Aux racines de l’intelligence : les bébés sont plus intelligents qu’on ne le croit !

Aux racines de l’intelligence (une nouvelle vision de l’intelligence des bébés)

Dans leur livre Comment pensent les bébés, Alison Gopnik, Andrew Meltzoff et Patricia Kuhl proposent de redéfinir l’intelligence des bébés à la lumière des dernières découvertes de la psychologie du développement. Ils comparent le cerveau des bébés à un ordinateur mais beaucoup plus puissant et d’une nature évolutive, dont le moteur est émotionnel.

Ils répondent dans leur livre à ces questions :

  • Que savons-nous des “programmes” de la machine à apprendre des bébés ?
  • Quelles sortes de représentations et de règles les programmes des ordinateurs biologiques que sont les bébés utilisent-ils ?
  • Comment les bébés apprennent-ils ?
  • Que pouvons-nous en déduire sur les caractéristiques de l’intelligence humaine ?

Les réponses que ces chercheurs proposent s’articulent autour de trois idées principales :

  1. Au départ, les bébés naissent avec des programmes puissants et déjà installés
  2. L’apprentissage : les programmes d’origine ont la capacité de se reprogrammer
  3. Les autres personnes : les interactions aident les bébés à se reprogrammer

1.Au départ : les racines de l’intelligence humaine

La découverte la plus saisissante de ces trente dernières années de recherche en matière de développement est la quantité de choses que les bébés savent.

Les bébés disposent à la naissance de beaucoup plus que de simples réflexes de base. Les chercheurs en psychologie du développement savent désormais que les plus jeunes bébés disposent de représentations du monde sous formes de symboles rappelant ceux des programmes informatiques. Ils reçoivent des “intrants” ou stimui du monde extérieur (les ondes sonores et lumineuses) et les transforment selon certaines règles en diverses représentations. Ces dernières conduisent aux extrants : les expressions du visage, les gestes et actions des bébés.

Ainsi, les bébés traduisent les informations reçues par les yeux et les oreilles en un monde plein de gens aux visages expressifs et aux voix captivantes.

Les représentations des bébés sont :

  • riches,
  • complexes,
  • abstraites.

Les bébés se servent de ces représentations selon certaines règles.

Les représentations des bébés touchent au fait que leur propre visage ressemble à celui des autres humains, à la façon dont les objets bougent et à comment séparer les différents sons d’un langage.

 Les bébés voient déjà l’âme sous la peau, ils entendent les sentiments derrière les mots.

Ces représentations conduisent les bébés à interpréter ce qui leur arrive d’une certaine façon (en faisant attention à certaines choses et en en négligeant d’autres). Elles permettent même au bébé de formuler des attentes et de faire des prévisions.

2.L’apprentissage

La reprogrammation active et continue des programmes initiaux

Dès le début de la vie, nous savons déchiffrer le monde, choisir ce qui est important et anticiper l’avenir parce que nous naissons avec un programme qui traduit les ondes sonores et lumineuses en personnes, en objets et en langage.

Au delà des dotations de base du cerveau, il est important de traiter la question de savoir comment et dans quelle mesure les bébés apprennent.

Les enfants de quelques mois, de un an et de quatre ans transforment les intrants (ondes lumineuses et sonores) en représentations différentes. Ils n’utilisent pas non plus les mêmes règles pour manipuler ces représentations. Les enfants semblent passer d’un programme à un autre, chaque fois plus performant.

Les programmes et les représentations changent précisément parce que les bébés découvrent le monde. Les bébés peuvent comparer ce dont ils font l’expérience à ce qu’ils avaient anticipé. S’ils constatent des différences, ils peuvent modifier leurs règles et représentations.

Quand ils identifient de nouveaux schémas dans leurs expériences, ils peuvent créer de nouvelles règles et représentations pour les prendre en compte. Ces dernières conduisent à de nouvelles expériences et à de nouvelles prévisions, et le processus consistant à concevoir et tester des idées recommence.

Nos expériences interagissent avec ce que nous savons déjà, augmentant ainsi nos connaissances, ce qui à son tour nous permet de faire de nouvelles expériences et de formuler et de tester de nouvelles prédictions, ce qui augmente notre savoir et ainsi de suite.

Dans chaque cas, ce que pensent déjà les bébés influence l’étape suivante de leur développement, déterminant ce qui va les intéresser, les problèmes auxquels ils vont s’attaquer, les expériences qu’ils vont mener, et même les mots qu’ils vont écouter.

Alison Gopnik, Andrew Meltzoff et Patricia Kuhl explique l’apprentissage dont sont capables les bébés par leur faculté à agir. Pour les bébés, il ne s’agit pas seulement d’apprendre passivement ce qui se passe dans le monde mais bel et bien d’y prendre une part active.

Les chercheurs en psychologie du développement rejettent l’idée selon laquelle l’évolution des humains serait exclusivement biologique (à l’image de la chenille qui devient papillon) ou culturelle (où les adultes ont les pleins pouvoirs dans l’influence du développement des enfants).

Les bébés s’investissent activement dans la découverte de schémas sous jacents au monde qui les entoure, la vérification d’hypothèses et la recherche d’explication. Ce ne sont pas de simples masses amorphes marquées du sceau de l’évolution ou modelées par leur environnement ou les adultes qui les entourent.

Les moyens d’apprendre : le jeu

Les bébés éprouvent le besoin irrésistible de déchiffrer le monde dans lequel ils vivent : ils ont une sorte d’énorme appétit d’explication et de compréhension.

C’est cet appétit qui les pousse à agir de façon à obtenir l’information dont ils ont besoin à travers l’exploration et l’expérimentation. Comment un bébé explore-t-il et expérimente-t-il ? En jouant !

Les jeux ne sont jamais des activités gratuites : ils sont plutôt la conséquence de l’élan vital des enfants pour comprendre le monde et apprendre.

Les bébés qui essaient de comprendre ce qui se passe dans la tête des autres  gens jouent à imiter; ceux qui s’intéressent à la façon dont in voit les objets jouent à cache-cache; ceux qui explorent les sons du langage babillent. Ce sont là des jeux très sérieux.

Le moteur des apprentissages : le plaisir de comprendre

Les bébés ne sont pas seulement capables d’explorer et expliquer le monde qui les entoure, ils semblent poussés à le faire par un irrépressible besoin, qui doit être satisfait quels qu’en soient les risques, fût-ce celui de la colère maternelle suprême.

Les émotions jouent donc un rôle primordial : colère et tristesse quand les bébés n’arrivent pas à comprendre, joie quand ils y parviennent. La satisfaction liée à la résolution d’un problème est un moteur pour les apprentissages et les chercheurs vont jusqu’à comparer la compréhension à l’orgasme.

Les orgasmes sont la garantie que nous continuerons à avoir des relations sexuelles, et notre joie à comprendre est la garantie que nous continuerons à essayer de bâtir des théories plus justes. En matière d’évolution, comprendre le monde, comme avoir des rapports sexuels, nous donne un avantage sur le long terme. Les désirs et motivations transforment cet avantage lointain en motivations immédiates.

Les bébés sont conçus pour prendre un plaisir intense à la compréhension.

3.Les autres personnes

Les ordinateurs biologiques que sont les bébés sont conçus pour fonctionner comme éléments d’un réseau social complexe.

L’interaction entre enfants et adultes est aussi naturelle et profondément enracinée que nos autres composantes.

Pour Alison Gopnik, Andrew Meltzoff et Patricia Kuhl, les bébés sont dotés de deux atouts dans ce processus d’interactions :

  • le charme

Une partie du phénomène est purement physique : les traits du visage des bébés provoquent automatiquement une réaction positive chez l’adulte.

  • l’imitation

Le fait que les bébés imitent les adultes et les enfants plus âgés concourent à créer un véritable lien car les bébés sont perçus par les adultes comme des êtres qui réfléchissent et qui leur sont donc semblables.

L’imitation est le moteur de la culture. En imitant ce que font les adultes de leur entourage immédiat, les jeunes enfants apprennent comment se comporter dans l’univers social de leur famille, de leur communauté, de leur culture.

Cette imitation est souvent inconsciente. C’est la combinaison de nos comportements instinctifs envers les bébés et des comportements instinctifs des bébés envers nous qui permet aux bébés d’apprendre autant.

Par ailleurs, l’influence des autres gens s’accorde aux capacités à apprendre des enfants. Les adultes sont en quelque sorte biologiquement programmés pour fournir la bonne information au bon moment pour aider les enfants à se reprogrammer pour apprendre.

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Source : Comment pensent les bébés ? de Alison Gopnik, Andrew Meltzoff et Patricia Kuhl (éditions Le Pommier)

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