Les bébé et les enfants ont autant besoin de comprendre le monde et d’apprendre que de nourriture

Les bébé et les enfants ont autant besoin de comprendre le monde et d’apprendre que de nourriture

Les bébé et les enfants ont autant besoin de comprendre le monde et d'apprendre que de nourriture

Alison Gopnik, chercheuse en psychologie du développement, affirme qu’en science (comme dans la vie quotidienne d’ailleurs), on ne s’arrête pas à la surface des choses et du monde : les scientifiques tentent d’en percevoir les réalités profondes, cherchent les causes cachées des phénomènes et essaient de déterminer la nature des choses.

La chercheuse insiste sur le fait que ce n’est pas seulement parce que les humains en sont capables : nous en avons besoin ! Il semble bien que les humains aient un appétit d’explications, comme ils ont un appétit de nourriture ou d’amour. Alison Gopnik écrit : “Face à une énigme,  un mystère, la suggestion d’une règle à découvrir, quelque chose qui nous semble bizarre, nous travaillons à comprendre jusqu’à trouver la solution.” Oui, il arrive que des scientifiques passent la nuit sur un problème, en oubliant même de manger… et pas seulement les scientifiques dont c’est le métier : qui n’est pas rester éveillé pour trouver la solution à un problème (des mots croisés, la résolution de l’énigme d’un roman policier, le niveau d’un jeu vidéo…) ?

Alison Gopnik constate que ce même appétit de comprendre le monde est encore plus évident chez les enfants. Pendant leurs trois premières années, ils sont comme consumés par le désir d’explorer et de faire des expériences avec les objets. C’est d’ailleurs un fait incontournable, et parfois épuisant, de la vie de parent (le bébé touchant à tout, tout le temps…).

Du point de vue de l’évolution, le comportement d’explorateur des bébés est assez étrange. Ils dépensent une énergie folle en explorations, et ces dernières mettent parfois en danger leurs chances de se perpétuer (il faut qu’ils parviennent entier à la puberté !). Cela peut s’expliquer par le fait que, pour l’espèce humaine, les dangers de l’exploration ne font pas le poids face aux bénéfices de ses enseignements. – Alison Gopnik

Les psychologues du développement pensent que cette façon qu’ont les bébés de jouer avec le monde alentour les aide à résoudre les grands problèmes de la disparition, de la causalité et de la catégorisation.

Trois facteurs qui expliquent que les jeunes enfants apprennent tant en si peu de temps : les bébés disposent de

  • un certain savoir inné

Les enfants commencent avec certaines hypothèses fondamentales, apparemment données. Je développe cette idée dans cet article : Ce qu’on ne peut pas ne pas savoir sur le cerveau de l’enfant (enseignants, parents, professionnels de l’éducation)

  • une capacité à apprendre considérable

La capacité à apprendre des bébés et des enfants est puissante… et leur motivation l’est encore davantage ! Ils sont animés d’un désir ardent d’explorer le monde physique inconnu qui les entoure et de nouer des liens, d’entrer en contact avec les personnes qui les entourent.

  • leçons implicites données par les gens qui les entourent (les adultes mais également les autres enfants)

Les plus grandes influences sur les bébés et les enfants s’exercent de façon parfaitement inconscientes. Par exemple, les psychologue du développement ont découvert qu’une grande partie du cerveau humain est dévolu au traitement du langage et au déchiffrement des visages. Cela tend à suggérer que l’information provenant de nos semblables est primordiale. En d’autres termes, il semble que le cerveau aime apprendre des autres !

Pourquoi s’intéresser aux mécanismes d’apprentissage des bébés et jeunes ?

Pour Alison Gopnik, s’intéresser aux sciences cognitives et à la psychologie du développement permet de s’immuniser contre le “formules magiques” et les kits prêts à l’emploi pour rendre les bébés plus intelligents (comme certains jeux pseudo éducatifs ou les cassettes Effet Mozart). Elle écrit :

Tout ce que nous savons des bébés suggèrent qu’au mieux, ces interventions artificielles sont inutiles et qu’au pire, elles distraient des interactions normales entre adultes et enfants. Les bébés sont déjà aussi intelligents qu’ils peuvent l’être, ils savent ce qu’ils ont besoin de savoir et ils sont efficaces et sélectifs quand il s’agit d’obtenir les informations dont ils ont besoin. Ils sont conçus pour apprendre comment fonctionne le monde qui les entoure, et ils apprennent en jouant avec ce qu’ils trouvent dans cet environnement, et notamment avec les gens qui les aiment. Un des avantages, et non le moindre, de posséder un minimum de connaissance scientifique est qu’il immunise contre la pseudo-science.

Ce qu’on peut retenir de la science tient en quelques mots :

  • la nature nous a conçus pour éduquer les enfants tout comme elle a conçu les enfants pour profiter de cette éducation
  • s’occuper de bébés ou de jeunes enfants revient toujours à leur apprendre quelque chose
  • la recherche scientifique ne prescrit rien d’autre que ce que nous faisons quand nous sommes avec nos bébé : parler, jouer, faire des grimaces, s’intéresser à eux.
  • ni les bébés ni les adultes ne sont figés dans des façons d’apprendre et d’enseigner : la souplesse du système cognitif humain est aussi impressionnante que sa richesse initiale.

La question principale devient alors politique : il nous faut du temps, en tant que parents, encadrants et professionnels de l’enfance; il nous faut le temps nécessaire, hors de pression d’attendus de maîtrise de compétences à tel ou tel âge; il nous faut du temps, de l’espace et des occasions pour faire ce que nous ferions si la société moderne nous les fournissaient.

La meilleure façon de conjuguer science et politique est d’avoir des citoyens bien informés. – Alison Gopnik

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Source : Comment pensent les bébés ? de Alison Gopnik, Andrew Meltzoff et Patricia Kuhl (éditions Poche Le Pommier).

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