Comment se fait-il que quelqu’un apprenne ? Comment peut-on “faciliter” des apprentissages importants ?

De l’apprentissage et de sa facilitation

faciliter les apprentisages

Dans son livre Liberté pour apprendre, Carl Rogers propose de répondre aux questions suivantes :

  • comment se fait-il que quelqu’un apprenne ?
  • comment peut-on “faciliter” des apprentissages importants ?
  • quels principes fondamentaux sont implicites à l’apprentissage ?

Carl Rogers propose 10 grands principes sur la notion d’apprendre.

Les êtres humains ont en eux une capacité naturelle d’apprendre.

Il s’agit d’une tendance naturelle à laquelle on peut faire confiance. – Carl Rogers

Un apprentissage valable a lieu lorsque son objet est perçu par l’étudiant comme ayant un rapport avec ses projets personnels.

Lorsque quelqu’un a un projet et qu’il voit que le matériel qui se trouve à sa disposition pourrait l’aider à réaliser ses fins, l’apprentissage se fait très rapidement. – Carl Rogers

L’apprentissage qui implique un changement dans l’organisation du moi ou dans la perception du moi, est ressenti comme menaçant et on tend à y résister.

Ces apprentissages qui sont menaçants pour le moi sont plus facilement perçus et assimilés lorsque les menaces extérieures sont réduites au minimum.

Un environnement encourageant, compréhensif, et l’absence de notes, ou l’invitation à s’évaluer soi-même, éloignent les menaces externes et permettent à l’enfant de réaliser des progrès, puisqu’il n’est plus paralysé par la peur. – Carl Rogers

Carl Rogers affirme que les résultats des études qui mettent en lumière les bons résultats des expériences d’apprentissages autonomes et informels sont jetés dans l’ombre parce qu’ils sont une menace pour les enseignants traditionnels.

Lorsque la menace contre le moi est faible, l’expérience vécue peut être perçue dans ses nuances et l’apprentissage peut avoir lieu.

L’humiliation, le ridicule, le rabaissement, la colère et le mépris constituent des menaces contre la personne elle-même, contre la perception que chacun a de soi et, comme telles, interfèrent fortement avec l’apprentissage. Par contre, lorsque la menace contre le moi est faible, chacun utilise les moyens d’apprendre qui se trouvent à sa disposition, de façon à renforcer son soi. – Carl Rogers

On apprend beaucoup et valablement dans l’action.

Carl Rogers semble enfoncer des portes ouvertes mais il rappelle que les apprentissages sont particulièrement efficaces quand on propose de résoudre des problèmes avec lesquels les apprenants sont aux prises quotidiennement.

L’apprentissage est facilité lorsque l’étudiant détient une part de responsabilité dans la méthode.

Un apprentissage authentique est favorisé au maximum lorsque l’étudiant choisit lui-même son orientation, qu’il contribue à découvrir lui-même les moyens d’apprendre, qu’il formule personnellement ses difficultés, qu’il décide lui-même du déroulement de l’apprentissage, et qu’il doit supporter directement les conséquences de ses décisions. – Carl Rogers

Un enseignement auto-déterminé qui engage la personne toute entière – avec ses sentiments autant qu’avec son intelligence – est celui qui pénètre le plus profondément et qui est retenu le plus longtemps.

Carl Rogers parle d’un apprentissage au niveau des “viscères”.

l’indépendance d’esprit, la créativité, la confiance en soi sont facilitées lorsque l’auto critique et l’auto évaluation sont considérées comme fondamentales et que l’évaluation par autrui est vue comme secondaire.

Dans le monde d’aujourd’hui, l’apprentissage le plus utile socialement, c’est l’apprentissage des processus d’apprentissage, c’est aussi apprendre à rester ouvert à sa propre expérience et à intégrer en soi le processus même du changement.

Un type d’enseignement statique a parfaitement convenu dans le temps passé. Mais si notre culture moderne survit, ce sera grâce au fait que nous aurons été capables de former des individus pour qui le changement sera la chose la plus importante de la vie et qui pourront vivre à l’aise avec le changement. Cela signifie que ces personnes ne seront pas inquiètes, à l’opposé de tant d’autres aujourd’hui, de constater que ce qu’elles ont appris dans le passé ne leur suffit pas pour résoudre les problèmes qu’elles rencontrent. Au contraire, c’est très calmement qu’elles s’attendront à devoir continuellement assimiler de nouveaux apprentissages, parfois difficiles, devant des situations toujours changeantes. – Carl Rogers

 

Ainsi, on comprend pourquoi Carl Rogers ne parle plus d’enseignants mais de facilitateur (terme d’ailleurs repris pour désigner les adultes dans les écoles démocratiques). Pour Rogers, les facilitateurs d’apprentissage ont plusieurs caractéristiques :

  • le facilitateur compte pour beaucoup dans l’établissement du climat initial ou de l’ambiance de l’expérience de groupe ou de classe.
  • le facilitateur aide à choisir et à clarifier les projets des individus qui composent la classe aussi bien que les projets plus généraux du groupe entier.
  • le facilitateur fait fond sur le désir de chaque étudiant de réaliser les projets qui ont une signification pour lui, il y voit la force motivante qui soutient un apprentissage signifiant.
  • le facilitateur s’efforce d’organiser et rendre facilement accessible le plus grand éventail possible de ressources d’apprentissage
  • le facilitateur se considère lui-même comme une ressource pleine de souplesse, utilisable par le groupe
  • en répondant à ce qui est exprimé en classe, il accepte aussi bien le contenu intellectuel que les attitudes émotionnelles, s’efforçant de donner à chaque aspect l’importance la plus exacte que celui-ci revêt pour la personne ou le groupe
  • au fur et à mesure que le climat d’acceptation s’établit en classe, le facilitateur est capable de devenir lui-même un participant en apprentissage, un membre du groupe, exprimant ses vues comme étant simplement celle d’une personne
  • le facilitateur prend l’initiative de faire part au groupe de ses sentiments comme de ses pensées, d’une manière qui n’exige rien et qui n’impose rien mais simplement représente un partage de soi que les étudiants peuvent accepter ou laisser tomber
  • à travers toute l’expérience de la classe, le facilitateur  demeure attentif aux expressions qui indiquent des sentiments profonds ou violents
  • en fonctionnant comme facilitateur d’apprentissage, le leader s’efforce de reconnaître et d’accepter ses propres limites.

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Source : Liberté pour apprendre de Carl Rogers (éditions Dunod). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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