L’estime de soi, un pré-requis pour apprendre : 7 clés pour la consolider chez les enfants

Qu’est-ce que l’estime de soi ? 

L’estime de soi est la valeur que l’on s’accorde. Elle est différente de la confiance en soi dans le sens où la confiance en soi est la croyance en ses propres capacités pour surmonter une situation donnée. L’estime en soi est à mettre en rapport avec la valeur que nous nous accordons. L’estime de soi est synonyme d’image de soi. Elle est le résultat d’une évaluation que nous faisons de nous-mêmes, de nos actions.

Estime de soi = croyance en sa valeur

Confiance en soi = croyance en ses capacités

L’estime de soi vient d’abord de l’amour et du regard des parents dès la naissance. C’est par des gestes d’attention, des témoignages d’intérêt, du temps consacré à lui que les parents vont nourrir l’estime de soi de l’enfant : “je suis unique”, “je suis aimé”.

Plus tard, vers 3/4 ans, une nouvelle source complémentaire vient nourrir l’estime de soi de l’enfant : les relations avec les camarades, notamment à l’école. Toute marque d’intérêt, d’amitié vient consolider l’estime de soi : se faire des copains, être invité à un anniversaire…

Les enfants qui ont une forte estime de soi n’ont pas besoin de plaire à tout prix, ne sont pas à l’affût de ce que les autres pensent d’eux. Ils sont capables de s’absorber dans une activité sans se soucier de l’approbation ou des félicitations d’autrui ni du résultat (échec ou réussite, beau ou moche). Un enfant qui a une mauvaise estime de soi va être plus sensible aux marques d’acceptation : craindre de ne pas avoir le bon look, la bonne marque, être dévasté par le fait de ne pas être invité à un anniversaire, chercher à plaire même si cela va à contre courant de ce qu’il est.

L’estime de soi joue un rôle important dans les apprentissages. On reconnait l’estime de soi saine et épanouie au sentiment d’être bien avec soi-même, d’harmonie avec soi. Une bonne estime de soi produit une énergie constructive qui permet à la personne de s’ouvrir à la nouveauté, à l’inconnu, à l’autre. On accepte plus facilement les difficultés, les obstacles, les critiques quand on a une bonne image de soi.

Or apprendre suppose d’avoir suffisamment de ressources en soi pour ne pas se sentir menacé dans cette situation transitoire que constitue la situation d’apprentissage, c’est-à-dire accepter de ne pas savoir pour acquérir la compétence ou connaissance nouvelle. Apprendre suppose de pouvoir supporter ce sentiment passager d’incompétence. Apprendre suppose de prendre le risque d’être confronté à ses limites, de ne pas y arriver. Et de l’accepter. Apprendre est une démarche qui peut aussi être douloureuse.  Apprendre, c’est faire preuve de courage.

7 clés pour consolider l’estime de soi des enfants

1. Valorisation des tentatives qu’elles se soldent par un succès ou un échec

“Certains enfants craignent tant l’échec qu’ils en viennent à refuser de jouer à un jeu de société ou de commencer un exercice de maths” dixit la psychologue Emmanuelle Rigon.

On peut alors encourager le processus par lequel ils sont passés ou vont devoir passer plutôt que le résultat.

“Fais ce que tu as à faire, à ton rythme.”

“Je t’aiderai autant que tu en auras besoin.”

“Fais le quand tu te sentiras prêt(e)”

“Continue sur ta lancée”

“J’aime bien la manière dont [tu as résolu le problème/ tu as examiné les détails]…”

“Tu n’es tombé(e) qu’une seule fois ?”

“Tu as eu de nombreuses idées même si elles n’ont pas toutes fonctionné”

“Tu es capable de rebondir”

“Tu as tout ce qu’il faut pour réussir la prochaine fois, je t’aiderai si tu en éprouves le besoin”

“Tu sais déjà faire ça et ça. Comment tu peux t’en servir ?”

“Les notes sont un reflet de ton travail qui à un moment donné n’a pas répondu aux attentes de ton prof, mais n’est pas un jugement sur ta valeur en tant qu’être.”

“J’ai confiance en ton intelligence, tu y arriveras en temps voulu.”

“Je ne connais aucun autre enfant qui ait, comme toi, à ce point le sens de…”

Par exemple, si l’enfant casse une assiette, nous pouvons commencer par valoriser sa tentative : “Merci d’avoir essayé de nous aider, j’apprécie ton effort” puis indiquer comment réparer “La pelle et la balayette sont dans le placard” ou lui permettre de trouver une solution : “Comment faire pour ramasser les morceaux par terre maintenant ?” ou enfin lui faire comprendre comment éviter ce désagrément la prochaine fois :”Comment tu vas t’y prendre la prochaine fois pour nous aider tout en évitant de casser quelque chose ?”.

 

2. Protection sans hyperprotection

tu vas tomber

Nous avons tendance à abuser des petites phrases hyper-protectrices :

“Tu vas tomber”,

“C’est dangereux”,

“Il suffit d’une fois pour…”,

“Fais donc comme ci ou comme ça”…

Le problème est que nous renvoyons à l’enfant deux idées sur le monde avec cette attitude :

  • l’image d’une monde très dangereux à ne surtout pas explorer,
  • un manque de confiance dans ses capacités comme s’il n’était pas capable de se débrouiller seul.

Pour remplacer ces expressions hyperprotectrices, je vous propose quelques pistes :

  • Donner un renseignement et laisser un choix : “C’est dangereux de monter sur ce muret, que préfères-tu : descendre ou me donner la main ?”
  • Laisser l’enfant trouver une solution par lui-même : “Comment faire pour être sûr(e) de ne pas renverser la bouteille ?”
  • Exprimer ses sentiments : « J’ai peur que tu casses l’assiette. »
  • Proposer de l’aide sans l’imposer : « C’est parfois difficile de verser de l’eau, tu peux me demander de l’aide si tu trouves que la bouteille est trop lourde ! »
  • Remplacer “Tu vas” par “Tu risques de…”
  • Donner des consignes positives : “accroche toi bien au mur”, “prends bien appui sur les branches”

 

3. Un comportement exemplaire de la part des parents 

Comme on le lit souvent dans les livres d’éducation, les enfants prennent exemples sur nos faits et gestes plutôt que sur nos belles paroles :-). Le fait que les enfants répètent nos comportements est dû aux neurones miroir. Pour identifier et comprendre le geste d’une autre personne, les cellules de notre cerveau correspondant à ce geste sont activées sans que le geste soit reproduit “en vrai”. Voir un acte et l’accomplir par nous-mêmes activent les mêmes zones cérébrales.

Ainsi, quand nous nous énervons, l’énervement est reproduit dans le cerveau de l’enfant et il apprend ce comportement. Quand nous nous disons “Je suis nul(le)”, l’enfant apprend la fatalité face à l’échec.


Catherine Gueguen écrit dans “Pour une enfance heureuse” que l’enfant nous imite et nous lui transmettons en priorité ce que nous faisons et ce que nous sommes.

Pour que les enfants acquièrent une certaine aisance sociale, il est donc plus pertinent de discuter avec des personnes au jardin public que de rester assis sur un banc, caché par le journal :-).

 

4. De l’écoute et de l’attention

Isabelle Filliozat conseille d’offrir du temps exclusif à l’enfant, au moins 10 minutes par jour, que ce soit à travers des jeux, des massages, des câlins ou simplement de l’écoute sans distraction (ordinateur et téléphones éteints).

Par cette attitude attentive, l’enfant intégrera qu’il n’est pas quantité négligeable, qu’il ne vient pas après les courses, le ménage, la cuisine ou encore le travail.

 

5. Pas de pression ni d’emploi du temps de ministre mais un stock suffisant de temps libre

Parfois, nous avons tendance à confondre stimulation et performance. Certes, la stimulation de l’enfant va participer à son développement moteur et intellectuel mais l’idée n’est pas de faire des enfants des “singes savants” ou des bêtes de course.

L’enfant a besoin de temps seul, de temps de jeu libre, de temps d’ennui : on peut avoir l’impression que c’est du temps inutile mais c’est au contraire par le jeu et l’ennui que l’enfant va trouver son propre chemin, va exercer sa créativité.  D’un point de vue biologique, le jeu est le moyen par lequel la nature s’assure que les jeunes mammifères, dont les petits d’homme, acquièrent les compétences dont ils ont besoin pour devenir des adultes.

Le Dr. Peter Gray, spécialiste de l’étude du jeu et neurobiologiste, explique que c’est à travers le jeu libre que les enfants apprennent qu’ils sont capables de contrôler leur vie, qu’ils expérimentent ce contrôle. Si on enlève le jeu libre aux enfants, on les prive de la possibilité de :

  • comprendre que le monde n’est pas si effrayant que ça
  • éprouver de la joie et de la fierté,
  • faire « comme si » et de s’échapper de la réalité par l’imaginaire
  • se frotter aux autres
  • confronter des points de vue
  • pratiquer l’empathie
  • surmonter leur narcissisme
  • créer et innover
  • guérir leurs blessures
  • libérer leurs émotions.

 

6. Des réponses à leurs questions et à leurs complexes

Les moqueries à cause de leur taille (trop grand ou trop petit), de leur poids (trop maigre ou trop gros), de leurs oreilles décollées, de leurs boutons… peuvent déstabiliser l’estime de soi des enfants. Comment continuer à s’aimer et à se trouver de la valeur quand on vous dit sans arrêt : “gros tas !”, “oreilles d’éléphant !” ,”t’as une calculette sur la figure!” ?

Il est important d’écouter les doutes et les souffrance de l’enfant, lui montrer que vous le comprenez et le soutenez, que ce sujet n’est pas tabou à la maison. Si vous avez été dans la même situation que votre enfant plus jeune,vous pouvez lui parler de votre expérience, de la manière dont cela vous a affecté et de comment vous l’avez surmontée.

Plusieurs solutions sont possibles si la souffrance est grande :

  • l’humour (sans moquerie ni ironie) pour dédramatiser (quelques exemples dans cet article sur l’humour dans l’éducation),
  • une réponse scientifique (proposer des lentilles à un enfant dont les lunettes sont un fardeau, une consultation chez le nutritionniste pour un enfant qui souffre de son surpoids, une opération de chirurgie pour recoller les oreilles décollées si l’enfant est trop gêné au quotidien),
  • outiller l’enfant. Les enfants ne se font pas harceler parce qu’ils sont roux ou gros mais bien parce qu’ils sont vulnérables et que ça se voit. C’est en tout cas la thèse que défend Emmanuelle Piquet dans son livre Te laisse pas faire. Elle propose dans ce livre une méthode qui consiste à « armer » l’enfant agressé en l’aidant à construire et décocher seul des flèches verbales, des flèches de résistance, de défense, d’arrêt.

7. Une juste mesure à trouver entre plaisir et contrainte

A priori, tous les parents et enseignants sont d’accord pour dire que trop de règles et pas assez de règles sont aussi néfastes l’un que l’autre. Toute la difficulté du rôle de parent est de savoir être solide sans être écrasant. Il y a des règles non négociables : on ne tape personne, on s’exprime avec des mots, on respecte l’autre (son corps, ses “nons”, ses besoins), on attend le feu vert des piétons pour traverser, on ne vole pas, on ne méprise et on n’ignore pas l’existence de l’autre . D’autres règles sont fonction de chaque famille, chaque classe et chaque vécu : dire bonjour peut se faire par un signe de reconnaissance ou par un sourire, pas forcément par un bisou par exemple.

Voici quelques phrases clés à offrir en cadeau aux enfants :

Chacun décide pour lui-même de savoir qui il aime.

Chacun décide de recevoir des baisers ou non.

On n’a pas le droit de donner un baiser à celui ou celle qui n’en a pas envie.

Tout animal, tout être vivant, avec un coeur qui bat, a droit au respect.

On n’a pas le droit de faire mal à un être humain.

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Sources : Petites leçons de vie : pour l’aider à s’affirmer de Sophie Carquain

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