3 idées clés pour cultiver l’empathie des élèves en classe (et améliorer le climat scolaire)

Empathie et compassion : pourquoi l’empathie en soi n’a pas de valeur éthique

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L’empathie au service de la compassion

Michele Borba est une psychologue américaine de l’éducation, spécialisée dans l’éducation émotionnelle et l’empathie. Elle a mené des nombreuses études et des entretiens avec des éducateurs et des élèves pour comprendre comment cultiver l’empathie chez les enfants et les adolescents. Après des années de recherches et d’expériences, elle livre quelques éléments clés pour cultiver l’empathie des élèves (et des enfants au delà du cadre purement scolaire).

Avant de développer, je tiens à préciser le sens des mots employés. Dans son approche, Michele Borba utilise le mot empathie comme synonyme de compassion. Nous sommes des animaux sociaux et l’empathie est innée chez les êtres humains. Mais le fait d’être capable d’empathie n’a pas de valeur morale en soi. En effet, l’empathie permet autant d’aider que de manipuler. L’empathie n’est pas toujours positive : la capacité à percevoir et comprendre les émotions d’autrui peut être mise au service du désir d’emprise. Connaître les émotions et les besoins des autres n’est pas automatiquement synonyme de bonté morale. La compassion serait donc une construction ultérieure de l’empathie mais pas systématique.

Ce qui fait la différence, c’est le sens moral et l’éducation.

La construction de l’empathie chez les humains

Cultiver l’empathie doit être mis au service de la compassion. La compassion est l’empathie considérée comme l’attention ou la préoccupation sincère et désintéressée de l’autre, la solidarité, l’entraide. Or la compassion est comme la dernière « brique » de la construction de l’empathie. L’empathie apparaît chez les tout petits entre 8 et 12 mois (sauf en cas de handicap comme l’autisme). Les psychologues parlent d’empathie émotionnelle. Le bébé est capable de reconnaître les émotions de l’autre en sachant qu’il en est distinct. Avant cela, les bébés sont en sympathie, un état mental dans lequel ils ne font pas de nette distinction entre eux et l’autre.

De récentes études ont montré que, dès 14 mois, les bébés viennent en aide aux autres de manière spontanée, et ce sans en attendre la moindre récompense (Warneken & Tomasello, 2007). Il y a donc un désir d’entre aide chez les tout jeunes enfants qui se développe à la suite de l’apparition de la capacité à l’empathie émotionnelle.

L’empathie cognitive apparaît vers 4,5 ans quand les enfants deviennent capables d’avoir  une idée de ce que l’autre a pensé, des motivations qui l’ont poussé à agir. Cette nouvelle brique de l’empathie consiste en la capacité à se représenter l’état mental de l’autre. C’est le fait de comprendre les raisons pour lesquelles l’autre ressent ce qu’il ressent.

Pour aller plus loin : La capacité à coopérer et à faire preuve d’altruisme : innée ou acquise ? Innée ET acquise !

 

3 idées clés pour cultiver l’empathie des élèves en classe (et améliorer le climat scolaire)

Michele Borba estime que 3 éléments clés sont à garder en tête quand on veut cultiver l’empathie chez les enfants en classe :

1.L’empathie est faite d’habitudes et de pratique. 

2.L’empathie est un verbe.

3.L’empathie commence avec une seule personne, un seul petit geste.

1.L’empathie est faite d’habitudes et de pratique. 

On peut arroser les graines de l’empathie chez les élèves mais ce qui compte le plus est de mettre en pratique la compassion. Quand on pratique la compassion, on en vient à vivre la compassion et le changement a lieu à l’intérieur car on en vient à nous percevoir nous-même mais également les autres avec une autre perspective. La compassion consiste à penser en « nous »

Michele Borda rappelle que nous avons besoin d’exercer nos muscles de l’empathie en tant qu’adultes pour être des bons modèles à imiter.

Comprendre les émotions

Comprendre nos propres émotions permet de comprendre celles des autres. Accueillir, reconnaître et comprendre les émotions s’apprend. En tant que parents et éducateurs, nous avons un rôle à jouer :

  • pratiquer l’écoute empathique avec les enfants dès le plus jeune âge,
  • exprimer nos propres émotions en les nommant à voix haute,
  • proposer des activités d’éducation émotionnelle pour donner du vocabulaire aux enfants, leur permettre de comprendre à quoi servent les émotions, comment les apprivoiser pour éviter qu’elles ne dégénèrent en violence.

Nous pouvons également nous exercer à lire les émotions des autres sur leur visage et dans leur corps, à faire part de nos observations aux enfants (à partir de situations réelles, dans des livres, dans des films, avec leurs amis…) et à inviter les élèves à faire de même (en leur posant des questions sur les émotions qu’ils prêtent à telle ou telle personne et les indices qui leur permettent d’affirmer cela).

Communiquer

Nous pouvons apprendre à communiquer nous-même avec bienveillance. Les enfants suivront par modélisation.

Nous pouvons en parallèle proposer des activités et jeux pour que les enfants maîtrisent les outils d’une communication pacifique et émotionnellement alphabétisée. Par exemple, nous pouvons demander aux enfants de prendre un temps de pause avant de parler en cas de problème ou de conflit. L’empathie ne signifie pas s’oublier, s’effacer devant les autres.

Cette affiche peut aider les élèves à comprendre ce qui se passe en eux avant de formuler une demande :

affiche résolution non violente des conflits en classe

Changer de perspective

Faire preuve de compassion suppose d’être capable de comprendre l’autre de l’intérieur, d’adopter son point de vue pour envisager les choses de sa perspective.

Là encore, nous avons de l’influence en tant qu’adultes quand nous décidons d’adopter une communication bienveillante qui prend en compte les besoins des uns et des autres pour trouver une solution créative qui satisfait tout le monde (ou du moins le plus grand nombre).

Il est également possible de former les enfants à changer de perspective directement en classe :

  • à travers la pratique de la philosophie
  • à travers la lecture d’histoires mettant en valeur l’empathie et la solidarité
  • à travers la présentation de personnes faisant preuve de compassion
  • à travers des jeux de rôle – voir par exemple le jeu des trois figures conçu par Serge Tisseron pour prévenir le harcèlement scolaire

Collaborer

Nous pouvons encourager les expériences et jeux collaboratifs (pour éviter que les enfants ne confondent réussite et compétition, différence et hiérarchie) :

  • des jeux de société coopératifs
  • des camps/ actions collaboratives (par exemple, participer à des actions de ramassage des déchets organisés par des associations)
  • des activités physiques et sportives collaboratives sans enjeu de compétition ou classement mais de solidarité pour réussir
  • des aménagements à l’école et dans les cours de récréations pour favoriser les jeux tous ensemble

Passer à l’action

Nous pouvons proposer des actions au quotidien qui cultivent la gentillesse et la solidarité. C’est l’idée du site educationpositive.org  qui propose des exercices de psychologie positive à utiliser en classe avec des élèves de tout âge. Ces exercices sont regroupés en 4 thèmes et ne nécessitent aucune formation particulière pour être utilisés.

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2.L’empathie est un verbe.

Michele Borba estime que l’empathie est un verbe. L’empathie est active, pleine de sens, réelle, spontanée et s’incarne dans le corps.

Elle relate l’expérience d’une classe canadienne dans laquelle un enseignant a fait venir une maman avec son bébé. L’idée était de stimuler l’empathie des élèves qui, dans ce quartier difficile, étaient nombreux à s’être « blindés » ou à avoir recours à la violence pour s’exprimer. La simple présence de ce bébé suffisait à calmer les élèves et à indure en eux des petites attentions gentilles. L’enseignant demandait alors aux élèves comment le bébé avait l’air de se sentir aujourd’hui, comment ils pouvaient deviner ses émotions et comment faire en sorte qu’il se sente mieux.

Michele Borba raconte qu’elle a passé une journée dans cette classe et qu’elle a assisté à une scène très touchante : un des enfants de la classe, très renfermé et en difficultés scolaires, a demandé la permission à la maman de prendre le bébé dans ses bras alors qu’il pleurait et s’est isolé dans un coin calme de la classe pour parler au bébé et le bercer. Le bébé a fini par se clamer et le petit garçon, en ramenant le bébé à sa mère, a demandé à cette dernière : « Est-ce qu’on peut être un bon père même quand on n’a pas été aimé ? ». Ce petit garçon avait assisté à l’assassinat de ses parents quant il avait 4 ans…

On comprend alors le pouvoir du corps, de la dimension physique de l’empathie. Michele Borba insiste beaucoup sur ce point : l’empathie s’incarne dans des relations interpersonnelles proches chaleureuses, en face à face, dans des moments informels (pas besoin de « leçons » ou de fiches d’empathie).

C’est dans l’observation et l’expérience que l’empathie se développe, se cultive et devient une habitude.

 

3.L’empathie commence avec une seule personne, un seul petit geste.

Michele Borba estime que nous risquons une « fatigue de la compassion », une sorte d’insensibilité aux malheurs des autres parce que nous sommes abreuvés de toute part par des nouvelles toutes aussi dramatiques les unes que les autres.

Cette masse d’information risque de faire émerger un sentiment d’impuissance, menant à l’insensibilité et à l’immobilisme. Or elle rappelle que l’empathie commence avec un seul geste (aussi petit soit-il), avec une seule personne aidée (de quelque manière que ce soit, un simple sourire, une simple porte tenue sont déjà des gestes de reconnaissance de l’autre, de connexion avec lui, de volonté de faire en sorte qu’il se sente bien).

 

Michele Borba nous appelle alors à mettre l’empathie au coeur des emplois du temps, ne serait-ce qu’avec des petits actes de gentillesse avec les camarades en classe mais aussi des inconnus au quotidien.

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Pour les anglophones, la source en anglais : TEDx Empathy is a verb

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