direct avec leur passions et leurs talents.

Ils ont continué dans l’âge adulte à jouer aux jeux qu’ils préféraient quand ils étaient plus jeunes ! Les anciens élèves sont souvent reconnaissants à l’école démocratique de leur avoir permis de cultiver leur propre motivation, leur sens de la responsabilité personnelle, leur capacité à décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Ils sont également plus sensibles à l’équité et aux valeurs démocratiques.

Pour Peter Gray, les écoles démocratiques sur le modèle de Sudbury School remplissent les 6 conditions qu’il estime essentielles à l’éducation des enfants.


conditions de l'apprentissage

Se passer des écoles telles qu’on les connaît aujourd’hui : utopie, folie ou urgence ?

Si on fournit aux enfants les conditions pour qu’ils s’éduquent eux mêmes, on peut se passer des écoles telles qu’on les connaît aujourd’hui. Peter Gray regrette que nous enlevions aux enfants toutes les choses dont ils ont besoin pour s’épanouir en cherchant à les faire rentrer dans un moule, dans un système qui a montré ses trop nombreuses limites.

Est-ce qu’on force les enfants à respirer ? Pourquoi alors forcerait-on les enfants à apprendre alors qu’on sait qu’ils le font naturellement ?

Pourquoi les enfants devraient-ils tous apprendre la même chose, au même moment, au même âge et de la même manière alors que chaque vie est unique et organique (le contraire même de linéaire et standardisé…) ?

 

Il propose de passer à une éducation sans coercition, non standardisée, plus conforme à la vie, c’est-à-dire qui prenne en compte l’imprévu, la richesse de la diversité des opinions, des intérêts, des passions, des talents, qui reconnaisse la valeur et le potentiel de chaque enfant.

Les enfants sont conçus pour apprendre dans la joie et de manière auto dirigée. C’est cruel de les priver de ces mécanismes naturels et parfaitement adaptés, au risque de créer des dysfonctionnements que nous corrigerons avec encore plus de souffrance et/ou d’inefficacité.

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Pour les anglophones, lien vers la vidéo source de Peter Gray

Peter Gray est l’auteur de Libre pour apprendre : libérons nos enfants pour qu’ils retrouvent le bonheur et la confiance en eux (coédition Acte Sud).

Commander Libre pour apprendre sur Amazon.

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Besoin d’un nouveau modèle d’éducation dans un monde où les robots et l’intelligence artificielle s’améliorent de jour en jour ?

Besoin d’un nouveau modèle d’éducation dans un monde où les robots et l’intelligence artificielle s’améliorent de jour en jour ?

Une conférence qui a déjà 6 ans mais qui est toujours d’actualité en cette année où un ordinateur a vaincu le meilleur joueur de Go du monde.

Quelles sont les vertus humaines qu’un robot ne saurait posséder ou acquérir ? Qu’est-ce qui nous reste ? 

Où courons-nous ? Dans quelle direction courons-nous ? Peut-on changer cette direction ? 

François Taddei, biologiste et militant pour l’innovation dans l’éducation, estime que la maîtrise de compétences clés permettra aux prochaines générations de faire face aux défis du futur :

  • apprendre à apprendre pour créer et s’adapter

La créativité reste l’élément essentiel à consolider chez les jeunes et les moins jeunes. François Taddei fait référence au paradoxe de la Reine Rouge, personnage créé par Lewis Caroll dans Alice au pays des merveilles.

La Reine Rouge et Alice se lancent dans une course effrénée. Alice demande alors : « Mais, Reine Rouge, c’est étrange, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ? » Et la reine répondit : « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit. »

L’américain Leigh Van Valen en a déduit une théorie : Toutes les espèces courent pour rester à la même place.

Comme notre environnement change sans cesse, notre capacité d’adaptation est à renouveler jour après jour.  Les espèces sont obligées d’évoluer pour ne pas être dépassées, voire détruites, par les espèces et les organismes avec lesquels elles cohabitent et sont en compétition.

  • coopérer

  • échanger des informations pour créer de la connaissance

Il est important de faire comprendre aux enfants qu’ils peuvent construire leurs propres connaissances tout en aidant les autres à construire les leurs. C’est ensemble qu’ils pourront progresser.

François Taddei insiste sur la notion d’intelligence collective : ensemble et avec l’aide de matériel extérieur (comme des logiciels, des ordinateurs), les humains peuvent réaliser des choses qu’aucun homme ne serait capable de réaliser seul. Il mentionne l’exemple de Wikipedia.

  • savoir partager les ressources

Maintenir les équilibres dans tous les écosystèmes pour assurer la survie de toutes les espèces.

  • propager les idées nouvelles et les innovations

Moderniser le système éducatif ne signifie pas seulement apporter des tablettes et les nouvelles technologies en classe mais avant tout se traduit dans une recherche continuelle d’amélioration.

  • instaurer une confiance en soi inébranlable

François Taddei voir dans la confiance en eux des enfants une pierre angulaire de l’éducation : développer chez les enfants la capacité à croire en leurs capacités devient alors une priorité de l’éducation.

Du côté de l’enseignant et des parents, « Tu peux le faire ! » 

Du côté de l’enfant, « Je peux le faire ! »

 

Des initiatives inspirantes pour commencer

François Taddei fait référence à plusieurs initiatives qui ne demandent qu’à être connues et propagées :

  • Redonner du pouvoir et de la liberté aux enfants 

Un exemple dans la vidéo de Kiran Bir Sethi infectée par le virus “I can” à ce lien : La vidéo la plus inspirante que j’aie jamais vue sur l’éducation

 

  • L’enseignement par les pairs 

Une des six conditions pour des apprentissages efficaces selon Peter Gray et appliquées dans les écoles d’inspiration Sudbury.

conditions de l'apprentissage

 

  • Le modèle du Nord de l’Europe

 

  • Transformer le monde en un campus global

Voir l’essor des cours en ligne (Mooc, Khan Academy)

 

  • Mobiliser l’énergie de tous les jeunes sans exclusion 

La musique contre l’illetrisme et pour l’expression de tous les enfants, quel que soit leur milieu

L’expérience du trou dans le mur en Inde : ou comment TOUS les enfants apprennent par eux-mêmes quand on leur en donne les moyens 

 

  • L’éducation à la non violence

9 principes pour apprendre à communiquer sans violence à l’école et à la maison

Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur (par Edgar Morin)

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Apprendre sans l’école ?

 Apprendre sans l’école, déjà une réalité !

André Stern : jouer et apprendre sont synonymes

André Stern n’a jamais été scolarisé et raconte son expérience de « grand enfant de 43 ans qui n’a jamais cessé de jouer » à travers des livres et des conférences. Il estime que les enfants sont tous nés avec 2 dispositions naturelles dont la nature les a dotés pour apprendre.

1. Le jeu

Il n’existe pas de dispositif plus adapté pour l’apprentissage que le jeu.

Il n’y a rien de mieux pour apprendre que le jeu. – André Stern

2. L’enthousiasme

Le cerveau se développe là où on l’utilise avec enthousiasme. Le cerveau est capable de produire son propre engrais. Or les enfants sont des sources inépuisables d’enthousiasme. A chaque fois qu’on s’enthousiasme pour quelque chose, des transmetteurs neuroplastiques se déversent et agissent comme un engrais pour le cerveau. Ils ne se déversent que lorsque les centres émotionnels sont activés dans le cerveau, lorsque quelque chose nous prend aux tripes, lorsque quelque chose est vraiment important pour nous.

A chaque fois qu’on s’enthousiasme, et quel que soit notre âge, un arrosoir déverse dans le cerveau un engrais qui fait grandir les connexions neuronales.

L’enthousiasme est nécessaire pour qu’il y ait des changements dans le cerveau. Mais on ne peut pas l’avoir sur ordonnance. Il faut que les gens soient émus, touchés dans leur cœur, « empoignés au cœur ». – Prof. Dr. Gerald Hüther

 

Jean-Pierre Lepri : la fin de l’éducation

la fin de l'éducationJean-Pierre Lepri est un ancien enseignant français très critique vis-à-vis du système éducatif : pour  lui, les êtres humains n’ont pas besoin d’éducation car le seul fait que quelqu’un décide pour un autre pose problème. Il estime que l’éducation n’est pas autre chose que préparer systématiquement les nouvelles générations à une relation dominant-soumis.

Pour lui, l’école a tellement imprégnée la société et nos mentalités que nous avons du mal à admettre qu’apprendre est distinct d’enseigner et n’a pas de relation directe avec éduquer/ enseigner/ former. L’alternative à l’éducation, c’est l’apprendre. Apprendre est centré sur l’apprenant. On apprend bien des choses qui ne nous ont pas été enseignées. C’est parce qu’il est privé de son apprendre naturel (par l’éducation) que l’être humain croit qu’il a besoin d’éducation pour apprendre.

Jean-Pierre Lepri apporte des réflexions issues de l’expérience d’apprendre :

  • apprendre est un acte distinct de celui d’enseigner
  • apprendre est indépendant de l’enseignement
  • j’apprends ce qui a du sens pour moi
  • les résultats de l’enseignement sont souvent ou insignifiants ou nuisibles car l’enseignement peut être un obstacle à l’apprendre
  • apprendre est un instinct, permanent, lié à la vie même
  • apprendre est inévitable et gratuit
  • apprendre est illimité
  • apprendre, c’est incorporer (je ne fais qu’un avec mon savoir)
  • j’apprends seul, mais des autres et du monde
  • apprendre, c’est faire mal ce que je ne sais pas encore faire
  • apprendre est invisible
  • j’apprends lorsque ce que j’apprends entre dans ma zone prochaine de développement
  • la conscience (même diffuse) que j’ai quelque chose à apprendre est la clé de mon apprendre
  • apprendre, c’est voir ce qui était déjà là et que je ne voyais pas encore

Pour Jean-Pierre Lepri, l’éducation ne fait rien en propre. Ce qui est déterminant n’est ni la nature de l’éducation, ni l’absence d’éducation mais le milieu qui m’entoure. Ce qui joue n’est pas tant telle ou telle éducation mais quel milieu accueille l’apprenant, le nouvel arrivant. Car nous apprenons par imitation (par le jeu des neurones miroirs principalement) et donc par l’observation de ce que nous allons imiter

Ainsi, la société pourrait se passer d’éducation : les nouveaux arrivants continueraient à s’y intégrer et à acquérir ce qui leur permet de survivre dans cette culture propre.

 

John Holt : les apprentissages autonomes sans école obligatoire

John Holt affirme que les enfants s’instruisent eux-mêmes sans enseignement.

On peut facilement observer que les enfants sont passionnément désireux de comprendre le plus possible le monde qui les entoure, qu’ils sont très doués pour cela et qu’ils le font à la manière de scientifiques, en créant de la connaissance à partir de l’expérience. Les enfants observent, s’interrogent, découvrent, élaborent et ensuite ils testent les réponses aux questions qu’ils se posent. Quand on ne les empêche pas de faire toutes ces choses, ils continuent à les faire et ils deviennent de plus en plus compétents. – John Holt

apprentissages autonomes holt
Dans son livre Les apprentissages autonomes, il écrit : Que fait-on quand on est en train d’apprendre, quand on crée de l’apprentissage ? Eh bien, on observe, on regarde, on écoute. On touche, goûte, sent, manipule et parfois on mesure et calcule. Et on s’interroge, on se dit : “Pourquoi cela ?” ou “Pourquoi est-ce comme ça ?” ou “Est-ce que cette chose produit cet effet ?” ou “Qu’est-ce qui fait que cette chose arrive ?” ou “Est-ce qu’on peut la faire arriver différemment ou mieux ?”; ou encore “Est-ce qu’on peut faire disparaître la larve de hanneton des plants de salade ?” ou “Peut-on produire plus de fruits ?” ou “Peut-on réparer la machine à laver ?” ou que sais-je. Et nous inventons des théories, ce que les scientifiques nomment des hypothèses; nous avons des intuitions, nous nous disons : “Peut-être est-ce dû à ceci” ou “est-ce que cela ne pourrait pas être à cause de cela ?” ou “Peut-être que si je fais ceci, cela va se produire.” Et ensuite nous testons ces théories ou ces hypothèses.

Nous pouvons les tester simplement en posant des questions à des personnes dont nous pensons  qu’elles en savent plus que nous, ou nous pouvons les tester par une observation plus approfondie. Nous pouvons nous dire : “Je ne sais pas trop ce qu’est cette chose, mais peut-être que si je la regarde encore je vais trouver.” Ou bien peut-être allons nous planifier des expériences : ” Je vais essayer de mettre ça sur les plants de salade et voir ce que ça fait sur les larves de hanneton” ou “Je vais essayer autre chose”. Et, à partir de tout cela, de différentes manières, nous découvrons que notre intuition n’était pas si bonne, ou au contraire, qu’elle était excellente, et nous continuons, nous observons encore, nous spéculons encore. Nous posons plus de questions, nous élaborons plus de théories et nous les testons.

Ce processus crée de l’apprentissage et nous le faisons tous. […] Et c’est exactement ce que font les enfants. Ils travaillent d’arrache pied à ce processus à chaque instant de la journée. Quand ils ne sont pas en train de manger ou de dormir (et encore), ils créent du savoir. Ils observent, pensent, spéculent, théorisent, testent et expérimente en permanence et ils sont bien meilleurs que nous, adultes, à ces tâches. L’idée même que nous pourrions enseigner à des enfants comment apprendre a fini par m’apparaître totalement absurde.

Or l’un des principaux problème de l’école est qu’on demande souvent aux enfants de répéter comme quelque chose de logique quelque chose qui ne leur semble pas du tout (ou pas encore) logique. Ils finissent par accepter comme une vérité tout ce que l’autorité dit et ils n’essaient plus de tester ou de vérifier. Après plusieurs années sur les bancs de l’école, ils oublient même comment tester.

John Holt a consacré beaucoup de son temps à proposer des alternatives à l’école (plutôt que des écoles alternatives). Dans son ouvrage Apprendre sans l’école, il cite plusieurs de ces alternatives :

  • l’instruction en famille (unschooling ou apprentissage autonome sans enseignement)
  • la fin de l’instruction obligatoire : des écoles fréquentées par choix, des professeurs choisis par des apprenants volontaires
  • les réseaux d’échange de savoirs
  • les médiathèques
  • la presse
  • les vidéos ou tutoriels sur Internet
  • la méthode Suzuki pour la musique
  • se filmer, s’enregistrer, se regarder dans un miroir pour la pratique d’un sport ou de la musique (pour avoir un feedback et s’auto corriger)
  • contacter des personnes ressources
  • des instruments de musique en prêt dans les ludothèques ou médiathèques…

apprendre sans l'écolePour autant, le rôle des adultes est prépondérant : ils doivent être attentifs et suffisamment présents pour mettre à disposition des ressources qui pourront aider les enfants, tout en restant vigilants à ne pas chercher à faire aller les enfants là où ils n’ont pas le projet d’aller.

John Holt distingue le P-rofesseur du p-rofesseur. Un P-rofesseur croit (et arrive à convaincre ses élèves) que tout ce qu’ils apprennent doit être enseigné. Un p-rofesseur est un guide : il soutient l’apprenant en étant présent, en posant des questions, en disant à l’enfant qu’il est sur le bon chemin quand c’est le cas, en répondant aux questions qui lui sont posées. Le p-rofesseur augmente progressivement la difficulté des exercices, donne des feedbacks, encourage l’apprenant à s’auto corriger et à développer ses propres critères de réussite. La tâche primordiale de tout p-rofesseur est d’aider l’apprenant à ne plus dépendre de lui, de lui apprendre à être son propre professeur.

Le vrai professeur doit toujours être en train de travailler à sa mise au chômage. – John Holt

 

Léandre Bergeron : l’instruction en famille et l’art de ne pas enseigner

comme des invitées de marqueLéandre Bergeron était enseignant et a fait le choix de vivre des produits de sa ferme dans la campagne canadienne. Il raconte dans son livre les motivations de ses choix et décrit l’enfance de ses 3 filles non scolarisées (aujourd’hui trentenaires). On y apprend que ses filles sont nées à la maison, que lui-même et sa femme ne les ont jamais laissées pleurer, qu’ils n’ont jamais cherché à les « enseigner » ou à les « éduquer ».

Voici son approche de l’apprendre :

J’ai toujours envisagé toute question de leur part comme d’une importance capitale pour elles et qui, de ce fait, méritait toute mon attention. Si je ne pouvais pas répondre à l’instant, je m’assurais de le faire à leur convenance plus tard. Mais, surtout ne pas étirer la réponse, pêché capital des enseignants et des parents scolarisés bien attentionnés. Savoir s’arrêter quand l’intérêt de l’enfant n’y est plus. Et ça se voir facilement dans le regard de l’enfant qui quitte le vôtre.

Apprendre à ne pas enseigner, c’est-à-dire à ne pas transmettre des connaissances à tout prix, à ne pas forcer la dose, à ne pas être obsédé par l’accumulation de connaissance chez notre enfant comme s’il devait subir un examen dans l’heure qui suit.

Il n’y avait rien à faire qu’à les laisser jouer à leur guise, tant qu’elles voulaient, pour qu’elles apprennent ce qu’elles avaient besoin de savoir à leur âge. Pourquoi est-ce qu’elles devraient savoir lire et écrire avant d’avoir besoin de lire et écrire ? Pourquoi faire du plaisir d’apprendre une torture en l’imposant prématurément ?

Quel besoin mes filles avaient-elles de lire à sept, huit ou dix ans ? Aucun. Quel besoin avaient-elles de compter, additionner, soustraire ? Aucun. Jusqu’à ce que dans leurs jeux à elles, elles sentent un manque et cherchent à le combler.

Moi, je ne suis qu’un assistant disponible.

L’important, ce n’est peut-être pas d’arriver au but que l’on peut se fixer mais le processus dans lequel on s’engage.

Pas d’obligation, pas de stress, pas de tests, pas de tension, pas d’autorité. Le seul désir d’apprendre les pousse à faire accorder les adjectifs avec les noms, les participes passés avec le sujet s’ils sont conjugués avec « être ».

Comment oser dire que les enfants qui ne fréquentent pas l’école ne vont pas développer leur sociabilité ? C’est tout le contraire que je contaste. Car la socialisation forcée des écoles ressemble à la socialisation des prisons plutôt qu’à l’épanouissement des relations humaines chaleureuses.7

Un enfant qui doit faire une tâche pour « apprendre à travailler » n’apprend rien de plus que l’obéissance.

Un être soumis est une bombe à retardement.

Ce qui m’amène à parler de la facilité avec laquelle les enfants s’intègrent à la vie active des adultes quand ils en ont la chance. On dirait même que c’est naturellement ce qu’ils veulent faire alors que l’école s’entête à l’interdire systématiquement.

 

Peter Gray : l’importance du jeu libre

free to learn peter grayPeter Gray est un psychologue américain, qui s’est spécialisé dans l’étude du jeu chez les enfants. Il est l’auteur du livre Free to Learn dans lequel il expose sa théorie : quand on laisse les enfants poursuivre leurs propres intérêts à travers le jeu, ils apprendront non seulement tout ce dont ils ont besoin pour mener la vie qui leur correspond mais ils le feront également avec énergie et passion, contribuant à leur bonheur. 

Les enfants viennent au monde désireux d’apprendre et équipés avec les meilleurs outils pour parvenir à cette fin : la curiosité, le jeu et la sociabilité.

Les enfants sont biologiquement programmés pour s’éduquer eux-mêmes et apprennent naturellement de manière joyeuse, à travers le jeu, le questionnement et l’exploration.

Si on fournit aux enfants les conditions pour qu’ils s’éduquent eux mêmes, on peut se passer des écoles telles qu’on les connaît aujourd’hui. Peter Gray regrette que nous enlevions aux enfants toutes les choses dont ils ont besoin pour s’épanouir en cherchant à les faire rentrer dans un moule, dans un système qui a montré ses trop nombreuses limites.

Est-ce qu’on force les enfants à respirer ? Pourquoi alors forcerait-on les enfants à apprendre alors qu’on sait qu’ils le font naturellement ?

Pourquoi les enfants devraient-ils tous apprendre la même chose, au même moment, au même âge et de la même manière alors que chaque vie est unique et organique (le contraire même de linéaire…) ?

Il propose de passer à une éducation sans coercition, non standardisée, plus conforme à la vie, c’est-à-dire qui prenne en compte l’imprévu, la richesse de la diversité des opinions, des intérêts, des passions, des talents, qui reconnaisse la valeur et le potentiel de chaque enfant.

Les enfants sont conçus pour apprendre dans la joie et de manière auto dirigée. C’est cruel de les priver de ces mécanismes naturels et parfaitement adaptés, au risque de créer des dysfonctionnements que nous corrigerons avec encore plus de souffrance et/ou d’inefficacité.

Pour Peter Gray, les écoles démocratiques sur le modèle de Sudbury School remplissent les 6 conditions qu’il estime essentielles à l’éducation des enfants. Pour autant, peut-on encore parler d’école ou faut-il revoir la définition que nous donnons à ce mot ?

conditions de l'apprentissage

 

Des exemples de l’acquisition de compétences dans un cadre auto dirigé, tel que préconisé par Peter Gray (sur le blog de l’Ecole Autonome, une école de type Sudbury en Belgique) :

 

Ivan Illich : le projet d’une société sans école

une société sans écolePour Ivan Illich, l’école est l’agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est et que seule la scolarité est capable de préparer à l’entrée dans la société.

Il en résulte que ce qui n’est pas enseigné à l’école n’a aucune valeur et, du même coup, ce que l’on apprend en dehors d’elle (et non sanctionné par des diplômes) ne vaut pas la peine d’être connu.

L’enseignement fondé sur des programmes en vue de l’obtention d’un diplôme est nocif pour Ivan Illich. Il appelle à une révolution éducative fondée sur :

  • le libre accès aux choses (en abolissant le contrôle que des personnes privées et des institutions exercent sur leur valeur éducative)
  • le libre partage des compétences (en garantissant le droit d’enseigner ou de démontrer ces compétences à la demande)
  • la facilitation et l’encouragement du droit à tenir des réunions par des personnes individuelles (pouvoir de plus en plus détenu par des institutions qui prétendent parler au nom du peuple)
  • la libération des individus de l’obligation de modeler leurs espérances conformément aux services que peuvent leur offrir les professions établies (en leur permettant de disposer de l’aide de leurs pairs, de profiter de leur expérience et de se confier à l’enseignant, au guide, au conseiller, au guérisseur de leurs choix).

Au delà d’une abolition de l’école obligatoire, Ivan Illich prône une déscolarisation de la société toute entière : il estime que non seulement l’éducation mais aussi la réalité sociale se sont scolarisées. On en vient à considérer aussi irresponsables les personnes qui se soignent seules que les personnes qui acquièrent seules leur instruction. La scolarisation de la société nous conduit à penser que seules les institutions étatiques peuvent entreprendre un traitement de qualité (soit fourni directement par l’État, soit validé et contrôlé par lui). Par conséquent, tout accomplissement personnel en marge des institutions est matière à suspicion. Le seul but qu’il faudrait poursuivre est d’assurer à tous des possibilités éducatives égales : le droit à l’éducation ne devrait pas être confondu avec l’obligation de scolarité.

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Ainsi, on le voit, apprendre ne se résume pas à aller à l’école. Apprendre, c’est vivre et vivre, c’est apprendre. Bernard Collot affirme même qu’un jour, nous balayerons le mot apprentissage de notre vocabulaire !

Les questions sur l’apprendre deviennent alors philosophiques :

  • quelqu’un a-t-il le droit de décider de ce que je dois apprendre (c’est le cas à l’école obligatoire) et quand je dois l’apprendre ?
  • peut-on obliger quelqu’un à apprendre quelque chose qu’il ne veut ou ne peut pas apprendre ?
  • quelqu’un a-t-il le droit de hiérarchiser les savoirs et les contenus des apprentissages ?
  • tous les apprentissages se valent-ils ?
  • y a-t-il des apprentissages indispensables à la vie en société ? est-ce que ce caractère indispensable donne le droit d’en imposer la maîtrise à un âge précis ?
  • peut-on envisager une société où chacun apprendrait ce qu’il veut, abandonnant l’idée même de programmes scolaires (c’est le modèle des écoles démocratiques ou Sudbury) ?
  • est-on toujours dans une société qui prône l’égalité et la liberté quand une partie de sa population (les enfants de 6 à 16 ans en France) sont soumis à des programmes d’apprentissages obligatoires et à une hiérarchie des filières, des diplômes ?
  • l’école obligatoire est-elle une chance, un mal nécessaire ou peut-on envisager une société sans école ?
  • un trouble de l’apprentissage n’est-il pas plutôt un trouble de l’apprentissage à l’école, voire un trouble de l’enseignement ?
  • est-ce que l’enseignement peut empêcher d’apprendre ?
  • les troubles de l’apprentissage demeureront-ils toujours des troubles dans le cadre d’apprentissages autonomes et informels ou deviendraient-ils invisibles ?
  • faut-il souffrir pour apprendre ?
  • quelle est la meilleure manière d’évaluer un système d’enseignement : le niveau de compétences des enfants et/ou le niveau de bonheur ?

Mon propos est d’éveiller des questionnements, je suis moi-même en cheminement sur ces questions-là. Par exemple, j’ai besoin de me savoir entre les mains d’un chirurgien dont les compétences ont été validées par un doctorat avant d’être opérée.

Je ne prétends pas à l’exhaustivité du sujet et je n’ai pas de réponses claires et tranchées à proposer, chacun cheminant à son rythme sur ces questions en fonction de son niveau de conscience et de sa volonté.

En revanche, les quelques éléments que j’ai mentionnés peuvent apporter un éclairage sur les raisons qui conduisent à la multiplication des écoles alternatives, à la croissance du nombre d’enfants instruits en famille ou encore à la mode du “hacking de l’éducation”.

Pour aller plus loin : Les apprentissages autonomes et Apprendre sans école de John Holt (éditions L’instant présent)

rituels-bienveillants-en-classe

6 rituels pour créer un environnement sécurisant et bienveillant en classe (par un enseignant)

6 rituels pour créer un environnement sécurisant et bienveillant en classe (par un enseignant)

Bob Cantin, enseignant québécois au secondaire, présente six rituels qu’il utilise dans sa classe pour créer un environnement sécurisant, bienveillant, stimulant et valorisant, propice aux apprentissages et à une bonne cohésion de groupe.

1.Un accueil personnalisé et spécial

Chaque enfant est accueilli avec un petit mot et un signe de reconnaissance pour qu’il se sente “spécial”, reconnu et bienvenu.

2. Des consignes positives

Les consignes données en classe évitent la négation : “marche” (plutôt que “ne cours pas”), “chuchote” (plutôt que “ne crie pas”…)

consignes-positives

3.La communication non verbale

Des signes non verbaux sont efficaces pour passer des messages et créer un lien, une connexion (par exemple, un “check”, une tape dans le dos…).

Certains enfants peuvent ne pas être à l’aise avec le fait d’être touchés : ceci est à respecter. On pourrait même demander à l’enfant avant de le toucher : “serais-tu d’accord pour que je… ?”. On peut très bien envisager des signes non verbaux qui ne passent pas par le toucher (pouce en l’air, clin d’oeil, sourire…).

4.L’accompagnement dans le cheminement vers la réponse

Quand un jeune ne sait pas répondre à une question, plutôt que demander la réponse à un autre élève ou de la lui donner, accueillir toutes ses réponses et l’accompagner dans son cheminement avec des questions ouvertes (comment… ? où… ? qui… ?) et une foi dans sa capacité à trouver la réponse (“tu vas y arriver”).

5.Les choix

Proposer des choix aux élèves : “est-ce que tu préfères poursuivre ou recommencer ?”

6.Le coffre à outils

Bob Cantin conseille de faire davantage ce qui fonctionne : qu’est-ce qui contribue à créer un cadre sécurisant ? bienveillant ? à ramener le calme ? l’intérêt ? On pourrait faire une liste de ces moments (ex : lire une histoire, proposer une séance de pleine conscience, colorier un mandala…) et se doter d’une boîte à outils des bonnes pratiques.

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Pour aller plus loin : Des conseils pour instaurer un cadre valorisant en classe par 4 professeurs des écoles